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26/09/2011

l'histoire et les perspectives d'avenir de la Savoie du Nord racontées par le Pr Paul Guichonnet

Samedi dernier, à l'occasion des journées du Patrimoine, l'assistance venue nombreuse à la salle municipale du Chable, s'est régalée de la conférence menée de main de maitre par Paul Guichonnet, historien émérite, qui à 91 ans, a su nous émerveiller de sa science historique et de ses dons de conteur, pour nous faire revivre l'histoire de notre territoire et nous proposer sa vision de l'avenir de la Savoie du nord.

J'ai essayé de résumer du mieux possible cette présentation afin d'en faire profiter le plus grand nombre, et je tiens à remercier la Salévienne, l'Académie du Faucigny et la Maison du Salève, co-organisateurs de cette conférence et de l'exposition temporaire qui se tient à la Maison du Salève sur les dessous de l'Annexion telles que vécues en Savoie du Nord (le Genevois, le Faucigny et le Chablais)

L'Arc Alpin qui va de Nice à l'Autriche s'étend sur 1200 kms de long sur 250 kms au point le plus large, et joue le rôle de séparation entre le sud de l'Europe, berceau de notre civilisation, et l'Europe du Nord, germanique, et industrielle. Mais celui-ci offre quelques passages de franchissements, dont la Maison de Savoie a toujours eu l'ambition d'en contrôler les accès (cols de Tende, du Cenis, du Petit St Bernard, du Grand St Bernard et du Simplon). Quant à Chambéry, première capitale de la Maison de Savoie, elle se trouvait au carrefour des 2 axes Sud-Nord (Nice-Genève) et Ouest-Est (Lyon-Turin).

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L'arc Alpin

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Les 2 axes Lyon-Turin (EO) & Chambéry-Genève (NS)

Si on estime l'origine de l'histoire de la Maison de Savoie autour de l'an 1000, en 1032 plus exactement  avec Humbert 1er aux Blanches Mains, rappelons que la Savoie du Nord n'a rejoint le bloc savoyard que plus de 300 ans après l'établissement de la Savoie puisque le Faucigny est devenu savoyard en 1355 alors que le Genevois ne devint possession savoyarde qu'en 1401, avec l'extinction de la lignée des Comtes de Genève et la cession du Comté à Amédée VIII de Savoie

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en rouge, les frontières de la Savoie vers l'An Mille

On ajoutera que l'identité savoyarde n'est ni géographique, comme peut l'être la Corse, ni linguistique, comme la Bretagne, puisque la Savoie parlait français depuis le Moyen Age grace au clergé. En réalité, l'îdentité savoyarde est de nature historique: le sentiment d'appartenir à une identité spécifique, qui ne conteste pas d'être aujourd'hui française, mais qui a la conscience d'avoir une histoire bien à elle, différente du reste de la nation française. Ce sentiment perdure aujourd'hui, même si 50% de la population vivant en Savoie aujourd'hui n'y est pas née.

NB: On notera que la Ligue Savoisienne n'est pas tout à fait sur la même longueur d'onde que le Pr Guichonnet, puisque celle-ci revendique haut et fort sa différence

Toutefois au sein de l'ensemble Savoie subsistent des identités régionales assez fortes, que ce soit dans la rivalité encore bien vivace entre la Savoie et la Haute Savoie, mais encore dans les jalousies qui perdurent dans le bassin Annécien envers les territoires Lémaniques septentrionnaux; et même au sein de la Savoie du Nord, on ne peut ignorer les différences entre le Chablais conservateur et féodal, et le Faucigny démocratique, tourné vers Genève.

