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29/06/2015

Histoire du Genevois-dernière partie - de l'Annexion à aujourd'hui

Ceci est le quatrième et dernier article de la série publiée sur ce blog dont la modeste ambition est de conter de façon succincte l'histoire du Genevois de l'antiquité à nos jours en 4 épisodes.

Histoire du Genevois - Des Allobroges à la Réforme

Histoire du Genevois - De la Réforme à la Révolution

Histoire du Genevois - De la Révolution à l'Annexion

Histoire du Genevois - De l'Annexion à aujourd'hui

Si, comme on l'a vu dans les chapitres précédents, la France fut le grand ennemi de la Savoie, l'envahissant à 6 reprises (voir ci-dessous), et dans des conditions plutôt rudes, nous sommes désormais français et le but de ce chapitre est de raconter comment nous avons acquis une nouvelle identité tout en soulignant comment depuis 150 ans notre territoire s'est éloigné de Genève qui fut pourtant pendant 1000 ans notre capitale économique. Nous conclurons en décrivant les efforts qui sont faits des deux cotés de la frontière pour inverser la tendance afin de  promouvoir et d'organiser enfin ensemble notre territoire transfrontalier.

Les invasions françaises de la Savoie

- de 1536 à 1559 sous François 1er ( le Genevois l'était lui par les Bernois, alliés de la France)

- de 1600 à 1601 sous Henri IV ( ce qui se conclua par l'annexion par la France de la Bresse, du Bugey et du Pays de Gex)

- de 1630 à 1631 sous Louis XIII

- De 1690 à 1696 et de 1703 à 1713 sous Louis XIV

- de 1792 à 1815 sous la République et le Premier Empire

Et pourtant, le peuple de Savoie se donna à la France à plus de 99% lors du Plébiscite de l'Annexion en avril 1860, cherchez l'erreur!....

Rappelons en effet que sur 135449 inscrits, il y eut 130839 votants dont 130533 OUI et 235 NON. Dans le Genevois, sur 26212 inscrits,on décompta 25256 OUI dont 11234 bulletins OUI & ZONE.

On pourra ergoter longtemps sur les conditions dans lesquelles se tint le plébiscite qui conduisit les Savoisiens à se donner à la France, il est fort probable qu'une majorité d'entre eux était favorable à rejoindre la patrie des droits de l'homme, mais bien sur, pas dans cette proportion. En effet le Clergé catholique, hostile à Cavour, joua un rôle important à convaincre les populations rurales de voter en faveur du rattachement, et le député de Bonneville Jacquier-Chatrier en imaginant la Grande Zone permit de rallier à la cause française de nombreux hésitants. Quand on ajoutera que le pouvoir royal sarde s'était quelque peu désintéressé de son territoire transalpin après avoir compris la grande difficulté à le défendre contre un éventuel envahisseur, et qu'il y avait une communauté de langue avec la France, il n'est pas si surprenant que nos ancêtres aient accepté dans leur très grande majorité de rejoindre la "Grande Nation".

Quoi qu'il en soit, le 14 juin 1860, la Savoie devenait officiellement française, et commença alors le processus de francisation de notre pays qui sera immédiatement scindé en 2 départements la Savoie et la Haute Savoie.

NB: On notera d'ailleurs que ce sont les 2 seuls départements métropolitains qui ne sont pas nommés d'après une rivière ou une montagne, ce qui avait été la règle lors de la création des départements après la Révolution Française.

Quant à Genève, la ville du bout du lac est désormais totalement enclavée en territoire français, reliée à la Suisse par un étroit corridor de 4.4 kms de large entre Jura et Léman, le long du lac. On notera qu'en 1860 la population catholique (42099 hb) y est désormais supérieure à celle des protestants (40069).

La Savoie Impériale

Alors que les militaires et les fonctionnaires ont pu choisir le pays de leur choix (dans leur grande majorité ils ont choisi la France au Royaume de Sardaigne, à l'exception notoire de l'ingénieur Germain Sommeiller, la francisation de la Savoie commence sous les meilleurs auspices puisque dès l'été 1860 , Napoléon III accompagné de l'impératrice Eugénie vient visiter ses nouveaux sujets. Leur périple qui se déroule du 27 août  au 5 septembre 1860 les conduit de Chambéry à Aix, Annecy, Thonon et même Chamonix où les souverains découvrent la Mer de Glace. C'est un véritable triomphe avec en point d'orgue une fête vénitienne organisée sur le lac d'Annecy, prélude à l'actuelle et annuelle  Fête du Lac, qui laissera un souvenir impérissable à l'impératrice.

  histoire du genevois

 La fête Vénitienne organisée en l'honneur du couple impérial sur le lac d'Annecy

De nombreux édifices publics sont construits (mairies, préfectures et sous préfectures, hôpitaux) pour donner à la Savoie des bâtiments publics mieux en rapport avec la grandeur et la prospérité d'une grande nation comme la France.

A Saint-Julien-en-Genevois, le 9 mai 1862, en présence du préfet et du Conseil Municipal, le Curé Chaumontet bénissait la première pierre de la sous-préfecture construite sur le site des jardins du Couvent des Capucins préalablement racheté par le sous-préfet Faton de Favernay. Le même jour a lieu la pose et la bénédiction de la première pierre de l'hôpital Saint-Joseph (détruit par un incendie le 16 février 1929, il sera reconstruit en 1931). Puis c'est le tour de l'Hotel de Ville (qui incorpore le Palais de Justice) dont la première pierre est posée le 22 juin 1862 sur le site occupé précédemment par l'ancien Château. Enfin, le 7 juillet 1863, c'est la première pierre de la nouvelle église qui est bénie par Mgr Magnin ( elle sera consacrée le 8 juillet 1866, et remplacée au même emplacement par l'actuelle église en 1973).

C'est aussi à cette époque, 1860-1861 qu'est créée la première compagnie de sapeurs pompiers à St-Julien.

 histoire du genevois

 L'ancien Couvent des Capucins vu depuis la place du Cret - C'est dans ses jardins, à l'arrière, que sera construite la sous-préfecture

 

histoire du genevois

Dessin d'époque  illustrant la pose de la première pierre de la sous-préfecture le 9 mai 1862

 

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L’hôpital St Joseph dont la première pierre fut posée et bénie  le même jour que celle de la sous préfecture le 9 mai 1862

 

 

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 Les 2 églises du chef lieu - celle  de 1702 (à droite) et celle de 1865. Adossée à l'ancienne église, la première poste construite sur le site de  l'ancien cimetière - elle fonctionnera jusqu'en 1932

 

histoire du genevois

La nouvelle église de style néogothique sera consacrée le 8 juillet 1866. Le clocher sera lui construit en 1884. C'est sur le même site que s'élève l'église actuelle, de style "nordique" qui a été construite en 1970-72.

 

histoire du genevois

Photo prise en 1904

A la même époque, on voit pousser de nouvelles infrastructures: routes & chemins de fer, barrages hydro-électriques. A la suite du voyage impérial, le tourisme se développe, ce qui conduira à terme à l'édification de nombreux hôtels, comme l’Impérial à Annecy (ouvert le 14 juillet 1913). ou le Royal à Evian en 1905, sans compter les hôtels de Chamonix qui attireront les touristes du monde entier.  Pour l'industrie savoyarde, le tableau est moins joyeux car nombre d'entreprises, particulièrement dans le Genevois, ne peuvent lutter avec leurs concurrentes  françaises. L'agriculture elle se porte bien, et tout particulièrement dans notre région du Genevois; les facilités de commerce avec Genève liées aux avantages procurés par la zone franche et surtout la vente privilégiée de nos productions agricoles procurent aux habitants de notre territoire une prospérité bien supérieure à ceux qui se trouvent hors zone. C'est le cas d'Annecy dont les milieux d'affaires réclament à cor et à cri , mais sans succès, que la ville fasse partie de la grande zone.

Cependant après quelques années, certains espoirs sont déçus, ce qui pousse quelques notables savoyards tels Greyfié de Bellecombe à se retirer de la politique; l'Empire devient impopulaire dès 1865 et ce qui avait commencé sous les meilleurs auspices va bientôt être chamboulé par la guerre de 1870 et la chute de Napoléon III.

La situation à Genève

De nombreux aménagements ont lieu dans ces années à Genève: construction du 1er pont du Mont-Blanc en décembre 1862 (il sera reconstruit en 1903), construction de la gare de Cornavin en 1864 (par la société PLM), inauguration du Grand Théatre en 1879, apparition de l'électricité en 1883. La ville qui a accueilli les réfugiés français de la guerre de 1870 fait preuve de modernisme en termes sociologiques puisque la peine de mort y est abolie dès mai 1871, alors que l'école primaire laique et gratuite devient obligatoire en 1872. C'est en 1905 qu'a lieu à Genève le premier salon de l'auto alors que de nombreux pionniers s’intéressent à l'aviation naissante. La ville continue donc à rayonner au delà de son environnement local.

La Savoie française sous la IIIéme République

Lorsque la guerre éclate entre la France et la Prusse, la Savoie n'est française que depuis 10 ans, mais cette guerre va ancrer la Savoie à la France puisque les Savoyards vont combattre pour leur nouvelle patrie. C'est ainsi que le département de la Haute-Savoie va voter un emprunt de 1.170.000 francs pour contribuer à la Défense Nationale et fournit un contingent de 25000 hommes qui servirent avec honneur sous le drapeau tricolore, sans compter 4 légions de gardes nationaux mobilisés. Ce comportement irréprochable sera d'ailleurs salué par Gambetta dans le discours qu'il prononça à St-Julien-en-Genevois le 2 octobre 1872:

"Vous avez rappelé ce  que vous avez fait pendant la guerre, et j'aurais voulu que bien des départements français vous imitassent.... Oui, s'il y a eu un pays dans le territoire français qui ait notablement fait son devoir, sans calcul, sans arrière-pensée, sans hésitation, de plein gré, de cœur et d’âme, qui ait donné ses enfants et son or sans compter et sans réfractaire, j'aime à le répéter : c'est la Savoie et la Haute-Savoie".

Quoiqu'il en soit 2 jours après la défaite de Sedan, le 4 septembre 1870, un gouvernement républicain prend le pouvoir à Paris; ici aussi les partisans du nouvel ordre républicain passent à l'action. et 2 préfets sont nommés pour assurer la nouvelle gouvernance républicaine.

NB: On notera qu'après la capitulation de la France le 27 octobre 1870, la Suisse avait envisagé d'occuper le territoire de la Savoie du Nord pour le neutraliser, conformément à l'article VII du traité de Turin de 1816, mais qu'au final, elle y renonça.

Les infrastructures

Alors que notre pays était pauvre et isolé au moment de l'Annexion, le mouvement d'équipement en infrastructures de communication se poursuit avec, outre le percement du tunnel du Frejus en décembre 1870 et son inauguration le 17 septembre 1871:

L'instauration d'un réseau de voies ferrées avec les lignes Aix les Bains-Annecy (1866), Bellegarde-Thonon (1880), Annecy-Annemasse via La Roche-sur-Foron (1883 & 1884), Annemasse-Genève(1890) etc...

La construction de lignes de tramways et de chemins de fer d’intérêt local: ainsi la ligne Annemasse-Samoens est inaugurée en 1892 (elle sera fermée en mai 1959) 

La construction et l'amélioration de centaines de kms de routes départementales et nationales, sans compter la création d'embarcadères sur nos lacs et le financement de travaux d'endiguement de nos rivières (Arve et Giffre)
histoire du genevois

 Le réseau de chemins de fer du Genevois vers 1914 
(carte tirée de Gilbert PLOUJOUX- Histoire des transports publics dans le Canton de Genève)

A noter que c'est le 27 mai 1888 qu'est inaugurée en grande pompe la première liaison ferroviaire avec Genève, ancètre du CEVA, qui relie la gare de Vollandes dans le quartier des Eaux Vives à celle d'Annemasse.

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L'instruction

De même un effort particulier est mené par l'Etat français pour développer l'instruction publique en Savoie. Ainsi le lycée Berthollet est inauguré à Annecy en 1888 alors que le lycée de filles est lui ouvert dix ans plus tard en 1898. Pour comprendre l'effort mené sur l'éducation, il suffit de comparer les 320 écoles ou classes de garçons fréquentées par 18320 élèves et 277 écoles de filles (15903 élèves) qui existaient au jour de l'Annexion aux 838 écoles qui accueillent 43646 élèves en 1906, moins de 50 ans plus tard. Si 77000 habitants (sur une population de 253000) seulement savaient lire et écrire en 1860, on comprend facilement les bienfaits pour notre pays de l'instruction gratuite, obligatoire et laïque qui seront à jamais l'honneur de la IIIème République (loi du 1er juin 1878)

On constate donc que notre pays progresse considérablement tout au long de ces années qui ont vu la Révolution industrielle transformer profondément  l'Europe Occidentale. Ne parle t-on d'ailleurs pas de Belle Epoque pour qualifier ce quart de siècle précédant la guerre de 1914-1918 qui va plonger l'Europe dans l'horreur.

Crise économique et démographique

 

histoire du genevoisToutefois ce progrès ne peut cacher une véritable crise démographique en Savoie qui voit nos deux départements perdre près de 100000 habitants entre 1860 et 1920, principalement à cause de l'émigration; c'est à cette époque que naît la légende du petit ramoneur savoyard....

Alors que l'agriculture viticole est fortement frappée par la crise du phylloxéra qui détruit le vignoble à partir de 1870, on voit émerger le développement des "fruitières" qui favorise la collecte du lait et sa transformation en fromage. Quant à l'industrie savoyarde, trop artisanale et manquant de capitaux, elle ne peut rivaliser avec la concurrence française, ce qui engendre une grave crise de 1873 à 1896, qui va engendrer l'émigration des populations savoyardes. Heureusement l'hydro-électricité contribuera au renouveau de l'industrie en Savoie à partir de la fin du siècle.

L'enrichissement général de l'Europe sera quand même très favorable à notre région qui profite des effets bénéfiques du développement du tourisme, favorisé de surcroît par l'amélioration des moyens de communication. Le thermalisme (Aix les Bains, St-Gervais) devient à la mode, tout comme l'alpinisme; tandis qu’apparaît un nouveau sport encore balbutiant, le ski. Chamonix accueille plus de 2000 visiteurs anglo-saxons dès 1865, alors qu'Aix-les-Bains peut s'enorgueillir de compter la reine Victoria au nombre de ses curistes. Comme on l'a vu plus haut, c'est à ce moment que les équipements touristiques (édification d'hôtels, construction de bateaux de plaisance sur nos lacs, etc....) bourgeonnent. A titre d'exemple, c'est en 1905 qu'est lancée la construction du Tramway du Mont-Blanc qui à l'époque est conçu pour emmener les voyageurs de Saint-Gervais au sommet du Mont-Blanc (ce projet d'une ambition folle sera abandonné après la guerre et seule sa première phase a été réalisée)

Aujiourd'hui, le TMB relie le Fayet (580m) au Nid d'aigle(2380m) en 1h15mn

histoire du genevois

 

Plus près de nous, dans le Genevois c'est en décembre 1892 qu'est inaugurée la ligne de train à crémaillère du Salève qui emporte les visiteurs depuis Etrembières au pied du Salève jusqu'à la gare d'arrivée au sommet au lieu-dit les Treize Arbres. En cliquant ici, on pourra aussi découvrir l'article que j'ai publié sur ce blog contant l'histoire de ce train à crémaillère dont subsistent quelques vestiges, encore aujourd'hui ( tunnel du Pas de l'Echelle, ponts, etc....)

 Illustration du tunnel du Pas de l'Echelle au bas duquel se croisaient les trainshistoire du genevois

 

Saint-Julien-en-Genevois sous la IIIème République

A Saint-Julien aussi , on entreprend des travaux pour embellir la cité. Dans ces années on dote l'église d'un clocher digne d'un chef lieu d'arrondissement(1884), on redresse la Grande Rue et on transfère le cimetière  du Cret à son emplacement actuel, et surtout, le 9 juin 1889, on inaugure le tram à vapeur qui relie désormais St-Julien à Genève. 

NB: On notera qu'il ne fallut à l'époque que 6 mois pour réaliser la construction de ce tram  inauguré le 9 juin 1889 qui sera démantelé à la fin des années 1930.
A comparer avec le temps qu'il faut aujourd'hui pour parvenir à reconstruire une nouvelle liaison 

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L'Hotel de Ville construit en 1862-63 de style Second Empire  et le tram à vapeur vers Genève inauguré le 9 juin 1889

Le XIXème siècle touche à sa fin, le XXème siècle fait naître de grandes espérances d'une vie meilleure. La loi de la séparation de l'Eglise et de l'Etat votée le 9 décembre 1905 marquera profondément l'époque et sonnera le véritable début de la laïcité dans la vie publique. Privées de subventions publiques, de nombreuses écoles chrétiennes ferment. A St-Julien, la Présentation de Marie (ouverte en 1834) y survivra mais l'école des frères (inaugurée le 21 janvier 1838) aura bel et bien vécu (1904). 

histoire du genevoisDurant cette période, le grand homme local est César Duval qui fut maire de St-Julien, Président du Conseil Général et sénateur. Il s'illustra aussi comme un historien local de grande valeur avant de disparaître en 1910, à l'age de 69 ans.

C'est entre 1878 et 1880 qu'a lieu la construction de la voie ferrée qui permet à St-Julien d'être desservie par le train (PLM). Il est intéressant de  noter que c'est avec une partie des déblais qu'a été réalisée et nivelée la promenade du Cret dans sa forme actuelle!

En 1912, St-Julien recevra la visite du Président Fallières qui fera bon usage de ce chemin de fer puisque c'est en train spécial qu'il nous rendra visite par une très chaude journée d'été.

 

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Le Président Armand Fallières reçu en grande pompe à la gare de St-Julien

 

histoire du genevoisOn ne peut pas parler de cette époque sans mentionner un journal qui joua un rôle essentiel dans la vie locale, je veux bien évidemment parler du "Cultivateur Savoyard" affectueusement surnommé le Cucu. Ce journal local très populaire dans ce monde agricole connut sa première édition le 5 mai 1877; il disparaîtra en 1962. Durant toutes ces années, outre la publication d'indices et de prix utiles aux agriculteurs, il relatera avec humour les faits divers qui ont lieu sur notre territoire autour de St-Julien.

 

 

  

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La magnifique chapelle dédiée à Saint François de Sales érigée en 1897 au lieu-dit "Les Colonnes" sera tristement démolie dans les années 70 dans des conditions douteuses

Genève avant la première guerre mondiale

La ville se développe rapidement passant d'une population de 60000 hb en 1870 à 97000 à la fin du siècle pour atteindre 120000 hb en 1914. Alors que la première bourse de Suisse a été ouverte en 1850, l'industrialisation de l'économie se produit grace à l'électrification de la cité (construction des usines des Forces Motrices et de Chèvres). C'est à cette époque qu'apparaissent ateliers de mécanique, d'appareillages électriques et d'automobiles qui enrichissent la ville et favorisent l'immigration d'ouvriers étrangers. Par ailleurs la ville profite de l'essor du tourisme dans la région et en fait une activité économique de première importance. En juillet 1891, la ville se dote de ce qui deviendra son emblème à travers le monde: le jet d'eau.

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  Le jet d'eau , symbole de la ville, est à Genève ce que la Tour Eiffel est à Paris

NB: On notera qu'à cette époque Genève ne dispose pas encore d'un terrain d'aviation ( la première piste d'aviation ne sera construite à Cointrin qu'au début des années 1920) et que c'est à Viry qu'ont lieu dans la région  les premières épopées de l'aviation, avec en particulier une grande fête qui a lieu en août 1910 et qui attirera 12000 spectateurs sur les terrains du Comte de Viry, derrière le château. C'est d'ailleurs le 28 aout 1910, un an après que Louis Blériot eut traversé les 40 kms de la Manche, qu'Armand Dutaux traversait pour la première fois le lac Léman de bout en bout, soit une distance de 80 kms sur un aéronef construit par lui et son frère.

 

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Au début du XXème siècle,  Viry est le lieu de rendez vous des merveilleux fous volants dans leurs drôles de machines

La Savoie pendant la Grande Guerre

Au début de la guerre, grande est l’inquiétude que l'Italie ne s'allie avec l'Allemagne et de voir les troupes italiennes fondre sur notre département. Dans un premier temps, la neutralité italienne rassure, puis c'est la joie en Haute-Savoie quand l'Italie s'engage finalement aux cotés de la France en 1915.

Il suffit de se balader dans les villages de notre territoire et de lire les liste des noms qui sont gravées aux frontons des monuments aux morts de nos villages (34 noms pour le seul village de Presilly) pour comprendre quel lourd tribut la Savoie paya à cette guerre; un sacrifice d'autant plus choquant que selon les traités internationaux (Accords du Congres de Vienne confirmés par le Traité de Turin en 1816) une grande partie de son territoire aurait dû être neutralisé par les troupes helvétiques. Ces dispositions ne furent hélas pas respectées et notre malheureux pays fut saigné, d'abord par la guerre puis en 1918 par l'épidémie de grippe espagnole qui sévit dans nos contrées. Si les Savoyards , surnommés les Diables Bleus sur le front Alpin, ont gagné l'estime de leurs compatriotes français pour leur comportement au combat, on estime la saignée à plus de 20000 âmes, soit près de 5 % de la population, un chiffre qui peut monter dans certains villages jusqu'à 9%. 

 

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Le monument aux morts de Presilly avec les noms des victimes de la Grande Guerre sur les 2 cotés

Les conséquences économiques de la guerre sont simples: le commerce zonien avec la Suisse s'effondre puisque si nos achats en Suisse sont divisés par deux, les ventes vers la Suisse sont divisées par cinq, au grand dam des consommateurs suisses. En effet le gouvernement français réglemente celles ci de peur que ces exportations ne servent à ravitailler le Reich; Ces mesures mettent en grand péril l'horlogerie de la vallée de l'Arve qui doit se reconvertir dans le décolletage pour contribuer à l'effort de guerre. En revanche, l'industrie hydro-électrique de la houille blanche connait une forte croissance. D'autre part, la guerre correspond au début du mouvement de la baisse du franc français par rapport au franc suisse , ce qui fragilise les emprunteurs haut-savoyards en francs suisses d'avant 1914.

En résumé, aux champs comme à l'usine, la crise des transports et la pénurie de bras  perturbent l'activité, d'autant plus que la proximité de la frontière dissuade de recourir aux prisonniers de guerre ou de faire appel aux permissionnaires qui pourraient être tentés de se réfugier en Suisse ou en Italie. Dans cette économie largement rurale, les femmes seront ainsi lourdement mises à contribution pendant toute la durée de la guerre.

L'Entre deux guerres

Les zones franches

Plusieurs articles de ce blog ( la zone franche en Savoie, Les zones franches,....) traitent de la raison d'être et de la constitution des zones franches sur notre territoire. Je n'y reviendrai donc pas. Ce qui est sûr cependant, c'est que la France a essayé de revenir sur les privilèges qu'elle nous avait concédés en supprimant de manière unilatérale toutes les zones franches de ce territoire: zone franche du Pays de Gex, zone franche sarde, zone franche de St-Gingolph, et grande zone dite de l'annexion.

 

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 Les zones franches en 1860 au lendemain de l'Annexion

Il faut dire qu'au sortir de la guerre, la France qui suspecte la Suisse d'avoir favorisé l'Allemagne lors du conflit, entend bien profiter, à l'occasion du Traité de Versailles de 1919, de la nouvelle situation politique Européenne au sortir de la guerre et revenir sur deux points qui la perturbent dans ses relations avec la Confédération:

La zone de neutralité de la Savoie du Nord
La zone franche dite zone d'annexion

Cette volonté du gouvernement français de supprimer la zone de neutralité et la zone franche n'est pas sans conséquence pour notre territoire puisque la zone en question dont la France veut changer le statut économique et politique représente environ 70% du département de la Haute-Savoie.

La Suisse, qui n'en a jamais fait usage, et qui est désireuse d'obtenir le soutien de la France pour accueillir à Genève la SDN que lui proposent les Etats Unis, accepte sans tergiverser l'abandon de la clause de neutralité héritée du traité de Turin.

Quant au second point, en 1921, après de laborieuses négociations, France et Suisse signent une convention qui prévoit la suppression de toutes les zones franches entre les deux pays. C'est ainsi que le 10 octobre 1922 le Président du Conseil Raymond Poincarré annonce la suppression des zones, oubliant par là même qu'en Suisse une telle décision doit être ratifiée par un vote populaire. Or la votation du 18 février 1923 repousse par une large majorité la proposition française. Sans égard pour ce vote, la France décide le 10 novembre 1923 de façon unilatérale de  transférer les postes de douane à la frontière politique. Face à la contestation de son peuple et pour se sortir de ce mauvais pas, la Suisse propose alors de s'en remettre au tribunal international de la Haye, ce que la France refuse dans un premier temps. Les Suisses en font alors un préalable à l'acceptation de leur abandon de la zone de neutralité, ce qui a pour effet de faire céder les Français

En conséquence, un compromis d'arbitrage est signé le 30 octobre 1924, compromis qui ne sera ratifié que le 31 mai 1928. La zone de neutralité est alors définitivement supprimée tandis qu'il faudra attendre encore 4 ans pour obtenir, le 7 juin 1932, le verdict du tribunal international sur l'affaire des zones franches. Celui-ci autorise la France à supprimer la zone d'Annexion qu'elle a créée de façon unilatérale en 1860, mais en revanche le verdict lui impose de maintenir les petites zones (Pays de Gex et zone Sarde) qui sont garanties par un traité international et par les Puissances signatrices (Congres de Vienne en 1815, Traité de Paris en 1815 et Traité de Turin en 1816). En conclusion, la France doit reculer ses frontières douanières sur la ligne des zones, ce qui sera fait au 1er janvier 1934.

NB: On notera que les intérêts des savoyards du nord n'ont pas compté pour grand chose dans cette négociation qui s'est faite par dessus leur tête. Il faut dire qu'Annecy avait fortement œuvré pour que la Grande zone, qui dérangeait ses intérêts, soit abolie. Un exemple manifeste de la divergence d’intérêt entre le nord du département et son chef lieu.

Le 1er janvier 1934 est donc restaurée dans le Genevois français la zone franche (communément appelée petite zone ou zone sarde) qui, si elle fut très favorable aux agriculteurs en devenant le "jardin de Genève", a peut-être nui au développement industriel de par une application contraignante et tatillonne des autorités françaises.

Indépendamment de cet imbroglio, un événement important va se produire pour notre territoire avec l'installation à Genève de la Société Des Nations (SDN) première ébauche voulue par le Président Américain Woodrow Wilson de ce qui deviendra après la seconde guerre mondiale l'ONU. Cette installation  fait suite à la politique voulue par Genève de jouer un rôle international dans le domaine du droit international. C'est ainsi qu'après la création par le Genevois Henri Dunant de la Croix Rouge en 1864 , Genève accueillera le premier congrès de la Première Internationale Socialiste en 1866, et le Congrès de la Paix en 1867. Cette reconnaissance internationale confère à la cité du bout du lac un rôle et un prestige sans commune mesure avec sa taille de ville moyenne. Ce rayonnement planétaire de Genève sera un atout décisif pour notre territoire dans la seconde partie du XXème Siècle. C'est à cette période que commence le formidable essor de Genève qui prendra toute sa mesure après la seconde guerre mondiale (voir plus bas).

La décennie de prospérité qui s'ensuit de 1920 à 1930, et qui voit les Genevois investir fortement de l'autre coté de la frontière et particulièrement à Annemasse, sera cependant brutalement remise en question par la Grande Crise mondiale issue du krach boursier de Wall Street en Octobre 1929.

histoire du genevois

Le premier siège de la Société des Nations en 1928

 

La vie du territoire dans les années folles

Notre territoire profite pleinement du décrochage du Franc Français par rapport au Franc Suisse, qui favorise nos exportations vers Genève et le commerce de luxe à destination de la clientèle genevoise, ainsi que l'accueil  de cette clientèle sur nos sites touristiques, ce qui contribue à faire du tourisme une activité économique de première importance.

L'essor du tourisme se concrétise pour notre région par l'organisation des premiers Jeux Olympiques d'hiver à Chamonix en 1924 où un certain Pierre Brunet s'illustra en devenant le premier médaillé olympique français (médaille de bronze en patinage artistique) des Jeux d'hiver.

 

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 Pierre Brunet et sa partenaire Andrée Joly

Par ailleurs, un symbole de ce dynamisme économique peut s'illustrer par la tenue en 1925 de la première édition de la Foire de La Roche qui deviendra en moins d'un siècle l'une des foires les plus importantes de la région Rhône Alpes puisque pour ses 90 ans, elle a accueilli du 1er au 11 mai 2015 près de 100000 visiteurs.

 

histoire du genevoisSur un plan local, les 2 hommes politiques importants sont Fernand David (photo) et Louis Martel. Le premier s'installe à St-Julien en rachetant la propriété Jacquemard (dont mes ancêtres furent les fermiers) qui est mieux connue aujourd'hui sous le nom de Maison David. Président du Conseil Général de Haute-Savoie, sénateur, il sera, à partir de 1913 et à plusieurs reprises un ministre de l'agriculture reconnu pour sa compétence et son sens de l'organisation; Ces qualités lui vaudront d'ailleurs  d'être nommé commissaire général  de l'Exposition Internationale des Arts Décoratifs et Industriels de 1925. C'est à lui que l'on doit le classement de St-Julien en station climatique, ce qui permettra à la cité frontalière d'accueillir un casino au début du XXI ème Siècle.

Quant à Louis Martel, originaire de Thairy, il sera député sans interruption de 1932 à 1956 et aussi Président du Conseil Général. On notera qu'il eut une conduite exemplaire dans les heures les plus sombres de notre pays, refusant de voter les pleins pouvoirs au Gouvernement de Vichy et déclinant des nominations, ce dont il s'expliqua par une lettre courageuse: 
" Comme Savoyard et comme français , je refuse le titre que vous m'offrez, car il implique en soi l'acceptation de la collaboration. Je pense qu'on subit l'occupant, mais qu'on ne collabore pas avec lui"

Les infrastructures de l'entre deux guerres

En 1923 est lancée la construction du tram St-Julien - Annecy. Ce projet pour lequel le second pont de la Caille a été construit fut malheureusement abandonné dès l'année suivante. En 1926 a lieu la construction du bâtiment des douanes à Perly suite à l'abrogation de la zone franche et au rétablissement de la barrière douanière sur la frontière. Le 16 février 1929, l'hôpital de St-Julien est détruit par un incendie; il sera reconstruit et le nouvel édifice sera inauguré le 29 novembre 1931. L'année suivante, c'et au tour de la nouvelle poste d'être construite.