Au XVème Siècle, Genève est l'une des villes les plus riches d'Europe, et il n'est pas étonnant qu'elle joue un rôle phare pour les territoires qui l'entourent. Mais la conversion de Genève au protestantisme va être une véritable rupture, réduisant ses liens avec les territoitres catholiques de la Savoie. De plus, la cession à la France du Pays de Gex, du Bugey et de la Bresse, au traité de Lyon en 1601,  puis la signature du Traité de Saint-Julien en 1603 concrétisent la fin des vues de la Maison de Savoie sur Genève, pour qui la menace principale devient désormais la France. Mais tout au long du XVIIème Siècle, l'hostilité restera forte entre la Savoie et la Rome protestante, suivie par un apaisement des relations au XVIIIème. Ce siècle verra d'ailleurs l'éclosion et l'essor économique de Genève, dans les métiers de la banque et de l'horlogerie. Genève étant l'un des principaux bénéficiaires de l'exode des Huguenots français après la Révocation de l'Edit de Nantes par Louis XIV.

Cette réputation de Genève comme l'une des capitales de la finance européenne se traduit avec la nomination du genevois  Necker comme ministre des finances de Louis XVI. A cette époque Genève est donc une ville prospère de 30000 habitants qui rayonne bien au dela de sa région géographique.

En 1792; la France envahit la Savoie et crée un nouveau département, qui prend le nom de département du Mont-Blanc avec comme capitale Chambéry.

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Le département du Mont-Blanc de 1792 à 1798

Mais en 1798, Genève est à son tour conquise par les armées de la République, ce qui entraine la constitution d'un nouveau département français, le département du Léman dont Genève devient la capitale et qui peu ou prou correspond aux limites territoriales de la savoie du Nord. A noter qu'Annecy reste au sein du département du Mont-Blanc dont Chambéry continue à être la capitale.

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Le département du Léman de 1798 à 1814

L'arrivée de Napoléon au pouvoir n'est pas une bonne chose pour Genève puisque non seulement celui-ci déteste cette cette ville, mais en outre l'instauration du blocus continental ruine la ville. Cette attitude est bien différente de celle de la bourgeoisie de la Savoie du Nord qui se complait avec le système libéral qui prévaut à Genève, par opposition à la domination centralisée qu'exercent aussi bien la Maison de Savoie que la République Jacobine française.

Le 30 décembre 1813, Genève est libérée du joug français par les troupes autrichiennes, et elle reprend son indépendance; mais afin de se préserver d'une future menace française, Genève décide de rejoindre la Confédération Helvétique. A cette occasion, et afin de permettre une continuité géographique avec la Suisse, des échanges de communes ont lieu: c'est ainsi que Versoix, commune française depuis le traité de Lyon en 1601, devient suisse.

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La zone de neutralisation

Une occasion est manquée en 1815 pour une partie de la Savoie du Nord de rejoindre Genève au sein de la Suisse quand le négociateur genevois au Congrès de ViennePictet de Rochemont, prône l'établissement des frontières naturelles au Fort L'Ecluse, Mont-Sion et Salève. Il est en effet déjugé par ses pairs Genevois et Bernois qui refusent de voir trop de communes catholiques rejoindre le nouveau canton protestant de Genève.

 

Un autre exemple du destin différent de la Savoie du nord du reste de l'entité savoyarde se manifeste lorsque , à la demande de la Maison de Savoie, le Congrès de Vienne octroie au territoire de la Savoie du Nord  une clause de neutralisation en cas de conflit; les troupes Savoyardes devant se retirer pour faire place aux troupes suisses qui pourront alors neutraliser le territoire occupé. Cette clause vise bien évidemment la France qui est percue alors comme le principal danger; dans l'esprit, elle doit permettre de faciliter la défense de ce territoire ,excentré de Turin.

En 1859, alors que les rumeurs de rattachement de la Savoie à la France prennent de plus en plus d'ampleur, une pétition de 14000 signatures voit le jour dans 60 communes du Faucigny et du Genevois pour demander leur rattachement à la Suisse plutôt qu'à la France. En effet, ces bourgeois démocrates, amis de Cavour, sont hostiles à Napoléon III qu'ils voient comme un dictateur.D'autre part, ils sont conscients que leur destin économique est intimement lié à celui de Genève.