En 1932, on construit le téléphérique du Salève qui sonnera le glas du train à crémaillère qui existait depuis 1893 et dont il reste encore aujourd'hui quelques vestiges ( tunnel du Pas de l'Echelle, ...)

 

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 La gare d'arrivée du téléphérique du Salève surplombant la nappe de brouillard

La Savoie pendant la guerre

L'occupation

Alors que les Allemands avaient tenté d'occuper la Savoie du Nord pour contrôler la frontière avec la Suisse, l'armistice arrête la Wehrmacht dans son élan à Rumilly. Dans un premier temps, notre territoire est situé dans la zone libre et ne souffre donc pas trop de la guerre même si les barbelés s'élèvent tout le long de la frontière avec la Suisse et que les privations sont réelles. Ce n'est qu'après le franchissement de la ligne de démarcation par les Allemands le 11 novembre 1942 que survient l'Occupation. Après une première présence des Allemands du 13 novembre au 10 décembre, ce sont finalement les troupes italiennes qui vont occuper notre territoire. où ils maintiendront l'ordre en luttant contre les premiers camps de maquisards mais sans trop sévir contre les juifs. Début septembre 1943, après la capitulation de l'Italie, les troupes allemandes reviendront pour reprendre à leur compte l'occupation de notre territoire qui deviendra alors beaucoup plus brutale.

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 Les zones d'occupation italienne et allemande pendant la seconde guerre mondiale

Les contrôles sur la frontière se renforcent, en particulier pour empêcher les fuites de ressortissants français vers la Suisse. Une double rangée de barbelés séparait la France de la Suisse, le long de la route de St-Julien à Annemasse: l'une érigée par les Allemands coté français, tandis que l'autre l'avait été par les autorités suisses. Quiconque était pris à franchir ces lignes pouvait être abattu sans sommation, ce qui arriva malheureusement à un habitant d'Archamps. L'activité économique est ralentie, les provisions sont rationnées, ce qui n’empêche pas une grande fraternité et solidarité dans le milieu paysan.
On notera que malgré cela notre territoire fut un théâtre privilégié pour ceux qui fuyaient l'Occupation Allemande et qui grâce à l'aide de nombreux justes (comme les pères du Juvennat de Ville-la-Grand) ou de quelques courageux paysans locaux purent s'évader vers la Suisse.

La Résistance et les maquis


Notre département s'illustra et joua un rôle important pendant la guerre, particulièrement après 1943, car de nombreux jeunes français qui voulaient échapper au STO sont venus se réfugier dans les maquis qui se développaient dans les montagnes. Le plus célèbre d'entre eux est bien entendu celui des Glières qui participa pleinement au mythe de la Résistance. Rappelons que récemment Nicolas Sarkozy, Président de la République vint y honorer ses héros chaque année durant son mandat.

Accueillant le Général De Gaulle à Annecy, le 4 novembre 1944, le maire lui déclare " Vous êtes ici, mon général, chez les derniers venus à la communauté française, mais non les moins ardents à la chérir, à la servir, à la défendre."

 

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Comme indiqué plus haut, de par sa proximité avec la Suisse, notre territoire connut une activité importante et clandestine pour faire passer les réfugiés ( y compris de nombreux juifs, surtout à partir de fin 1942) vers la Suisse. Crache, hameau de Sait-Julien, où vivait ma famille était l'un de ces points de passage et mon oncle Eugène Megevand  permit à nombre d'entre eux de passer en Suisse grâce à sa parfaite connaissance des lieux tandis que son frère Léon Megevand, dit "Givaudan", s'illustra en passant lui des documents de renseignement pour la Résistance.

Alors que l'occupation allemande était supportée tant bien que mal par la population, l’extermination d'un groupe de jeunes maquisards par les Allemands à Habère Lullin à Noel 1943 révolta la population qui chercha alors vengeance et l'escalade de la violence et de la terreur commença. En fin d'année 1943 se constitua le maquis FTP du Vuache sous le commandement du Commandant Jacquard (mieux connu sous le pseudonyme de Gros). C'est l'époque où les maquis se développent dans toute la Haute-Savoie par l'apport des jeunes français qui fuient le STO et aussi par une volonté qui s'affirme de plus en plus de résister à l'occupant.

Quant aux conséquences économiques de la guerre  elles sont simples: les échanges avec le canton de Genève s'écroulent, entraînant un appauvrissement de toute la région.

 

Le Genevois sous l'ocupation allemande et la libération de Saint-Julien

Notons que Saint-Julien-en-Genevois fut, grâce à l'action du commandant Pierre Ruche et de son adjoint Marcel Fivel, la première ville libérée de Haute-Savoie le 16 août 1944 . Voici le récit qu'a fait mon père de cette journée et du mois qui précède dans ses mémoires. Son témoignage est digne d’intérêt puisque mon père Louis Brunet et son frère Alfred exerçaient alors une activité d'expéditeurs de fruits, ce qui les amenait à se rendre dans tout le département. On notera que pour pouvoir faire circuler leurs camions ils disposaient de 2 laissez passer: un des Allemands pour pouvoir exercer leur activité et sillonner le département, et un autre (secret celui-là) de la Résistance pour laquelle  leurs courageux chauffeurs (MM. David et Stopfort) effectuaient le transport d'armes dans leurs camions.

 

"Après ce "braquage" par les Allemands à Etrembières le 14 juillet 1944, nous crûmes rêver en arrivant à Bonneville: la ville était en effervescence, des drapeaux français flottaient partout, la ville était aux mains des maquisards; à Cluses, les Allemands étaient les maîtres et patrouillaient en ville. A Sallanches, de nouveau les maquisards tenaient la ville...Ces péripéties illustrent bien le climat qui régnait en Haute-Savoie, un mois avant la libération"
L'occupant était devenu nerveux, comme il l'avait déjà montré en organisant la rafle du 9 juin 1944 à St-Julien, cueillant 43 habitants à leur domicile (
dont mon père), aux premières lueurs de l'aube pour interrogatoire à la sous-préfecture.

"Le 16 aout au petit matin, les résistants et maquisards de l'AS envahissent la ville et se dirigent vers  Perly et l'Hotel de France, les deux postes occupés par la garnison allemande. Alors que le poste de Perly fut rapidement pris par MM. Borgognon et Fivel, les Allemands barricadés dans l'Hotel de France refusaient de se rendre et faisaient feu sur les assaillants ( Un jeune français, Guy Bouchet sera d'ailleurs tué dans l’échauffourée). Les otages pris à Perly furent alors amenés devant leurs collègues pour les exhorter à se rendre. Après palabres et contre la promesse d'être conduits sains et saufs à la frontière suisse (promesse qui fut respectée), les Allemands de l'Hotel de France se rendirent au Commandant Pierre Ruche. A 17 heures, Saint-Julien était libérée.

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Reddition du PC Allemand

Puis on emmena les 4 otages Allemands  à Viry pour tenter la même manœuvre avec leurs compatriotes. Le soir tombé, la tension était à son comble car les Allemands avaient incendié Valleiry. C'est alors que le Sous-Préfet, ivre, rejoint les maquisards à Viry et exécuta les 4 malheureux otages avec sa mitraillette.

Il faut dire que la brigade de Cruseilles, dite brigade rouge et composée de fanatiques, avait attaqué brutalement le QG allemand de Valleiry, ce qui avait provoqué le retour d'une compagnie de SS venue du Fort L'Ecluse pour venger leurs compatriotes. Sur leur passage, ils avaient mis à feu et à sang les villages de Chevrier, Bloux puis Valleiry, incendiant les maisons et fusillant tous les hommes qu'ils trouvaient. Ce soir là une grande partie de la population, terrorisée, se réfugia le long de la frontière suisse, mais heureusement les SS n'allèrent pas plus loin que Valleiry. Le lendemain, ils avaient quitté le Fort l'Ecluse pour poursuivre leur retraite vers l'Allemagne".

Peu à peu, ce fut l'ensemble du département qui fut libéré, Annecy devenant le centre de décisions des résistants. L'état de droit n'était pas encore rétabli et les résistants de la dernière heure purent se livrer à leur travail de revanche et de vengeance, ce qui ne fut pas le meilleur souvenir de cette période troublée.

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Groupe de résistants fêtant la libération à Crache le 16 août 1944 -
Sur la photo, on peut reconnaître mes 3 oncles Marius et Eugène Megevand ainsi qu'Alfred Brunet


La renaissance des trente glorieuses et l'essor économique de la fin du XXème siècle

Après la guerre, on peut dire que notre territoire va connaitre un age d'or, tout particulièrement à partir de la fin des années 1960. Cet essor démographique et économique, à part une crise sévère dans les années 1993-1994, ne s'est pas vraiment démenti depuis, accélérant même depuis l'an 2000.

A Genève

La croissance démographique se poursuit puisque la population de la ville après une stagnation de 30 ans au sortir de la grande guerre passe de 125000 hb en 1920 à 175000 hb en 1960 pour atteindre 196000 hb en 2014. Dans le même temps, la population du canton passe de 135000 hb  à 480000 hb en 2014.

NB: Dans le même temps la population de la Haute-Savoie est passée de 240000 hb en 1920  à 332000 hb en 1962 pour atteindre 760000 hb en 2014.

Au plan économique on assiste au développement des industries bancaires, horlogères, mécaniques et chimiques qui seront les fers de lance de la prospérité genevoise tout au long du XXème Siècle et dont notre territoire avoisinant bénéficiera grandement après la seconde guerre mondiale.

En Haute-Savoie et dans le Genevois Savoyard

Au sortir de la guerre, notre territoire va connaître, comme l'ensemble de la France, un fort développement et un enrichissement, supérieur à la moyenne nationale, qui s'est accéléré à partir des années 1970.

L'aspect démographique

Alors que la Savoie n'a cessé de dépérir démographiquement dans le siècle qui a suivi l'Annexion, passant de 542000 hb en 1860 à  460000 hb en 1921, ce n'est vraiment qu'à partir de 1954, que la population amorcera une courbe de croissance qui ne s'est pas démentie depuis même s'il est important de préciser qu'une forte disparité s'est produite entre la Savoie et la Haute-Savoie puisque notre département va significativement prendre le pas sur la Savoie

 

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Population de la Savoie: 318266 hb en 1860 vs 435000 hb en 2014
Population de la Haute-Savoie: 274057 hb en 1860 vs 760000 hb en 2014 (avec une croissance de 10000 hb chaque année) ce qui nous place au 3ème rang en Rhône-Alpes.
NB: dans le même temps, la population du canton de Genève est passée de 82168 hb en 1860 à 129840 en 1914 pour atteindre 469433 hb fin 2013.

Cette croissance démographique s'explique par la fin de l'émigration, le renouveau de l'activité économique qui donne désormais du travail aux enfants du pays alors que l'attractivité de notre territoire et de Genève contribue à attirer sur notre sol de nombreux immigrants en provenance de régions moins favorisées.

L'aspect économique

Après une période difficile qui suivit la libération, où les denrées étaient rares et l'inflation galopante, l'activité économique se rétablit peu à peu et commence alors la reconstruction, bien aidée par le plan Marshall. C'est une période de forte croissance pour notre région. On notera en effet que notre département s'est beaucoup moins désindustrialisé que d'autres et que le pourcentage du PIB réalisé dans l'industrie y est l'un des plus élevé en France (23% de l'emploi et 35% du PIB départemental, alors qu'au niveau national ce pourcentage est passé en 15 ans de 24 à 14%). Cette bonne performance de notre industrie haut-savoyarde trouve son origine dans des activités diverses comme le décolletage dans la Vallée de l'Arve (65% de la production française), l'Outdoor (dans le Bassin Annécien) ou autres (Eaux Minérales, Meubles, etc....). On remarquera cependant l'un des effets possiblement pervers de la zone franche sarde autour de Genève qui a vu son territoire souffrir d'un manque d'investissement industriel par rapport à ce qui se passait hors zone. Malgré cela, on notera toutefois que la Haute-Savoie s'en sort beaucoup mieux que la Savoie puisque tout comme pour la population , les chiffres de la richesse économique se sont inversés en 150 ans, et que le phénomène s'accroît chaque année en faveur de la "Iaute" (comme on dit par chez nous)

Pour se faire une idée de la richesse de notre département, il suffit de lire les chiffres ci-dessous:


Revenu fiscal moyen par foyer(en 2012):

Haute-Savoie: 32107€
Savoie: 25641€
France: 25135€

On voit donc que le revenu moyen en Haute Savoie est de 28% supérieur au revenu moyen français et qu'il est le plus élevé de la région Rhône-Alpes. Quant on sait que cet enrichissement ne s'est pas ralenti depuis 3 ans et que le Genevois est l'un des cantons les plus riches de la Haute-Savoie, on comprend que notre territoire est ce qu'on peut appeler un "pays de cocagne".

Concernant l'agriculture, elle a perdu beaucoup de son poids relatif dans la richesse du Genevois. Les 30 dernières années ont vu la surface agricole utilisée grandement réduite à cause de la forte urbanisation de notre territoire; ce qui a conduit à la création de ZAP (Zone Agricole Protégée) comme celle qui fut mise en place dans les années 2000 sur les communes de St-Julien, Neydens et Archamps pour protéger les agriculteurs en leur garantissant des terres cultivables. L'arboriculture et les cultures maraîchères restent vivaces. Concernant la production laitière, on a assisté à la disparition des fruitières, avec une collecte faite désormais directement par les groupes laitiers, (ex: Les Laiteries Réunies dans la petite zone franche) Cependant certaines mesures vont lui être favorables: C'est ainsi que l'adoption à partir de 1960 des appellations d'Origine Contrôlée (AOC) va être très favorable à l'activité fromagère de notre département (reblochon par ex.) Dans le même temps, l'essor du tourisme va favoriser la viticulture et l'écoulement des produits régionaux.

A partir des années 70, une véritable manne va se déverser sur les Pays de Savoie grace à l'or blanc ( le tourisme lié aux sports d'hiver). De nouvelles stations d'altitude sont créées (Flaine, Avoriaz) et l'urbanisation des stations de ski génère une forte activité économique qui profite à l'ensemble des  2 départements. Ceci sera couronné par un nouvel accueil des Jeux Olympiques d'hiver en 1992 à Albertville.

Et SaintJulien dans tout cela....

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 L'entrée sud de St-Julien au début des années 1960

Le 12 décembre 1958, le maire de St-Julien, Jean Pissard et l'ensemble de son Conseil Municipal démissionnent pour défendre la zone: ils obtiennent des autorités douanières une nouvelle réglementation, plus souple, dans le fonctionnement de la zone franche. qui donna satisfaction aux usagers et surtout aux acteurs économiques qui souffraient de contrôles tatillons. Le 8 octobre 1960, la ville de St-Julien eut le grand honneur de recevoir le Président de la République Charles De Gaulle ( à qui mon père eut le privilège de serrer la main). En 1965, a lieu la fusion des deux communes de Thairy et de Saint-Julien, ce qui renforce cette dernière comme ville centre du canton. La forte croissance démographique de la ville conduit la municipalité de Mr Desjacques à acheter 16 ha de terrains pour créer la Z.A.C du Puy Saint-Martin.