NB: C'est l'époque où Joseph-Léandre BARD proclame à Bonneville:

" Si Genève est française, il faut être français,
  Si Genève est suisse, il faut être suisse,
  Si Genève est cosaque, il faut être cosaque"

En revanche le clergé est,lui, favorable au rattachement à la France qu'il voit comme l'amie du pape par opposition au laic Cavour; le clergé  organise donc une contre pétition qui aura un certain succes dans le Chablais catholique.

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Les communes qui pétitionnent pour le rattachement à la Suisse

 

Nb: on remarque le faible nombre de communes pétitionistes dans les montagnes du Chablais, là où l'influence du clergé catholique est la plus forte.

Malgré sa promesse faite à Dufour de céder la Savoie du Nord à la Suisse, Napoléon III, fortement influencé par son ministre des Affaires Etrangères Thouvenel, se rend aux arguments de la députation Savoyarde des 41 qui monte à Paris pour plaider contre le démantellement de la Savoie au début de  1860. Notons que sur ces 41; seuls 6 étaient originaires de la Savoie du Nord et qu'une des conditions qu'ils mirent à leur participation, lors de leur montée dans le train à Culoz, fut d'obtenir la création de 2 départements distincts.

Victor Emmanuel, roi de Sardaigne ayant voulu que le rattachement de la Savoie à la France ne se fasse pas contre l'assentiment des populations concernées, il y a donc lieu d'organiser un vote pour confirmer le rattachement à la Grande Nation, et bien évidemment, l'Empereur des Français souhaite que le plébiscite suscite l'enthousiasme. Aussi Napoléon III, conscient de cette opposition qui nait en Savoie du Nord envoie le sénateur Laity avec les pleins pouvoirs pour faire que l'annexion et le résultat du Plébiscite soient un succès. C'est lui qui met en place le système de la Grande Zone, encore appelée Zone d'Annexion, qui permettra de faire accepter par les savoyards du nord le rattachement à la France. C'est ainsi que dans les arrondissements les plus critiques de Thonon, Bonneville et saint-Julien, on dénombrera 47076 bulletins OUI et ZONE, pour seulement 232 bulletins OUI et 131 bulletins NON.

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La Grande Zone, dite Zone d'Annexion

Cette Grande zone subsistera jusqu'en 1914, au grand désespoir d'Annecy qui se sent pénalisé par les faveurs douanières octroyées à la Zone et dont le chef lieu du département ne bénéficie pas. On notera aussi qu'un grand nombre de grands projets d'avant guerre ont été financés par des capitaux genevois, particulièrement dans le domaine touristique (hotels & infrastructures). Quant aux Genevois, ils boivent du vin d'Ayze ou consomment du blé des Bornes; Une réelle osmose existe entre Genève et les territoires français de la zone: l'argent suisse y circule librement avec, à cette époque, un taux de change de 102CHF pour 100FF.

En 1914,une véritable rupture se produit, liée au fait que la Suisse alémanique est pro allemande et que cela ne passe pas au sein d'une population savoyarde patriote vis à vis de la France. A partir de ce moment là, l'économie de la Savoie du nord s'intègre de plus en plus à l'économie française en se détachant de l'économie genevoise, et donc suisse.

En 1918, au sortir de la guerre, la Suisse veut intégrer la Société des Nations (SDN) et faire reconnaitre sa neutralité. Pour ce faire, elle est prête à faire des concessions à la France, afin d'obtenir son soutien. Dans l'article 45B du traité de Versailles, il est ainsi décidé de supprimer la zone de neutralisation, puis en 1921 la France décide de mettre un terme aux zones franches, ce qui est accepté par le gouvernement Suisse.