 

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Le Général de Gaulle à St-Julien reçu par le maire Me Jean Pissard le 8 octobre 1960 pour le centenaire de l'Annexion

 

Pour comprendre l'évolution démographique du Genevois, et plus particulièrement de sa ville centre, Saint-Julien-en-Genevois, rien ne vaut mieux qu'un graphique qui montre comment la population de la cité frontalière est passée de 1300 habitants en 1860 à près de 13000 hb aujourd'hui, soit une multiplication par 10 en 150 ans, avec une accélération significative à partir des années 1970.

Nb:Face à la pénurie de logements dans le Canton de Genève, une part importante de la population genevoise n'a d'autre choix que de se loger de ce coté de la frontière, surtout depuis les années 2000, ce qui contribue à l'explosion démographique des 15 dernières années.

 

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 L'évolution de la population à St-Julien-en-Genevois de 1800 à nos jours

 

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Le quartier des Prés de la Fontaine vers 1960 avec la "nouvelle" gendarmerie en cours de finition

Les raisons de ce formidable développement économique et démographique

Depuis 50 ans, un certain nombre de grands équipements, particulièrement de transports et communications ont permis de rendre notre territoire transfrontalier particulièrement attractif avec une position stratégique idéale reconnue chaque jour un peu plus.

N'est ce pas ici que l'Europe a décidé d'implanter le CERN en 1954? A cheval sur la frontière entre la France et Genève, le Centre Européen de Recherches Nucléaires est leader mondial dans son domaine, et encore plus depuis qu'a été inauguré en 2008 le LHC, le plus grand accélérateur de particules au monde.

 

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 Tunnel du LHC (Large Hadron Collider) sous la frontière franco-genevoise

L'ouverture du tunnel du Mont-Blanc en 1964, couplé avec la réalisation de l'Autoroute Blanche et plus récemment de l'autoroute Liane vers Annecy ont permis de faire du Genevois un canton parmi les mieux desservis en France, proche de l'Italie et de la Suisse, à 10 minutes de l'aéroport international de Genève qui a vu passer plus de 15 Millions de passagers en 2014.La liaison TGV qui met Genève à moins de 3 heures de Paris nous permet aussi d'être relié au réseau européen de lignes à grande vitesse.

Outre la réalisation majeure qu'est le business park ARCHAMPS TECHNOPOLE  qui offre un cadre exceptionnel aux entreprises et un emploi à plus de 1700 personnes, depuis quelques années de gros investissements en loisirs (Multiplex Gaumont d'Archamps, Vitam de Migros, Casino de St-Julien, l'immense discothèque Macumba fermée en avril 2015) relayés par des événements touristiques de premier plan ( Hameau du Père Noel, Grandes Médiévales, Guitare en Scène) ne font qu’accroître la vitalité touristique de notre territoire.

 

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 Le centre Vitam (Migros) à 3 kms de St-Julien-en-Genevois

Tout ceci a contribué à l'essor économique et démographique du Genevois, qu'on pourrait appeler en anglais le "French Geneva County", sans compter l'essor de la vie économique de Genève, qui couplé avec le manque de logement de l'autre coté de la frontière, a contribué à une croissance démographique parmi les plus fortes de France (plus de 2% en moyenne annuelle) avec plus de 80000 personnes qui traversent la frontière chaque jour pour aller travailler à Genève

NB: On notera aussi que les postes de douane de la zone franche ont été supprimés (au Chable, à l'Eluiset, à Valleiry et Etrembières, etc...); celle-ci existe toujours mais est désormais "dématérialisée", avec le concours occasionnel de la "Volante" que l'on voit fréquemment sur les routes autour de Saint-Julien-en-Genevois.

Le rapprochement avec Genéve

Tous ces événements qui ont été accélérés par la signature en 2002 des bilaterales entre l'Europe et la Suisse ont conduit les responsables politiques français et suisses à chercher des moyens pour coordonner et harmoniser le développement transfrontalier. Cette volonté de travailler ensemble s'est concrétisée par la signature en 2007 du Projet d'agglo Franco Valdo genevois (renommé depuis Grand Genève) qui malgré quelques vicissitudes et quelques obstacles mis sur sa route d'un coté par les Annéciens, de l'autre par les partis populistes genevois permet quand même de tendre vers une collaboration plus forte entre Genève et son arrière pays.

 

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 Les différentes étapes de la formation du Canton de Genève

A ceux qui peuvent être surpris de mes propos, on rappellera que comme on a pu le découvrir tout au long  de cet exposé, les destinées et les intérêts de la Savoie du Nord et tout particulièrement du Genevois frontalier ne sont pas toujours communs avec ceux de la Savoie prise dans son ensemble. Ce qui nous différencie de nos amis savoyards, voire même de nos amis Annéciens, est bien entendu notre proximité avec Genève, capitale économique de notre territoire, qui suscite bien des jalousies. Et si notre destinée de réunion avec notre capitale ne s'est pas concrétisée ( une opportunité magnifique ayant échoué par la seule faute des habitants de Genève qui ne voulurent pas de leurs cousins catholiques en 1815), cela ne nous empêche pas d’œuvrer au rapprochement des 2 composantes du Genevois, le français et le suisse.
Au fil des ans, chacun a bien compris des deux cotés de la frontière ( à l'exception de quelques extrémistes ignares) que nos intérêts économiques et culturels étaient liés et que Genève avait autant besoin de son arrière pays savoyard que nous avions besoin de Genève pour notre prospérité. Cette interconnexion est d'autant plus évidente depuis l'entrée en vigueur des accords bilatéraux en janvier 2002.

Les bilatérales

Au cœur géographique de l'Europe, Genève n'est institutionnellement pas dans l'Europe puisqu'en 1992 une votation populaire Suisse a refusé que la Confédération Helvétique ne rentre dans l'Union Européenne: on rappellera cependant que si le 6 décembre 1992 le non (pour rejoindre l'UE) gagne à 50.3% dans l'ensemble de la Suisse, les Genevois ont eux voté à 78.1% pour entrer dans l'Espace Economique Européen. Quoi qu'il en soit ce résultat conduit la Suisse à entrer dans des négociations bilatérales avec l'UE.

En décembre 1998 un accord est signé à Vienne, concernant 7 secteurs, qui prévoit, entre autres, la libre circulation des personnes entre les pays d'Europe et la Suisse. Cet accord,validé par la population helvète lors d'une votation en mai 2000, a grandement facilité l'octroi d'un permis de travail pour les non résidents en Suisse, et en particulier pour les frontaliers résidant en France voisine. Il suffit de jeter un coup d’œil au graphique ci-dessous pour comprendre le puissance du phénomène depuis le début des années 2000. La forte croissance démographique que l'attrait de Genève a engendrée en France voisine dès les années 1970 a généré des problèmes financiers pour les communes françaises voisines du canton et il est donc nécessaire de parler ici des fonds frontaliers, mis en place pour y remédier.

 

Les Fonds frontaliers

En préambule, rappelons que le canton de Genève retient à la source les impôts des frontaliers qui travaillent à Genève, en contradiction avec la règle généralement admise dans la plupart des pays qui voit les salariés payer leurs impôts sur leur lieu de résidence. Pour compenser le manque à gagner des communes de l'Ain et de la Haute-Savoie limitrophes du canton de Genève qui hébergent les travailleurs frontaliers, une négociation eut lieu entre l'Association des Maires des Communes Frontalières et le Canton de Genève, ce qui déboucha, non sans mal, sur la signature d'un accord entre la France et la Suisse le 29 janvier 1973.

Par cet accord, le Canton de Genève acceptait de rétrocéder aux communes françaises frontalières de Genève une compensation financière prélevée sur les impôts payés par les frontaliers à Genève et égale à 3.5% de la masse salariale de référence; cette compensation genevoise mieux connue sous l'appellation fonds frontaliers est destinée à financer les investissements et le fonctionnement des communes françaises où résident les travailleurs frontaliers.

Notons que 76% de ces fonds sont attribués à la Haute-Savoie et 24% au département de l'Ain, tandis que l'Etat Français ne perçoit rien sur cette manne financière. Le montant payé aux différentes communes est calculé au prorata du nombre de frontaliers recensés dans chaque commune par rapport à l'ensemble des frontaliers déclarés.

Depuis lors, ces fonds frontaliers ( 5.125 Millions de CHF en 1973) se sont considérablement accrus pour atteindre 273 Millions d'euros en 2014. Même si leur répartition a évolué depuis leur entrée en vigueur, puisque les communes ne reçoivent plus que 55% du montant payé par Genève contre 45% pour le Département, ces fonds sont extrêmement importants pour le budget de nos communes (près de 5 M€ à Saint-Julien-en-Genevois en 2014)

On ne saurait clore ce paragraphe sans adresser un formidable bravo et un grand remerciement aux quelques personnes qui se sont battues bec et ongles pour arracher cet accord: Sans aucun soutien des instances départementales et nationales, ils durent se battre contre le mépris du Président du Conseil Général et du Préfet de Haute-Savoie de l'époque pour faire triompher leur cause. Ils furent des visionnaires à qui notre territoire doit beaucoup et ils méritent tout notre respect et notre gratitude. Saluons tout particulièrement MM. Gilbert DUBOULE & Jean BABEL du coté genevois et Lucien VINDRET, maire de Collonges sous Salève, Louis SIMON, maire de Gaillard, Pascal MEYLAN, maire de Ferney-Voltaire, Marcel ANTHONIOZ, maire de Divonne, et Max PREAU qui dirigeait alors le Groupement des Frontaliers pour la partie française. Ces hommes se sont battus contre vents et marée pour faire aboutir le premier accord franco-genevois qui est selon moi l'acte fondateur du Grand Genève, où des deux cotés de la frontière on a heureusement compris qu'on ne pouvait s'ignorer et qu'il était indispensable de coopérer intelligemment.

NB: Pour en savoir plus, je recommande vivement la lecture de l'article d'Henry Chevalier ci-dessous.

Le Grand Genève et l'avenir franco-genevois

Bien que ne faisant pas partie de l'Union Européenne, je suis convaincu que d'être aux frontières de l'Union Européenne est sans conteste un atout considérable pour Genève par rapport aux autres villes suisses. Ville internationale de renommée mondiale, Genève abrite de nombreuses organisations internationales liées à l'ONU ( BIT, OMS, OMC, OMPI, etc... ) et compte plus de 35000 fonctionnaires internationaux. Elle accueille aussi de nombreux sièges d'entreprises multinationales (plus de 100 au nombre desquelles des géants comme Procter & Gamble, Carghill, et bien d'autres...); enfin la cité du bout du lac est aussi un centre de premier plan pour les Conventions et Congrès internationaux.

La beauté et la qualité du cadre de vie, sa localisation géographique et la qualité des moyens de communication qui desservent le Grand Genève (TGV, Aéroport de Cointrin, Carrefour d'autoroutes) en font l'un des territoires les plus attractifs d'Europe, qui, pour donner sa pleine mesure, a absolument besoin de son arrière pays français et de sa population frontalière qui lui apporte sa force de travail et ses compétences multiples.

 

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 Genève et son arrière pays français sont au cœur géographique de l'Europe Occidentale et de l'Union Européenne

Conscients de l'interdépendance de nos deux territoires, les représentants de Genève et de la France voisine (Pays de Gex, Genevois français, Agglomération d'Annemasse...) ont compris qu'il fallait donner un cadre juridique pour organiser la collaboration entre les deux parties de l'espace transfrontalier.  Après l'instauration du CRFG en 1973, la volonté s'est manifestée d'aller plus loin dans le resserrement des liens et c'est ainsi que fut signé en 2007 un pacte, renouvelé en 2012, le Projet d'Agglomération Franco-Valdo-Genevois. Cet acronyme jugé un peu compliqué à comprendre à fait place depuis quelques années à l'appellation Grand Genève, plus parlante, qui permet aux autorités politiques des deux cotés de la frontière, ainsi que dans une partie du Canton de Vaud, de travailler ensemble pour harmoniser le développement de notre bassin de vie. C'est ainsi que le lundi 28 janvier 2013, le Comité de pilotage du Grand Genève fait place au Groupement local de coopération transfrontalière (GLCT). Cette nouvelle organisation politique, administrative et de concertation permet de pérenniser et renforcer la gouvernance de l’agglomération. Structure de droit public suisse, il dispose de la capacité juridique et de l’autonomie budgétaire et fonctionne comme l'entité responsable de la politique des agglomérations au regard de la Confédération Helvétique. Il constitue ainsi le premier GLCT de droit suisse chargé de la conduite d’un projet d’agglomération transfrontalier. Les élus suisses et français y sont représentés de manière équilibrée.

 

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Les membres élus, français et suisses, du premier GLCT



Pour comprendre ce que représente le Grand Genève à l'échelle économique Cliquer ici pour découvrir les chiffres clés de ce territoire, l'un des plus dynamiques de la région Rhône-Alpes.

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Frontières (----) du Grand Genève et de l'ARC 

Au sein de cette organisation transfrontalière qui comprend du coté suisse le canton de Genève et une partie du canton de Vaud, les intérêts français sont regroupés au sein de l'ARC (Association Régionale de Coopération du Genevois Français) qui encercle Genève du Pays de Gex à Thonon en passant par le Genevois, Annemasse Agglo et le Bas Chablais.

Et quoi de mieux pour rapprocher les gens que de mettre en place un réseau de transport qui va faciliter les échanges et la complémentarité des deux faces d'un même territoire. C'est ce qui a été réussi avec la décision de construire le CEVA.

Un exemple d'intégration transfrontalière : Le CEVA

Une véritable révolution dans les transports publics régionaux va se produire prochainement avec l'ouverture du CEVA, renommé récemment Léman Express, le RER transfrontalier qui reliera en 2019 la ville d'Annemasse à la gare de Cornavin en 20 minutes. Ce maillon essentiel (dont on parle depuis 1912) qui traversera Genève en souterrain va permettre de relier l'ensemble du territoire dans un rayon de 60 kms autour de Genève grâce à des interconnexions pratiques et rapides qui permettront aux savoyards d'Annecy ou de Saint-Gervais de se rendre facilement et rapidement à l'Aéroport de Genève ou dans le Canton de Vaud. Outre le service rendu aux populations locales, un des effets induits sera de favoriser le tourisme en Haute-Savoie puisque les stations de ski Haut-Savoyardes deviendront plus proches de Genève que celles du Valais alors qu'Annecy sera plus proche de Genève Aéroport que ne l'est Montreux. Une véritable révolution dont peu de gens ont aujourd'hui saisi l'impact profond qu'il entraînera dans la mobilité des populations dans et atour du Grand Genève.

 

histoire du genevois

 

 Le futur RER franco-Valdo-Genevois : le CEVA

Vous trouverez plus d'informations et une vidéo de présentation sur le site internet: www.ceva-france.fr

Quelques pistes d'avenir pour assurer la prospérité de notre territoire.

Alors que le cours élevé du franc suisse peut à terme poser problème à l'économie suisse, il est urgent que les acteurs économiques genevois prennent conscience du fabuleux atout compétitif qu'ils ont sur leurs concurrents de Zurich en disposant de l'arrière pays du Genevois français où ils pourraient à bon escient installer back-offices et logistique afin de pouvoir être le plus compétitif possible pour aborder les marchés européens.

Il serait opportun de créer quelques pôles d'excellence des 2 cotés de la frontière: un premier exemple étant celui du Bio Tech qui se développe à la fois à Genève mais aussi à St-Julien et Archamps. On rappellera que le dispositif français d'aide à la recherche et à l'innovation, le Crédit Impôts Recherche est particulièrement incitatif à investir en France.