Toutefois en 1923, un coup de tonnerre se produit avec l'occupation de la Ruhr par la France; cette action offusque les Suisses allemands, avec pour conséquence l'apparition d'une votation populaire qui revient sur l'accord sur la suppression des zones franches. Et lorsque Poincarré décide unilatéralement de supprimer les zones, une grande animosité monte entre les deux pays, ce qui conduira la Suisse à porter son différend avec la France devant la Cour Internationale de La Haye. En 1932, la Cour Internationale décide alors que la Grande Zone, qui avait été concédée par la France à un de ses désormais propres territoires peut être abolie, considérant que c'est une affaire interne française; en revanche, la Cour Internationale statue que la petite Zone, dite zone Sarde, dont l'existence découlait d'un traité international (le Congrès de Vienne), celle-ci doit être rétablie. C'est ainsi qu'au 1er janvier 1934 la petite zone est rétablie dans ses frontières de 1815.

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La 2ème Guerre mondiale contribue à l'éloignement entre Genève, neutre, et la Savoie du Nord. Jusque dans les années 1970, la Savoie est unie et française, mais un changement important arrive avec les lois de décentralisation et la création de la région Rhône Alpes. En 1983, le Président du Conseil Régional prend le pas sur le préfet; l'aménagement du territoire devient une priorité, avec de nombreuses responsabilités déléguées aux échelons départementaux. Un esorit nouveau souffle sur notre territoire; c'est l'époque de la négociation des fonds frontaliers qui ne concernent que la Savoie du nord. Genève qui a retrouvé un rôle mondial a besoin de main d'oeuvre: elle devient l'une des villes les plus cosmopolites d'Europe, où 40% de ses résidents ne sont pas suisses.

Dans le même temps se développe le phénomène des travailleurs frontaliers qui pasent de quelques centaines en 1962 à 92000 en 2010 (13000 issus du Pays de Gex et 79000 de Haute Savoie) qui travaillent pour leur écrasante majorité dans le Canton de Genève. Frontaliers qui paient leus impôts prélevés à la source dans le Canton de Genève, soit un montant évalué à 700M CHF. Depuis 1973, le Canton reverse une partie de ces sommes encaissées aux communes qui hébergent les frontaliers, ce sont les fameux fonds frontaliers dont 60% revient aux communes et 40% au département. En 2010, ces fonds frontaliers se sont élevés à 152 M€, dont la majorité va aux communes les plus proches de Genève. Ainsi, on dénombre 8000 frontaliers à Annemasse contre 3000 à Annecy et quelques centaines dans tout le département de la Savoie.

Cette activité trans-frontalière se traduit par 500000 franchissements quotidiens de la frontière dont l'essentiel est fait en transport privé, puisqu'on estime à 10% seulement la part du Transport en Commun dans cette migration quotidienne. Cela génère de nombreux problèmes d'environnement et de qualité de vie, et ce n'est que récemment que Genève a pris la mesure de son implication nécessaire dans la vie de son agglomération trans-frontalière.

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Le périmètre du Projet d'Agglo Franco-Valdo-Genevois

C'est ainsi qu'est né le Projet d'Agglo Franco-Valdo-Genevois (photo ci-dessus) et que de grands projets ont été élaborés comme le CEVA (photo ci-dessous), le Tram de St Julien etc....

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Le tracé du CEVA (Cornavin - Eaux Vives - Annemasse)

Mais il reste encore beaucoup à faire pour mieux harmoniser la ville centre et sa banlieue périphérique française. Ces actions ne se faisant pas sans interférences de la part d'Annecy qui ne voit pas d'un très bon oeil la Savoie lémanique reprendre son indépendance, au moment où, en accord avec Chambéry, elle recherche à faire émerger un territoire des Pays de savoie (Université de Savoie, Comité Mont-Blanc).

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La Savoie du Nord - trait d'union entre Rhône-Alpes et la Suisse

 

De par sa position géographique, il parait évident que la Savoie du Nord a désormais un rôle important à jouer entre la région Rhône-Alpes et la Suisse, et plus particulièrement la Suisse Romande. 

Pour conclure, et en ce qui me concerne, je crois fermement, comme le Pr Guichonet, que sans tourner le dos à notre région Rhône Alpes, nous avons un grand rôle à jouer comme le lien entre celle-ci et Genève. Cependant, le caractère international de Genève nous confère une singularité exceptionnelle que pour ma part, je souhaite voir se développer. Je suis persuadé que Genève de par sa position géographique et son cosmopolitanisme, peut devenir le havre d'accueil des grandes entreprises non Européennes, et particulièrement Chinoises, qui souhaitent établir une base en Europe. En ce sens, la Savoie du nord offre à Genève l'espace qu'elle n'a pas, ainsi qu'une ouverture sur l'Europe puisque notre territoire est dans l'UE, alors que Genève n'en fait pas partie.

La Savoie du Nord peut aussi jouer le rôle majeur dans l'internationalisation souhaitée de la région Rhône-Alpes et devenir la porte d'entrée commerciale et culturelle de l'Orient en Europe, comme  Kobe ou Nagasaki au Japon, et Shanghai en Chine, le furent dans le passé envers l'Occident. C'est à mon avis là que se jouera nore avenir, qui est grand, si nous savons nous y prendre.

01/12/2010

La Grande Zone - Exposition à la Maison du Salève

Samedi 27 novembre, à la Maison du Salève, a été inaugurée sous la neige, par un aréopage de personnalités et d'élus, une exposition consacrée à la Grande Zone, appelée aussi Zone d'Annexion.

Je recommande vivement la visite de cette exposition à tous les curieux de l'histoire de notre région qui s'interessent aux péripéties qui conduisirent au rattachement de la Savoie à la France et aux conséquences que cet évènement a eu sur la vie quotidienne de nos ancètres et jusqu'à aujourd'hui.
Pour ceux qui ne pourraient pas s'y rendre, voici un résumé de ce que l'on peut voir et découvrir dans cette exposition que l'on doit à Mr Claude Mégevand, Président de la Salèvienne.

Afin de comprendre le pourquoi de cette Grande Zone, mise en place en 1860, après le rattachement de la Savoie à la France, il est essentiel de se rappeler l'historique de notre territoire:

- du Genevois savoyard,qui jusqu'en 1401 faisait partie du Comté de Genève avant d'être vendu à la Maison de Savoie en 1401.
- du Faucigny et du Chablais.

Pour mieux visualiser l'évolution des limites géographques de la Savoie, on pourra se référer aux 4 cartes suivantes qui correspondant à 4 grandes époques de l'histoire de la Savoie. En rouge les territoires appartenant à la Maison de Savoie, en jaune les territoires d'évolution.

La Savoie au XIème siècle - elle ne comprend pas le Comté de Genève
Frontieres Savoie1.JPG

Limites territoriales de la Savoie au XIVème siècle - avant le rachat du Comté de Genève en 1401Frontieres Savoie2.JPG

En 1553, la capitale de la Savoie est transférée à TurinFrontieres Savoie3.JPG

Après échange de la Sicile avec la Sardaigne, Naissance du Royaume de Piémont-Sardaigne en 1720Frontieres Savoie4.JPG

L'évolution du territoire controlé par la Maison de Savoie montre bien l'interet croissant de celle-ci pour les territoires transalpins aux dépens  de sa terre ancestrale de ce coté des Alpes. Ce "désamour" se concrétisera en juillet 1858, quand Cavour, Premier Ministre du Royaume de Piémont-Sardaigne, lors des accords secrets de Plombières, proposera à Napoléon III de lui céder la Savoie et le comté de Nice en échange de son aide à bouter les Autrichiens hors de Lombardie et de Vénétie afin que le roi de Piémont-Sardaigne, Victor Emmanuel II, puisse réaliser l'unité italienne.

Ainsi, les Savoyards, assistaient-ils impuissants à un changement profond de leur destinée qui, désormais serait décidée à Paris et non plus à Turin. En quelque sorte, c'était un retour à la parenthèse qui de 1798 à 1813 avait réuni Savoyards et Genevois au sein du Département français du Léman.