Jouer la carte de l'international en faisant de notre territoire un lieu d'implantation favori pour les entreprises non européennes (Américaines et Chinoises) des  deux cotés de la frontière, avec des équipements de premier plan (école chinoise, école coréenne....) qui rendront notre région incontournable.

La revitalisation des zones franches (Pays de Gex et Genevois) est une autre piste à explorer: il faudrait leur permettre de  bénéficier de concessions sociales et fiscales pour accroître leur attractivité et permettre leur développement face à Genève. Faire bénéficier les entreprises agricoles ou alimentaires installées dans ces zones du label "SWISSNESS"

On le voit, les pistes sont nombreuses, qui tendent toutes à affermir la situation de notre territoire transfrontalier comme l'un des plus dynamiques et vivants d'Europe, et cela dans un cadre naturel de toute beauté.

La Savoie: française ou pas?

On ne saurait traiter de l'histoire de notre Pays de Savoie sans mentionner l'existence de mouvements régionalistes voire indépendantistes. C'est ainsi que dans les années 1970, se crée le MRS, un mouvement qui milite en faveur d'une région Savoie. Malheureusement, le 15 mai 1973, les votes des deux Conseils Généraux écartent cette perspective au profit d'une réunion à la région Rhône-Alpes. Depuis lors les tentatives de ce mouvement n'ont pas rencontré le succès auprès des électeurs savoyards.

Quant à la Ligue Savoisienne qui dans les années 1990 cherche à retrouver une indépendance vis à vis de la France , ce pays qui n'a pas respecté les clauses du traité d'Annexion, elle va beaucoup plus loin, puisqu'elle souhaite ni plus ni moins se séparer de la France. Lisons ce qu'écrit Jean de Pingon (l'un des fondateurs de la Ligue) dans son livre "Savoie française": 

"Le paquebot France va au devant des flots qui l'engloutiront. Il entraîne dans son sillage la goélette Savoie, derrière lui arrimée. La goélette Savoie est certes bien moins impressionnante que le paquebot France, pourtant elle est mieux taillée pour affronter la tempête que ce paquebot dont les moteurs s'arrêteront bientôt et qui ne tiendra plus aucun cap lorsque le"s flots gronderont."

Sans partager les revendications de la Ligue,(dont le rayonnement est fortement déclinant depuis quelques années) je déplore cependant vivement que l'histoire de notre pays ne soit pas enseigné aux enfants qui habitent notre région. Ce n'est pas renier la France que dire que nous ne sommes français que depuis 150 ans alors que nous fûmes indépendants pendant 800 ans. Il est aussi nécessaire pour bien comprendre l'histoire du Genevois d'intégrer le fait que celui-ci n'a pas toujours eu (c'est encore vrai aujourd'hui) les mêmes intérêts qu'Annecy, et à fortiori que la Savoie propre. On notera à ce sujet l'existence de la Confédération Savoisienne qui, tout en défendant les droits de la Savoie issus du Traité de Turin, prend en compte cette dimension Savoie du Nord, et se bat pour faire exister la (petite) zone franche.

Pour savoir où l'on va, il est essentiel de savoir d'où l'on vient, et c'est bien ce que j'essaie de faire à mon modeste niveau en publiant cette histoire du Genevois. D'autre part, en tant que Savoyard, on ne peut pas ne pas s’inquiéter de la création de cette nouvelle région Rhône-Alpes Auvergne dont les leviers de pouvoir s'éloignent inexorablement de notre région. Il est sans doute souhaitable que le mouvement du MRS se revigore pour soutenir les efforts des deux Présidents de Conseil Départemental, MM. Christian Monteil et Hervé Gaymard qui envisagent de fusionner les deux départements à condition que les compétences qui lui soient octroyées soient intermédiaires entre celles d'un nouveau département (après la réforme territoriale) et celles d'une région à part entière. Dans cette optique, je compte sur M. Monteil, homme de dialogue et d'ouverture qui est devenu le Conseiller Départemental de notre canton pour comprendre notre spécificité et défendre nos intérêts. Je suis aussi confiant du fait que ce soit la député de notre circonscription Virginie Duby-Muller qui va s'occuper des relations transfrontalières; elle a les compétences, la stature et le sens de la diplomatie pour négocier au mieux de nos intérêts avec nos amis suisses. La Haute-Savoie, et les Pays de Savoie dans leur ensemble ont tout à gagner d'un Genevois fort et prospère

histoire du genevois

 La fête du lac à Annecy

 

 Conclusion

 histoire du genevois

 Le Mont-Blanc vu du haut du Salève, la montagne si chère au cœur de tous les Genevois

Comme nous l'avons vu dans cette histoire du Genevois, le destin de ce territoire qui avait toutes les raisons d'être intimement lié à celui de sa "capitale" Genève a été contrarié à de nombreuses reprises essentiellement pour des raisons d'abord religieuses puis politiques qui se sont avérées plus fortes que les raisons géographiques ou économiques. Cette situation est-elle figée à jamais? bien malin qui pourrait en jurer. Ce qui est sûr, c'est que des 2 cotés de la frontière, des gens bien intentionnés essaient de se libérer des contraintes politiques pour trouver des moyens de faire vivre ensemble, et le mieux possible, deux populations qui partagent le même bassin de vie et qui ont des intérêts communs. C'est dans cet esprit de dialogue et de coopération que seront trouvées les solutions qui assureront un avenir radieux à nos enfants.

Quand on aura ajouté que nombre de genevois français sont des binationaux franco-suisses et que le nombre de genevois de nationalité suisse sont chaque jour plus nombreux à s'installer en France voisine faute de logements dans le canton de Genève, on comprend à quel point cette interpénétration des deux populations est forte, quoi qu'en disent les partis extrémistes genevois qui n'ont rien compris au film, eux qui se nourrissent souvent de partisans fraîchement arrivés à Genève, méconnaissant l'histoire commune de nos deux territoires, et uniquement soucieux de préserver leur confort.

Si pendant des siècles Genève fut une ville fermée, à l'abri de ses murailles (qui ne furent démolies que vers 1850), la croissance urbaine très forte au XXéme Siècle l'a transformée en une agglomération transfrontalière au centre d'un bassin de vie qui compte près d'1 million d’âmes et qui s'étale jusqu'à 20-30 kms du centre ville. Le développement et la prospérité  de Genève seraient fortement compromis sans l'apport de main d'oeuvre et de compétences des frontaliers et sans l'espace qu'offre la France voisine. Parallèlement, la prospérité dont bénéficient le Pays de Gex et la Haute-Savoie, et particulièrement le Genevois savoyard, doivent énormément à Genève. C'est donc une collaboration étroite recherchant le gagnant-gagnant qui doit être privilégiée à toute forme d'antagonisme. Il est temps que chacun s'en convainque, de part et d'autre de la frontière, afin que celle-ci ne résiste pas à notre envie de vivre ensemble.

 

histoire du genevois

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Sources

www.lasalevienne.org

Le Genevois - Marie-Thérèse Hermann
L'histoire du Département de la Haute-Savoie - A. Folliet - C. Duval - M. Bruchet
Saint-Julien en Genevois - Abel Jacquet
Savoie française, Histoire d'un pays annexé - Jean de Pingon
Atlas Historique du Pays de Genève - Claude Barbier & Pierre-François Schwarz
St-Julien en Genevois 1940-1944 - La Résistance - Michel Duparc, Jean-Claude Ruche, Yves Duparc

La Savoie, ses relations avec Genève et la Suisse - Université de Genève

Articles connexes d’intérêt:

Histoire de la Savoie de 1860 à 1914 - Wikipedia
La grande zone franche par Jean de Pingon
L'affaire des zones franches devant la cour permanente  de justice internationale
Suisse et Savoie - La zone franche de haute-Savoie par L. Paul-Dubois
L'affaire des fonds frontaliers par Henri Chevallier

 

Remerciements

Je voudrais remercier ici les membres de la Salèvienne , la société d'histoire de notre territoire qui fait un travail exemplaire, et particulièrement son président M. Claude Megevand, qui m'a donné gout à l'histoire de ce pays singulier. Je ne saurai trop vous recommander de rejoindre cette communauté enrichissante d'amoureux de l'histoire de notre Salève et du bassin genevois.

Je voudrais aussi remercier les historiens qui ont écrit ou réalisé des conférences sur le sujet ( MM. Amoudruz, Amoudry, Barbier, Regat, etc...) et les amis qui m'ont prété leurs livres (Mme Martine Clément, MM. Gilbert Balleydier, Michel Duparc, Bernard Gaud, Jean-Luc Daval, etc....).


Enfin je tiens à rendre ici un vibrant et respectueux hommage au Pr Paul Guichonnet, le grand historien de l'histoire de la Savoie dont les connaissances et le gout de les partager en fait l'un des Savoyards les plus remarquables qu'il m'ait été donné de rencontrer. Un immense merci à lui pour son oeuvre et sa générosité de tous les instants.

PS: Je n'ai jamais eu la prétention de faire oeuvre d'historien, seulement de donner envie aux habitants de ce territoire, suisses comme français, de mieux connaitre l'histoire riche et mouvementée de leur lieu de résidence. J'aimerais que mon travail puisse déboucher sur la réalisation d'un Centre d'Etudes et de Documentation du Genevois qui pourrait recueillir et abriter les nombreux documents (livres, écrits, photos, cartes postales,....) retraçant l'histoire de notre territoire. Ce serait une magnifique oeuvre de coopération transfrontalière puisque je ne la conçois évidemment pas sans la participation active de notre voisin et ami, le Canton de Genève. Et bien entendu, c'est à Saint-Julien-en-Genevois, ma ville de naissance  et de cœur que j'aimerais le voir s'établir.

Pierre Brunet
Saint-Julien le 29 juin 2015

 

18/11/2014

Quel avenir pour la Savoie dans la nouvelle région Rhône-Alpes Auvergne?

Nous sommes à un tournant historique pour notre avenir, et il est important que chaque Savoyard soit bien conscient de ce qui se passe et de ce qui est en jeu avec la mise en place de la nouvelle réforme territoriale dont le gouvernement actuel a fait son cheval de bataille?

Sans revenir à mes interrogations sur le bien fondé de cette réforme (voir mon article précédent), je souhaite ici m'interesser uniquement aux conséquences désastreuses que pourrait avoir cette réforme sur notre avenir à nous savoyards.

Je suis un St-Juliennois, Haut-Savoyard, et c'est ainsi que je me définis dans mon identité. Français, je sais que je ne le suis que depuis 150 ans et qu'auparavant mes ancètres savoisiens se sont souvent battus avec la nation qui est désormais la mienne. De la même façon, je n'oublie pas que nous n'étions pas français en 1793 (même si notre territoire était alors occupé par les troupes françaises) et donc nous ne pouvons être traité de peuple régicide. Tout cela pour dire que si j'accepte et n'ait pas de problème avec le fait d'être français, je souhaite que les spécificités de mon peuple et de ma terre soient respectées. Par ailleurs, je me sens en revanche farouchement européen, et quand je voyage en Italie, en Suisse ou dans n'importe quel pays d'Europe, je sens, malgré les différences évidentes, une communauté d'esprit et de culture bien plus forte avec ces voisins qu'elle ne le sera jamais avec nos amis américains par exemple. Enfin, je me sens aussi citoyen du monde, convaincu que les grands problèmes de l'humanité (écologie, économie...) doivent désormais être résolus pacifiquement, à l'échelle du monde et de la planète.

Ce qui nous menace aujourd'hui avec la réforme territoriale, c'est que les grandes compétences qui sont aujourd'hui aux mains du département (routes, économie, tourisme, etc...) vont passer dans celles d'une super région Rhône-Alpes Auvergne dont le centre de décision sera à Lyon. Et comme nous serons à l'extrémité de ce grand territoire, j'ai bien peur que nous soyons oubliés, ou traités comme la dernière roue du carrosse.

Une conférence débat a eu lieu samedi dernier à Cruseilles, organisée par La Salévienne et animée par les 2 présidents des Conseils Généraux de la Savoie, Mr Hervé Gaymard et de la Haute-Savoie, Mr Christian Monteil.

Ces deux hommes sont venus nous expliquer les dangers qui menacent notre identité de savoyards à travers cette réforme qu'ils ne souhaitent pas, et comment ils envisagent d'en limiter les effets nocifs en nous proposant de fusionner les 2 départements dans une collectivité territoraile Savoie - Mont-Blanc qui  garderait l'essentiel des prérogatives et compétences dévolues actuellement aux départements et ainsi mieux défendre les interets de notre territoire au sein de la nouvelle grande région. Il ne s'agit en rien de fusionner les 2 départementys pour ne garder que la partie sociale que le gouvernement entend laisser aux départements, mais bien de créer une nouvelle entité à mi chemin entre le département et la région. Collectivuité qui tiendrait compte de la particularité savoyarde qui doit être reconnue comme l'est celle des Alsaciens, des Corses et des Bretons.

Disons le tout net, je n'étais à l'origine pas favorable à ce rapprochement entre nos deux départements qui ont souvent rivalisé et qui ont des interets divergents. Mais avant d'être un Rhône-Alpin Auvergnat, je suis avant tout un Savoyard et entre deux maux, il faut choisir le moindre. Dans une situation telle qu'aujourd'hui, je m'opposerais à la fusion de nos deux départements. Toute initiative qui permettra de nous rendre plus forts et de nous aider à atteindre cet objectif doit donc être soutenu.Dans la nouvelle région aux compétences élargies, je considère que c'est notre devoir à nous savoyards de faire bloc et de défendre nos droits.

Oui nos droits! Car historiquement ceux ci sont différents de ceux des autres départements par le seul fait que nous avons choisi de notre plein gré de rejoindre la France en 1860 en vertu d'un traité par lequel un certain nombre de droits nous ont été concédés. Il est donc légitime de les faire respecter. A titre anecdotique et pour preuve de notre spécificité, je rappelle que nos deux départements sont les seuls départements métropolitains à ne pas avoir un nom correspondant  à un nom de rivière ou de montagne.

Notre situation géographique à la porte des Alpes, de l'Italie et de la Suisse nous confère là aussi une spécificité que personne ne peut nier. Serait -il opportun de confier à Lyon ou à Paris le soin de négocier en notre nom avec Turin ou Genève, je ne le pense pas!

Notre économie elle aussi est spécifique. Avec 40% de son PIB provenant de l'industrie, la Haute-Savoie est dans le top 3 des départements français les plus industrialisés (en pourcentage de l'industrie sur le PIB total). Et cela malgré le fait que le tourisme et l'agriculture de montagne jouent eux aussi un rôle important.

Notre département est riche. Nul doute que cette réforme aura pour conséquence de nous retirer un peu plus des dividendes de notre labeur, alors que la péréquation qui nous pénalise en faveur des autres départements de France est déja l'une des plus élevées. Faut-il accepter de se laisser tondre la laine sur le dos sans rien dire? Non, il est temps que les savoyards, trop sages et conciliants pendant des décennies, se mobilisent pour défendre leurs intérets.

Faudra t-il accepter en Haute Savoie du Nord que nos accords transfrontaliers avec Genève puissent être négociés et mis en place par des gens qui n'ont aucune connaissance de notre histoire et de nos liens étroits tant historiques qu'économiques avec la Cité de Calvin?
Et qu'adviendra t-il des fonds frontaliers qui ont permis jusqu'à présent à notre territoire de financer les investissements nécessaires à l'accroissement démographique lié à l'attractivité de Genève?

Je vous le dis amis savoyards, nous devons nous mobiliser derrière Christian Monteil et Hervé Gaymard pour appuyer leur démarche et faire en sorte que notre Savoie que nous aimons tant ne soit pas noyée dans le fourre-tout Rhône-Alpin & Auvergnat. C'est notre avenir et celui de nos enfants qui est en jeu. Et c'est autrement essentiel pour notre futur que de savoir qui demain sera le prochain Président de la République à Paris.

car j aime a respirer
l air pur de nos montagnes
je suis la liberté la liberté

27/06/2012

Comment la petite histoire peut influencer la Grande Histoire - Viol de Napoleon III par la comtesse de Castiglione

Napoleon III et Castiglione.JPG

Viol avec consentement mutuel, c'est sans doute l'expression ad hoc pour qualifier le corps-à-corps entre Napoléon III et la comtesse de Castiglione dans les fourrés du parc de Saint-Cloud, le soir du 27 juin 1856. Les invités de l'empereur font semblant de ne s'apercevoir de rien, tandis que l'impératrice ne montre qu'une pâleur plus accentuée que d'habitude. Ce jour-là, l'empereur Napoléon III organise une fête intime et champêtre dans son coquet château de Villeneuve-l'Étang, situé au milieu du parc de Saint-Cloud. Les invités sont triés sur le volet. Mais celle qui est la plus chère aux yeux de l'hôte impérial porte le nom interminable de Virginia Elisabetta Luisa Carlotta Antonietta Teresa Maria Oldoini, comtesse de Castiglione par son mariage.

À 19 ans, cette Italienne au tempérament ardent, récemment débarquée de Florence, passe pour la plus belle femme de son temps. Même ses pires ennemies, femmes, on l'entend bien, le reconnaissent. Elle s'est installée à Paris avec son époux sur ordre de Cavour, président du Conseil du royaume de Piémont-Sardaigne, qui lui a confié la mission de séduire Napoléon III. Cette Mata Hari doit convaincre l'empereur de soutenir Victor-Emmanuel II, roi de Piémont-Sardaigne, désireux d'unifier l'Italie. Pour Carlotta, tomber l'empereur des Français n'est qu'un jeu d'enfant. Il la remarque aussitôt et prie l'impératrice de lui faire parvenir une invitation pour sa petite fête. Le carton précise aux invitées d'y aller "en robe montante et en chapeau, parce qu'on s'y promènera sur le lac et dans un parc".

Tenues provocantes

Non seulement Carlotta est magnifique, mais elle porte des tenues si provocantes que même Madonna en rougirait. À Villeneuve, Napoléon III et ses invités la voient débarquer revêtue d'une ébouriffante robe transparente à rendre fou d'amour même Gilbert Montagné. "Ingénieuse au suprême degré à attirer et à retenir l'attention sur elle, elle était, ce soir-là, tout en mousseline transparente, avec un chapeau garni d'une auréole de marabouts blancs, et sa chevelure avait l'air de ne pouvoir être comprimée, tant elle s'étalait sur ses épaules", note la comtesse Stéphanie de Tascher de La Pagerie. Ange irréel, magnifique objet du désir : ce soir-là, les autres femmes savent qu'elles pourraient se mettre à poil en dansant la rumba que les hommes ne les remarqueraient même pas. Tous, Napoléon III le premier, ont le regard d'un enfant découvrant un sucre d'orge. Carlotta sait qu'elle les tient. Son attitude se fait plus hautaine et distante. Son corps s'offre à tous les regards, mais son visage manifeste un froid mépris. C'est sa marque de fabrique : exhiber, mais rester froide comme un glaçon d'avant le réchauffement climatique.

La soirée commence par de la musique et la représentation des choeurs du Conservatoire, elle se poursuit par un feu d'artifice, puis vient le souper. Comme le temps est agréable, les invités se dispersent pour effectuer des promenades en barque sur le lac. La comtesse de Castiglione passe à l'attaque, elle se dirige vers l'empereur, qui n'attend que cela, pour l'inviter à partager son esquif. Sous l'oeil étonné des autres invités, le couple s'éloigne de la rive. On les voit aborder la petite île située au milieu de la pièce d'eau et disparaître jusqu'à 3 heures du matin.

Sourire béat

Chacun imagine parfaitement ce qui se passe sur l'île. L'empereur et la comtesse ne sont certainement pas en train de chercher des champignons, où alors le seul qu'elle trouve a une forme inhabituelle. Quand le couple finit par réapparaître, on remarque aussitôt la mise de la jeune femme, "un peu chiffonnée". À leur vue, l'impératrice pâlit de rage, alors que, sans aucune gêne, Virginia arbore un sourire béat. Au contraire, elle veut montrer l'image de la femme satisfaite et comblée. Elle manifeste, écrit un témoin, "la grâce d'un adorable abandon".

Plus personne n'ignore qu'elle est devenue cette nuit-là la maîtresse de l'empereur. C'est elle qui règne désormais, et non plus l'Espagnole, la Montijo. Au cours des mois suivants, l'Italienne assoit son ascendant sur son amant pour la plus grande satisfaction de Cavour. Seulement, la jeune femme n'a pas la victoire modeste. Plus elle règne sur le coeur de Napoléon, plus elle snobe le reste de la cour. C'est à peine si elle sourit, si elle répond quand on lui adresse la parole. Au point de se rendre antipathique à tout le monde. Elle vit largement au-dessus des moyens, recevant des fonds secrets de son amant. La liaison fait scandale, elle s'en fiche. Son époux le comte veut la raisonner, elle s'en moque. Pourtant, son attitude imbuvable finit par lasser même l'empereur. Celui-ci est déjà passé à la suivante, la comtesse Walewska. Aussi se débarrasse-t-il de la pétasse italienne d'une manière peu glorieuse.

Amour dans les sous-bois

Un nuit d'avril 1857 qu'il sort de chez la comtesse, Napoléon III échappe à une tentative d'assassinat organisée par trois carbonari italiens. Ils sont rapidement arrêtés. Leur nationalité italienne s'étale dans les journaux. Aussitôt la complicité de la comtesse est évoquée, alors que, bien entendu, elle n'est strictement pour rien dans cette histoire. Deux jours plus tard, elle est officiellement expulsée de France par des agents secrets en possession d'un décret signé par le ministre de l'Intérieur. Napoléon III a laissé faire.

Quelques semaines plus tard, la belle tentera un come-back à la cour, c'est un fiasco. Son mari en profite pour l'abandonner, retourner en Italie et vendre toutes ses possessions pour rembourser les dettes faites par son épouse. Le 21 juillet 1858, Napoléon III et le comte de Cavour, président du Conseil du royaume de Piémont-Sardaigne, se rencontrent dans la cité thermale de Plombières-les-Bains, dans les Vosges, pour préparer un accord d'entraide entre la France et le Piémont-Sardaigne. Les Autrichiens devront évacuer une partie de l'Italie du Nord, Victor-Emmanuel II avancera vers l'unification de son pays, et la France recevra le comté de Nice et le duché de Savoie pour sa peine. La Castiglione n'est pas totalement étrangère à ce morceau d'histoire. Comme quoi l'amour dans les sous-bois peut servir de grandes causes.

Article écrit par Frédéric LEVINO & Gwendoline DOS SANTOS, publié sur www.lepoint.fr

PS: Compte tenu des conséquences de cet "incident" sur l'avenir de la Savoie chère à mon coeur, j'ai souhaité vous faire découvrir cet article qui montre comment la petite histoire peut avoir de grandes conséquences sur la Grande Histoire.

18:30 Publié dans Haute-Savoie, Histoire | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : napoleon iii, comtesse de castiglione, cavour, savoie | | | Digg! Digg | | |  Facebook

15/09/2011

le sac du Palais d'été de Pékin : quel déshonneur pour l'Europe!

Ci-dessous un article fort interessant écrit par mon ami Bernard Fauvelais, qui, bien que d`origine parisienne, a épousé  avec passion la cause Savoisienne; même si je ne partage pas toutes ses idées, je le rejoins totalement sur la façon ignominieuse dont les Occidentaux se sont conduits avec la Chine au XIXéme Siécle. A ce titre, je pense qu'il est du plus grand interet de montrer, à travers cet exemple, comment les pays "civilisés" d'Occident se sont conduits avec cette autre grande civilisation qu'est la Chine. On laissera à chacun le soin de décider qui sont les barbares dans cet épisode mal connu de notre oeuvre civilisatrice.

 

La Chine victime collatérale de l’annexion de la Savoie par la France, en 1860?

 

Pour la Savoie l’année 1860 est une bien triste année. C’est l’année où les Savoisiens se sont retrouvés Français malgré eux, par un enchaînement de manoeuvres occultes (négociations secrètes de Plombières* entre Napoleon III et Cavour en 1858 pour fixer les modalités de l’annexion), et de coups tordus (plébiscites d’avril 1860 honteusement truqués pour faire valider par les Savoisiens et Niçois l’annexion de leur pays à la France). Mais 1860 a été aussi une année calamiteuse pour la Chine. C’est l’année où elle a été victime d’une agression inqualifiable, perpétrée par deux gouvernements indignes, ceux de la France et de la Grande-Bretagne, qui s’est terminée par le sac et la destruction du Palais Impérial d’Été près de Pékin, considéré à l’époque comme un des joyaux de l’humanité.

Quel est le rapport entre les deux événements, à part l’année? Je vais émettre une hypothèse qui me semble fondée mais qui demande à être approfondie et confirmée. Si parmi les lecteurs de cet article, il se trouve des personnes qui ont des informations à ce sujet, je serai ravi de les recevoir et d’en discuter avec eux.

 

Les préparatifs de l’expédition franco-britannique de 1860.

Un corps expéditionnaire de 20 000 hommes fut envoyé en Chine (12 000 Anglo-Indiens et 8 000 Français). La France, pour acheminer ses 8 000 hommes en Chine, a du mettre sur pied une énorme et très coûteuse logistique (13 navires de guerre, 100 bâtiments de transport). Tout est parti de France à partir de Décembre 1859. Côté anglais, c’était beaucoup plus facile et moins coûteux, car presque tout partait de leur colonie indienne.

 

Pourquoi les Anglais ont-ils monté cette opération?

La Chine représente pour les Anglais un marché captif très important et très juteux, pour écouler des quantités énormes d’opium cultivé aux Indes. L’Angleterre est alors un état narco-trafiquant, elle entend défendre ses intérêts économiques, quels que soient les ravages que l’opium fait subir à la population chinoise.

Comment en est-on arrivé là? Pourquoi la Grande-Bretagne cherche par tous le moyens à forcer la Chine à acheter son poison? Pour le comprendre il faut se reporter quelques décennies en arrière. La Grande-Bretagne, puissance maritime dominante depuis le 17e. Siècle, en profite pour imposer les produits anglais (agricoles, manufacturés) partout où elle le peut. En ce qui concerne la Chine, elle tombe sur un "os". Malgré leurs nombreuses délégations commerciales envoyées au fil du temps chez l’Empereur, pour essayer de le séduire, de l’intimider, le convaincre de leur acheter leurs produits, c’est à chaque fois une fin de non recevoir. Cela irrite de plus en plus les Anglais, d’autant qu’ils importent toujours plus de produits de Chine (en particulier du thé, de la soie, des perles, de la porcelaine...) dont le prix est exigé en métal d’argent par le gouvernement chinois.

La seule marchandise que les Anglais réussissent à vendre en Chine est l’opium, qu’ils cultivent aux Indes (colonie Anglaise à l’époque). L’opium est commercialisé par une compagnie privée, l’East Indian Company, protégée par le gouvernement anglais. Au début, dans les années 1800, l’opium rentre en fraude, en quantité relativement modeste. Puis, petit à petit, la demande augmente, les volumes s’accroissent et ce commerce devient très rémunérateur. Les Anglais veulent pouvoir exporter librement (sans restriction et sans limite) leur poison. L’Empereur de Chine s’oppose à ce commerce, d’abord timidement et ensuite de plus en plus activement, car cela commence à vider ses caisses et à rendre dépendant un nombre croissant de ses sujets.

 

 * Petite ville de cure dans les Vosges, ou Napoleon III avait l’habitude de se rendre pour soigner ses crises de goute.

 

Finalement l’Empereur décide d’interdire toute importation d’opium en Chine et fait détruire une cargaison d’opium dans le port de Canton. C’en est trop pour les Anglais. Ils attaquent la Chine en 1830: c’est la première guerre de l’opium.

La Chine n’est pas préparée pour résister à l’invasion anglaise. Elle est vite défaite et forcée de négocier avec les narco-trafiquants anglais. Elle perd Hong Kong qui devient une colonie anglaise, doit ouvrir de nombreux ports chinois aux navires anglais, accepter l’importation de l’opium, et payer de très grosses indemnités de guerre à la Grande-Bretagne.

Ce traité de paix imposé par la Grande-Bretagne est très mal vécu par l’Empereur de Chine, qui cherche par tous les moyens à ne pas l’appliquer. C’est ce qui provoque deux autres guerres de l’opium. Les Anglais reprochent aux Chinois de ne pas respecter les accords signés précédemment. C’est ainsi qu’en 1860 ils décident de monter une expédition punitive, pour donner une sérieuse leçon à l’Empereur de Chine et l’amener à appliquer à la lettre les traités confiscatoires signés précédemment.

On comprend que pour les Anglais, la Chine représente des intérêts commerciaux et financiers extrément importants. Ce n’était pas du tout le cas pour la France, qui n’avait à l’époque pratiquement pas de présence dans cette partie du monde.

 

Pourquoi Napoleon III a-t-il envoyé des troupes participer à cette expédition lointaine décidée par les Anglais?

La thèse officielle, c’était qu’il fallait venger le meurtre de deux missionnaires catholiques français, commis deux ans auparavant. Cela semble un prétexte bien mince pour justifier une opération d’une telle ampleur, si onéreuse, si risquée, si lointaine! On verra plus loin les vraies raisons qui, je crois, ont poussé Napoleon III à s’acoquiner avec les Anglais pour cette honteuse opération.

Ici encore un retour sur l'histoire s'impose.

Suite aux désastres des guerres révolutionnaires françaises et des guerres napoléoniennes (de Napoléon 1er) qui ont mis à feu et à sang l’Europe pendant près de 25 ans, l’aventure s’est terminée par la défaite de la France, vaincue par l’Europe coalisée. Les vainqueurs (principalement les Anglais, les Autrichiens, les Prussiens, les Russes) redessinent les frontières de l’Europe par les deux traités de Paris de 1814 et par le traité de Vienne de 1815.

La Savoie, grâce au soutien très actif des Anglais et des Russes, retrouve l’autonomie qu’elle avait avant l’invasion française de 1792: elle réintègre un État "fédéral" qui comprend aussi le Piémont, Nice, la Sardaigne, et nouvellement la Ligurie, ancienne République de Gênes.

Cette nouvelle configuration de l’Europe a été pensée et voulue surtout par les Anglais, qui ont cherché à ce qu’aucune puissance ne soit trop forte, et aussi à réduire le plus possible le pouvoir de nuisance de la France. Il s'agit d'éviter que ne se reproduise une tentative militaire d’hégémonie de la France sur l’Europe. Pour ce faire, la Grande-Bretagne a mis en place, aux nouvelles frontières de la France, des pays amis: création de l’état des Pays-Bas, puis de la Belgique, refondation de la Suisse (agrandie des nouveaux cantons de Genève, Neuchatel, Valais, les évêchés du Jura étant confiés au canton de Berne), du Bade-Wurtenberg, des États de Savoie. Ainsi la France, sur ses frontières Nord, Est et Sud, est entourée de pays amis et alliés des Anglais, une sorte de cordon sanitaire l’entoure.

Quand Napoleon III arrive au pouvoir, il n’a de cesse de vouloir s’affranchir des traités de Paris et de Vienne. Pour arriver à ses fins, il a cherché à rompre le bloc des vainqueurs de 1815. C’est sûrement une des raisons qui ont amené Napoleon III à s’allier aux Anglais et à l’Empire ottoman, contre les Russes, au moment de la guerre de Crimée de 1856.

 

En agissant ainsi il attise les rivalités russo-anglaises, s’attire la sympathie des Britanniques et redevient une puissance. Ce rapprochement avec les Anglais a été chèrement payé , par le sang d’innombrables soldats français tombés pendant lacampagne de Crimée (on parle de 200 à 300 000 morts) en particulier pendant le siège de Sébastopol et Malakoff.

Suite à cette sale guerre, Napoléon III a pensé qu’il pouvait désormais compter sur une bienveillante neutralité de la part des Anglais, ce qui devait lui permettre d’agir plus à sa guise en Europe, pour retrouver une partie des territoires perdus en 1815.

Cette stratégie est mise en oeuvre avec la Savoie et Nice, que Napoléon III cherche à s’approprier dès 1858, sans que les vainqueurs de Waterloo (Russie, Grande-Bretagne, Prusse, Autriche) soient consultés, ce qui violait les traités en vigueur. Pour arriver à ses fins, Napoléon III propose au Duc de Savoie (Victor Emmanuel II), en échange de la cession de la Savoie et de Nice, de l’aider militairement à créer un Royaume d'Italie du Nord (Piémont, Ligurie, Lombardie, Vénétie) en expulsant les Autrichiens de Lombardie et de Vénétie, territoires qui leur avaient été confiés par le traité de Vienne en compensation de territoires autrichiens situés en Allemagne et cédés à la Prusse. Mais les choses ne se passent pas comme prévu. La campagne militaire française en Lombardie contre les Autrichiens tourne à la boucherie (batailles de Magenta et Solferino). Napoléon III doit arrêter son offensive à la frontière de la Vénétie, à cause des réactions très négatives et hostiles de la Prusse et de L’Angleterre. Napoléon III essaye de calmer les Anglais, car il veut éviter à tout prix une alliance militaire entre les Autrichiens, la Prusse et la Grande Bretagne contre lui, qui pourrait lui être fatale.

C’est là que je lance une hypothèse qui demande a être confirmée. Je l'ai déjà lue dans un ouvrage anglo-saxon dont j'ai malheureusement perdu la référence. Napoléon III aurait alors trouvé un moyen pour amadouer les Anglais: mettre à leur disposition un important contingent de soldats pour la campagne que la Grande-Bretagne préparait contre la Chine. En effet les Anglais manquaient cruellement de troupes terrestres. Au moment même où se préparait cette nouvelle guerre contre la Chine, une grave révolte éclatait aux Indes, la première rébellion de soldats indiens contre les maîtres Anglais: la révolte des Cipayes, qui devait être matée rapidement pour éviter que toute l’Inde ne s’embrase. La proposition de Napoléon III arrive donc au bon moment et est acceptée par les Anglais. Comme par hasard, à partir de ce moment, les Anglais se sont montrés beaucoup plus accommodants et n’ont plus pensé à une alliance militaire contre la France. Ils ont laissé l’annexion de la Savoie et de Nice se faire, sans toutefois l'approuver officiellement...

Déroulement de la campagne militaire anglo-française de 1860 en Chine.

L'opération consistait à utiliser la force pour faire plier l’Empereur de Chine et l’obliger à ouvrir son pays sans restrictions au commerce de l’opium sous monopole anglais. L’armée chinoise, bien que valeureuse, est très mal équipée, comparée à celle des Anglo-Français. Elle est enfoncée très vite. Les Anglo-Français remontent rapidement jusqu’à Pékin. Pour faire plier l’Empereur, ils décident de frapper un grand coup en s’attaquant au Palais d’Été, symbole de la puissance de l’Empereur de Chine. Le Palais d’Été est pillé de fond en comble pendant quatre jours (6 Octobre au 9 Octobre 1860).

Les Anglo-Français se comportent comme des barbares: ils font main basse sur des trésors inestimables, or, pierres précieuses, perles, jade, soie, sculptures, tableaux, livres rares, porcelaine... Ce qui ne peut être emporté est fracassé, détruit. Pour parachever leur méfait, décision est prise par les Anglais (les Français ne s’associent pas à cette décision) de brûler tout ce qui est encore debout. L’incendie dura une semaine (18 Octobre au 24 Octobre 1860) et nécessita la participation de 2000 incendiaires, des soldats anglo-indiens.

Pour les Chinois, la plaie n’est toujours pas refermée, ils considèrent ce crime comme imprescriptible. On peut imaginer pourquoi: c’est comme si, pour les Français, une horde de barbares venue de très loin avait pillé, saccagé et brûlé le Château de Versailles et s’en était retournée tranquillement chez elle une fois le méfait accompli. De nombreux objets volés se trouvent toujours dans les Musées anglais et français et dans des collections privées. À Paris et à Pékin, début 2009, on a beaucoup parlé de deux magnifiques bronzes volés dans un des pavillons du Palais d’Été: ces pièces faisaient partie de la collection Bergé-YSL mise en vente aux enchères chez Christie's...

Le Palais d’Été n’a jamais été reconstruit. C’est devenu un lieu de pèlerinage, de recueillement et de mémoire pour le peuple chinois. Pour eux ces ruines illustrent bien le double langage de nombreux gouvernements occidentaux, qui se prétendent défenseurs de la civilisation alors que, dans les faits, ils détruisent sans aucun état d’âme la civilisation des autres...

Qu’était le Palais d’Été* ?

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Le plan de l'ancien Palais d'été

Plutôt que de Palais d’Été, il serait plus juste de parler de ville impériale d’été. En effet il s’agissait d’une véritable ville qui s’étendait dans un parc immense de 25 à 30 kilomètres carrés, environ 3000 hectares. Dans ce parc étaient disséminés plus de 200 pavillons et palais, où résidaient la cour et les invités pendant près de neuf mois par an. Le parc est un immense jardin, avec des rivières, des étangs, des collines, des forêts, créés par des architectes et des jardiniers.

Ce gigantesque ensemble a coûté fort cher à l’Empire, encore plus cher que Versailles pour la France. Il a été bâti au fil du temps, sur une période d’environ 150 ans qui se termina vers les années 1760. Tout ce qu’il y avait de plus beau et de plus précieux en Chine se trouvait dans les 200 pavillons. Il y avait des statues en or et en argent massif. Des décorations avec du jade, des perles. Il y avait des pagodes en porcelaine de plusieurs étages. Il y avait de magnifiques étoffes, tapisseries, tapis en soie, des vases en porcelaine d’une valeur inestimable. Il y avait une bibliothèque de plus de 10 000 ouvrages tous plus précieux les uns que les autres.

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Les vestiges de l'ancien Palais d'été

 

En guise de conclusion.

Le dictateur Napoléon III, très probablement pour faire accepter aux Anglais l’annexion de la Savoie et de Nice à la France, n’a pas hésité à participer à une campagne indigne, contre une des plus anciennes et brillantes civilisations humaines, la civilisation chinoise. J’espère que ce petit article contribuera avec d’autres à montrer le rôle nocif et sans scrupules de la politique impérialiste et agressive de la France du second Empire, dont la Savoie, Nice et la Chine ont été, avec d'autres nations, les victimes.

* appelé ‘YUANMING YUAN’ par les Chinois, ce qui veut dire ‘Jardin de la clarté parfaite’.

NB: Je tiens à dire que ma propre vision de Napoléon III est beaucoup plus nuancée, car je considère qu'à la différence du roi soleil qui est porté aux nues, le traitement réservé à l'empereur est injuste car, pour moi, il fut un bon dirigeant pour la France. L'annexion pacifique de la Savoie en étant une preuve supplémentaire si on se place du coté français.

01/12/2010

La Grande Zone - Exposition à la Maison du Salève

Samedi 27 novembre, à la Maison du Salève, a été inaugurée sous la neige, par un aréopage de personnalités et d'élus, une exposition consacrée à la Grande Zone, appelée aussi Zone d'Annexion.

Je recommande vivement la visite de cette exposition à tous les curieux de l'histoire de notre région qui s'interessent aux péripéties qui conduisirent au rattachement de la Savoie à la France et aux conséquences que cet évènement a eu sur la vie quotidienne de nos ancètres et jusqu'à aujourd'hui.
Pour ceux qui ne pourraient pas s'y rendre, voici un résumé de ce que l'on peut voir et découvrir dans cette exposition que l'on doit à Mr Claude Mégevand, Président de la Salèvienne.

Afin de comprendre le pourquoi de cette Grande Zone, mise en place en 1860, après le rattachement de la Savoie à la France, il est essentiel de se rappeler l'historique de notre territoire:

- du Genevois savoyard,qui jusqu'en 1401 faisait partie du Comté de Genève avant d'être vendu à la Maison de Savoie en 1401.
- du Faucigny et du Chablais.

Pour mieux visualiser l'évolution des limites géographques de la Savoie, on pourra se référer aux 4 cartes suivantes qui correspondant à 4 grandes époques de l'histoire de la Savoie. En rouge les territoires appartenant à la Maison de Savoie, en jaune les territoires d'évolution.

La Savoie au XIème siècle - elle ne comprend pas le Comté de Genève
Frontieres Savoie1.JPG

Limites territoriales de la Savoie au XIVème siècle - avant le rachat du Comté de Genève en 1401Frontieres Savoie2.JPG

En 1553, la capitale de la Savoie est transférée à TurinFrontieres Savoie3.JPG

Après échange de la Sicile avec la Sardaigne, Naissance du Royaume de Piémont-Sardaigne en 1720Frontieres Savoie4.JPG

L'évolution du territoire controlé par la Maison de Savoie montre bien l'interet croissant de celle-ci pour les territoires transalpins aux dépens  de sa terre ancestrale de ce coté des Alpes. Ce "désamour" se concrétisera en juillet 1858, quand Cavour, Premier Ministre du Royaume de Piémont-Sardaigne, lors des accords secrets de Plombières, proposera à Napoléon III de lui céder la Savoie et le comté de Nice en échange de son aide à bouter les Autrichiens hors de Lombardie et de Vénétie afin que le roi de Piémont-Sardaigne, Victor Emmanuel II, puisse réaliser l'unité italienne.

Ainsi, les Savoyards, assistaient-ils impuissants à un changement profond de leur destinée qui, désormais serait décidée à Paris et non plus à Turin. En quelque sorte, c'était un retour à la parenthèse qui de 1798 à 1813 avait réuni Savoyards et Genevois au sein du Département français du Léman.

Departement du Leman.JPG

Impuissants pas tout à fait, car dans certaines parties du territoire, et particulièrement en Savoie du Nord, un mouvement populaire se développa pour demander le rattachement à la Suisse plutôt qu'à la France, tant les interets de cette région étaient imbriqués avec ceux de leur capitale économique, Genève.

Malgré les efforts du clergé, qui , hostile à la politique de laïcisation de Cavour, était en faveur du rattachement à la France, protectrice du Pape, une pétition rassemblant plus de 14000 voix (soit 14000 familles puisque seuls les hommes chefs de famille votaient) demanda le rattachement du Chablais, du Faucigny et du nord du Genevois à la Suisse, et particulièrement à Genève. Cela est particulièrement significatif si on considère la population de l'époque:

Genève: 98357 hb
Annemasse: 2811 hb
Thonon les Bains: 6268 hb
St Julien en Genevois: 1432 hb
Bonneville: 2114 hb
La Roche sur Foron: 3377 hb
Sallanches: 2032 hb

Extrait du texte de la pétition ouverte en février-mars 1860 en faveur du rattachement de la Savoie du Nord à la Suisse publiée dans le Journal de Genève:

" Nous avons été réunis à la France pendant quelques années et un grand nombre sentent encore leur coeur battre au souvenir de cette époque. Nous sommes étroitement liés au Piémont depuis 1848. Cependant, malgré toutes nos sympathies, soit pour l'Italie libre, soit pour la France, d'autres sympathies d'un ordre plus élevé nous mènent à décider l'annexion à la Suisse. Oui, tel est notre désir le plus ardent, fondé sur nos rapports exclusifs avec Genève, sur nos interets commerciaux, sur les avantages que nous ne saurions trouver ailleurs

Cette pétition rassembla 13651 signatures dans 60 communes du Faucigny, 23 du Chablais et 13 dans les environs de St Julien en Genevois

On comprendra encore mieux les raisons derrière cette volonté populaire en écoutant Joseph-Léandre Barde , l'un des leaders partisan de l'annexion de la Savoie du Nord à la Suisse, qui résumait la situation ainsi:
"Demandez à un paysan du midi ( de la Savoie) ce qu'il désirerait être: français dira t-il. Ne lui parlez pas de la Suisse, il vous rirait au nez....Demandez au contraire à un habitant du Chablais et du Faucigny le sort qui lui sourirait le plus, il vous répondra avec son bon sens: si Genève est française, il faut être français; si Genève est suisse, il faut être suisse, si Genève est cosaque, il faut être cosaque."

petition 1859.JPG

Quelques noms de familles ayant voté la pétition

 

Cette interdépendance entre Genève et son arrière-pays s'était concrétisée par l'instauration de deux  zones franches douanières tout autour de Genève, permettant à celle-ci de respirer: la zone de Gex en 1815 et la zone sur le territoire de la Savoie qu'on appela la zone sarde, en 1816.

Zone sarde.JPG

en jaune, les limites géographiques de la zone sarde - en rose les limites du canton de Genève

 

On voit donc bien que la plupart des communes appartenant à la zone sarde étaient en faveur du rattachement à la Suisse et non pas à la France. Ce phénomène d'appartenance était exacerbé par un autre phénomène, moins connu, qui est la zone de neutralité que le roi de Piémont-Sardaigne avait fait entériner par le Traité de Vienne. En effet, ce territoire transalpin, difficile à défendre depuis Turin, était une proie facile pour l'envahisseur français. Aussi, en le rendant neutre, avec occupation et neutralisation possible par la Suisse en cas de conflit, il avait pensé le protéger des ambitions françaises. Ce n'est qu'en 1928, soit après la Grande Guerre, que la zone de neutralité fut abrogée d'un commun accord entre les  gouvernements français et suisse.

Zone neutre.JPG

Zone de neutralité décrétée par le Traité de Vienne

 

Pour contrer cette volonté populaire de rattachement à la Suisse du nord de la savoie, Napoléon III eut recours à un subterfuge (qui ne sera mis à jour qu'en 1996) consistant à faire venir à Paris une députation savoyarde pour demander à l'empereur de s'opposer au démantèlement de la Savoie; Cette députation fort opportune (on comprend pourquoi, puisque c'est lui qui l'avait organisée...) permit à l'Empereur des Français de revenir sur la promesse qu'il avait faite aux Suisses et à Dufour en particulier de leur céder ce territoire.
Rem: Cela est d'autant plus regrettable qu'une telle séparation eut donné aux deux pays des frontières naturelles (Fort l'Ecluse, Mont-Sion, Salève...) à l'inverse de celles  que nous connaissons aujourd'hui.

Mais en bon politique qu'il était, Napoléon III avait compris qu'il devait lacher du lest, et c'est ainsi qu'il proposa d'étendre les frontières de la zone franche sarde de 1816 à un territoire beaucoup plus vaste courant de Genève aux Usses qu'on appellera Zone d'Annexion ou encore Grande Zone.

Grande Zone.JPG 

Limites territoriales de la Grande Zone

 

 

Traite Turin.JPG

Comme on peut le lire sur l'extrait ci-dessus, le Traité de Turin stipulait que le rattachement ne devait se faire sans aucune contrainte des populations; un plébiscite fut ainsi organisé pour demander aux Savoyards s'ils souhaitaient unir leur destinée à celle de la France. Napoléon III offrit donc aux habitant de ce territoire de voter en faveur du rattachement à la France en leur accordant de bénéficier des avantages économiques et douaniers d'une zone franche. C'est ainsi que lors du Plébiscite des 22 & 23 avril 1860, les bulletins proposés aux votants portaient la mention "OUI" et  "OUI et ZONE".
Rem:  on dit que la France n'avait pas cru bon d'imprimer des bulletins "NON", ce qui peut expliquer le résultat de plus de 99% de voix en faveur du rattachement.

Le résultat officiel proclamé le 24 avril 1860 par la Cour d'Appel de Savoie  pour la Province d'Annecy (Chablais, Faucigny, Genevois) donna les scores suivants:

Inscrits: 63459
Votants: 60203
OUI: 59997 (dont 47706 OUI et ZONE)

Bulletin Oui et Zone.JPG

 

C'est ainsi que le 14 juin 1860, la France prit possession de l'ensemble de la  Savoie et du Comté de Nice, et que la Grande Zone fut créée, dans les limites territoriales décrites sur la carte ci-dessus. Des postes de douane sont alors mis en place au Pont Rouge, au pont de la Caille, au Plot.... sur la ligne des Usses et les montagnes séparant le Faucigny et le Genevois. En conséquence, les Savoyards du sud qui veulent se rendre en Savoie du Nord doivent désormais passer par cette douane, tandis qu'il n'y a pas vraiment de douane française sur la frontière; mais des bureaux fiscaux y sont installés pour prélever les taxes qui ne sont pas des droits de douane.

proclamation 14 juin 1860.JPG

La mise en place de la Grande Zone ne se fait pas sans difficulté. La Suisse ne la reconnait pas et il faudra attendre 1881 pour qu'un accord soit trouvé avec la France. D'autre part, des fonctionnaires français nouvellement nommés à Annecy, ainsi que des acteurs économiques locaux, demandent sa suppression. Annecy, chef lieu du département considère que la Savoie du Nord lui échappe au profit de Genève, et sera pendant des décennies opposée à la Grande Zone.

 

Que reste t-il aujourd'hui de la zone franche?

Au sortir de la Grande Guerre, après que la France eut fait inscrire la suppression de la zone franche dans le Traité de Versailles en 1919, revenant de facto sur le vote des populations de 1860, les gouvernements français et suisse s'accordèrent pour remplacer la zone franche par un régime de bon voisinage dans la convention du 7 août 1921. Mais c'était sans compter sur la population suisse, qui par référendum, refusa d'entériner cet accord le 18 février 1923. Les deux pays s'en remirent alors à la Cour Internationale de La Haye qui, le 7 juin 1932, statuera en imposant à la France de reculer sa ligne de douane sur l'ancienne ligne des traités de 1815 et 1816, remettant en place la zone sarde et gessienne. Cela fut fait le 1er janvier 1934 et subsiste à nos jours, conformément aux accords de Territet.

Toutefois, les droits de douane ayant fortement baissé sous l'impulsion de l'OMC, l'impact de la zone est désormais limité, se réduisant à quelques facilités de négoce pour les produits agricoles produits en zone et vendus à Genève, ou quelques avantages pour les produits importés depuis l'extèrieur de l'UE (ex: les voitures japonaises ou coréennes immatriculées en TTQ)

PS: Le lecteur curieux des affaires de notre territoire ne pourra s'empêcher de remarquer que le territoire français  défini par le Projet d'Agglo Franco-Valdo Genevois recouvre peu ou prou les mêmes limites géographiques que celles de la zone sarde et gessienne réunies.
Comme quoi, l'histoire ne se répète pas, elle bégaie....

Mes remerciements les plus sincères à Mr Claude Mégevand dont j'ai repris les travaux pour  la plus grande partie des faits historiques relatés dans cet article.

20/11/2010

La Zone Franche en Savoie: France où est ta parole?

Si aujourd'hui existent des tentations séparatistes en Savoie, portées principalement par la Ligue Savoisienne, c'est qu'il y a des raisons historiques à cela, et en particulier le non respect par la France des accords passés et des avantages concédés lors de l'Annexion en 1860.

Il n'est pas ininteressant de s'attarder sur l'un des aspects de cette "trahison", à savoir les zones franches.

Voici comment Le Dauphiné Libéré résumait la situation, dans un article paru le lundi 25 Octobre 2010. Avec quelque inexactitudes, communes aux articles de presse écrits à la va-vite par des journalistes pas toujours scrupuleux de l'authenticité historique

Article Zone Franche.JPG

 

Essayons ici d'aller plus loin dans l'explication et la justification des zones franches:

Longtemps constitué de terres morcelées et enclavées, le territoire genevois a une histoire très complexe. Si les accords de 1749 (Traité de Paris) et de 1754 (Traité de Turin) avaient déjà permis de simplifier et « rationaliser » le maillage par trop enchevêtré des terres genevoises, françaises et savoyardes, il vaut la peine de rappeler que des accords de libre passage de personnes et de biens figuraient encore auparavant dans les Franchises que l'évêque Adhémar Fabri avait octroyées à Genève en 1387.

Les Zones de 1815-1816

Parler des zones franches aujourd'hui nous renvoie à l'histoire des XIXe et XXe siècles, soit aux importantes négociations territoriales qui ont suivi la fin de l'Empire et du Département du Léman (1814) et au Congrès de Vienne (1815).

C'est en 1775 que les Gessiens obtinrent du roi Louis XVI le premier statut de zone franche leur permettant de commercialiser librement avec Genève, la Savoie et l'Etat de Berne. Remis en cause par la Révolution, ce statut fut supprimé en 1792. Six ans plus tard, en 1798, Genève est rattaché à la France, devenant le chef-lieu du département du Léman. Pas pour longtemps puisqu'à la fin de l'épopée Napoléonienne, la frontière est redessinée en 1815 lorsque Genève entre dans la Confédération. En effet, pour mener à bien son rattachement à la Confédération helvétique, la République de Genève doit devenir un Canton suisse politiquement ; obtenir un territoire plus étendu et d'un seul tenant (pour se prémunir d'une invasion française), et enfin être rattachée physiquement à la Suisse (Versoix est alors français). 

 

Plusieurs remaniements territoriaux sont proposés, dont l'un - défendu par Charles Pictet-de Rochemont au Congrès de Vienne - prévoit la création d'un territoire borné par les frontières physiques que sont les crêtes du Jura, du Vuache, du Salève et des Voirons. Mais ces projets n'emportent pas l'adhésion, car la France, la Sardaigne et surtout certains Genevois craignent un trop grand apport de catholiques dans la Genève réformée. 
 

Après de féroces négociations, des compromis sont trouvés qui offrent à la fois l'« arrondissement » du territoire genevois et le « reculement » de certaines douanes :

  • En 1815, lors du Traité de Paris, la France cède à la Confédération – contre l'abandon de droits sur Mulhouse – les communes du Pays de Gex nécessaires au désenclavement du Mandement, de la Campagne et de Genthod. De plus, « la ligne des douanes françaises » est reculée sur l'ouest du Jura, laissant en dehors le pays de Gex. C'est ainsi que Genève récupère six communes françaises (Versoix, Preny-Chambésy, Collex-Bossy, Grand-Saconnex, Meyrin et Vernier). Pour assurer son approvisionnement grâce à la libre importation des produits agricoles des régions voisines, Genève obtient aussi le rétablissement de la zone franche du Pays-de-Gex (392 km²).
     
  • En 1816, lors du Traité de Turin, le roi de Piémont-Sardaigne cède à la Confédération les communes permettant le désenclavement de Jussy, en échange de la commune de Saint-Julien. Là aussi, une zone franche est créée, comprenant St-Julien, le Salève et Annemasse. C'est la zone franche sarde (151 km²)

 

Les zones franches gessiennes et sardes garantissent la libre circulation des denrées et constituent en quelque sorte la « réserve agricole » de Genève.

La Grande Zone, dite Zone d'Annexion de 1860

En 1859, lors des accords secrets de Plombières, Cavour, Premier Ministre de Victor Emmanuel II, négocie avec Napoléon III l'aide des Français pour réaliser le rève de son roi: Fédérer les territoires qui constituent l'Italie. Dans cette optique, le roi de Piémont-Sardaigne a besoin de l'aide des troupes françaises pour bouter les Autrichiens hors de l'Italie du Nord. En contrepartie, Victor Emmanuel offre à Napoléon III la partie transalpine de son royaume: la Savoie. Le 24 mars 1860, le Traité de Turin officialise l'accord avant le vote de la population prévu pour avril. Le plébiscite étant une clause essentielle du traité d'annexion puisque l'article premier de ce traité stipulait que " cette réunion sera effectuée sans nulle contrainte de la volonté des populations".

Or, dans les territoires de la Savoie du Nord, Chablais Faucigny & Genevois, se développait un fort mouvement populaire avec des pétitions de notables , en faveur d'un rattachement à Genève.

Inquiet de ce mouvement, et suite à la délégation de Savoyards à Paris qui plaident auprès de l'Empereur contre le démantèlement de la Savoie, Napoléon III, pour emporter l'adhésion des savoyards du Nord au processus de rattachement à la France,  propose alors la création d'une grande zone franche (3122 km²), avec des privilèges douaniers et une neutralisation militaire en cas de guerre, s'étendant jusqu'aux Usses. C'est pourquoi, lors du fameux plébiscite des 22 & 23 avril 1860 (qui obtient une majorité de plus de 99% des voixpar lequel le peuple savoisien ratifia le traité du 24 mars et accepta son annexion à la France, les bulletins de vote distribués dans toute la Savoie du nord portaient la mention " OUI et ZONE" ( on dit d'ailleurs qu'il n'y avait pas de bulletins "NON" mais cela demeure un détail)

 

Voici comment les Savoisiens du Nord justifiaient la nécessité de cette zone: " Le besoin d'une zone indique que la population qui la réclame a tout son commerce avec le peuple voisin et fort peu avec ses propres nationaux. Elle prouve chez nous que nos intérêts industriels et commerciaux sont avec la Suisse et non avec la France." Tel était le cas en 1860, et, plus le temps passait, plus s'accroissait la naturelle symbiose économique et sociale entre Genève et la Savoie du nord dont elle était devenue la capitale au détriment d'Annecy.

D'autant plus que suite au décret impérial du 24 octobre 1860 qui , au lendemain de l'annexion, ordonnait la fermeture immédiate de toutes les universités établies en Savoie (et elles étaient nombreuses: théologie, droit, médecine, pharmacie), les Savoisiens du nord trouvaient à leur porte, à Genève, une formation universitaire ou technologique, ce qui ne  pouvait que déplaire à la République Française.

Contrairement aux zones de 1815 et de 1816 établies par décision internationale, celle de 1860 était une concession unilatérale accordée aux Savoyards. Paris put donc, tout aussi unilatéralement, supprimer cette dernière en 1919 à l'occasion du Traité de Versailles qui contenait, entre autres, un article stipulant que Suisse et France chercheraient à s'entendre sur un nouveau statut remplaçant le système de zones franches. Les négociations, difficiles, aboutirent à une convention supprimant les zones au profit d'un système d'échanges commerciaux entre les régions limitrophes. Convention ratifiée par les deux pays en 1922 mais annulée aussitôt par le peuple helvétique appelé à donner son avis (un exemple de la démocratie directe qui s'exprime par le référendum d'initiative populaire conduisant à la votation du 18 février 1923).

A la France qui rétablit le contrôle douanier à la frontière politique, spoliant ainsi 207 communes savoisiennes, Berne s'oppose. Le différend est alors porté devant la Cour permanente de justice internationale de La Haye. Neuf ans et un arrêt de 450 pages plus tard, la France est condamnée, le 7 juin 1932, à rétablir les zones prévues par les traités de 1815 et de 1816 ! Ce qui sera fait le 1er janvier 1934.

Conclusion
On voit donc bien  à la lecture de l'histoire que les Savoisiens du Nord ont de réelles raisons de contester la complète et totale mainmise de la France sur leur destinée.

Et cela n'est pas terminé: avec les efforts déployés en France et dans le reste des Pays de Savoie pour torpiller les efforts d'accord et de maîtrise coordonnée de l'avenir des territoires entre Genève, la Savoie du Nord et le Pays de Gex au sein du Projet d'Agglo Franco-Valdo-Genevois. Ce qui s'est récemment traduit à l'Assemblée Nationale par l'hostilité envers la constitution d'un pôle Métropolitain transfrontalier regroupant Genève et l'ARC.

 

Remerciements à la Ville de Genève (archives), la Salèvienne, Jean de Pingon, et autres écrivains de l'histoire de la Savoie et des zones, dont je me suis inspiré pour la rédaction de cet article.

Pierre Brunet

Délimitation des zones franches :

Illustration

  1. Zone du Pays de Gex, 1815.
  2. Zone sarde, 1816.
  3. Zone sarde, 1829.
  4. Grande Zone française dite de l'Annexion, 1860-1923.

Les zones 1, 2 et 3 ont été rétablies en 1934.

12/06/2010

150 ans de Savoie Française

Il y a 150 ans jour pour jour, le 12 juin 1860, le territoire de la Savoie et du comté de Nice étaient remis à la France, à la suite du plébiscite d'avril 1860. A cette occasion, à 12:00, toutes les cloches de France vont carilloner pour célébrer l'évènement.

Dans les Pays de Savoie, ce sentiment de réjouissance n'est pas partagé par tout le monde, et nombreux sont ceux qui aimeraient faire mieux reconnaître l'identité savoyarde quand d'autres, comme la Ligue Savoisienne, ont carrément la nostalgie d'une souveraineté perdue.

Extraits du Journal de 20 heures de TF1.

 

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09/05/2010

La Haute-Savoie: un département en forte croissance démographique

La Haute-Savoie compte 727 000 habitants, soit pratiquement le double de la Savoie.

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Avec une moyenne de 10000 habitants supplémentaires chaque année depuis 5 ans, la Haute-Savoie a vu sa croissance s'accélérer depuis le début du millénaire, preuve de son attractivité et de son dynamisme. De nombreuses personnes continuent à venir s'y installer, avec en tête les habitants du Nord de la France, suivis par les étrangers. On notera que la population du territoire haut-savoyard a été renouvelée de 22% en 7 ans et que 14500 personnes changent de commune chaque année.

Espérons que notre département saura faire respecter son poids démographique et économique vis à vis de la Savoie, si fusion des 2 départements il devait y avoir, car sinon, la Haute-Savoie du Nord ne manquera pas de freiner des 2 pieds sur ce dossier.

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