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Impuissants pas tout à fait, car dans certaines parties du territoire, et particulièrement en Savoie du Nord, un mouvement populaire se développa pour demander le rattachement à la Suisse plutôt qu'à la France, tant les interets de cette région étaient imbriqués avec ceux de leur capitale économique, Genève.

Malgré les efforts du clergé, qui , hostile à la politique de laïcisation de Cavour, était en faveur du rattachement à la France, protectrice du Pape, une pétition rassemblant plus de 14000 voix (soit 14000 familles puisque seuls les hommes chefs de famille votaient) demanda le rattachement du Chablais, du Faucigny et du nord du Genevois à la Suisse, et particulièrement à Genève. Cela est particulièrement significatif si on considère la population de l'époque:

Genève: 98357 hb
Annemasse: 2811 hb
Thonon les Bains: 6268 hb
St Julien en Genevois: 1432 hb
Bonneville: 2114 hb
La Roche sur Foron: 3377 hb
Sallanches: 2032 hb

Extrait du texte de la pétition ouverte en février-mars 1860 en faveur du rattachement de la Savoie du Nord à la Suisse publiée dans le Journal de Genève:

" Nous avons été réunis à la France pendant quelques années et un grand nombre sentent encore leur coeur battre au souvenir de cette époque. Nous sommes étroitement liés au Piémont depuis 1848. Cependant, malgré toutes nos sympathies, soit pour l'Italie libre, soit pour la France, d'autres sympathies d'un ordre plus élevé nous mènent à décider l'annexion à la Suisse. Oui, tel est notre désir le plus ardent, fondé sur nos rapports exclusifs avec Genève, sur nos interets commerciaux, sur les avantages que nous ne saurions trouver ailleurs

Cette pétition rassembla 13651 signatures dans 60 communes du Faucigny, 23 du Chablais et 13 dans les environs de St Julien en Genevois

On comprendra encore mieux les raisons derrière cette volonté populaire en écoutant Joseph-Léandre Barde , l'un des leaders partisan de l'annexion de la Savoie du Nord à la Suisse, qui résumait la situation ainsi:
"Demandez à un paysan du midi ( de la Savoie) ce qu'il désirerait être: français dira t-il. Ne lui parlez pas de la Suisse, il vous rirait au nez....Demandez au contraire à un habitant du Chablais et du Faucigny le sort qui lui sourirait le plus, il vous répondra avec son bon sens: si Genève est française, il faut être français; si Genève est suisse, il faut être suisse, si Genève est cosaque, il faut être cosaque."

petition 1859.JPG

Quelques noms de familles ayant voté la pétition

 

Cette interdépendance entre Genève et son arrière-pays s'était concrétisée par l'instauration de deux  zones franches douanières tout autour de Genève, permettant à celle-ci de respirer: la zone de Gex en 1815 et la zone sur le territoire de la Savoie qu'on appela la zone sarde, en 1816.

Zone sarde.JPG

en jaune, les limites géographiques de la zone sarde - en rose les limites du canton de Genève

 

On voit donc bien que la plupart des communes appartenant à la zone sarde étaient en faveur du rattachement à la Suisse et non pas à la France. Ce phénomène d'appartenance était exacerbé par un autre phénomène, moins connu, qui est la zone de neutralité que le roi de Piémont-Sardaigne avait fait entériner par le Traité de Vienne. En effet, ce territoire transalpin, difficile à défendre depuis Turin, était une proie facile pour l'envahisseur français. Aussi, en le rendant neutre, avec occupation et neutralisation possible par la Suisse en cas de conflit, il avait pensé le protéger des ambitions françaises. Ce n'est qu'en 1928, soit après la Grande Guerre, que la zone de neutralité fut abrogée d'un commun accord entre les  gouvernements français et suisse.

Zone neutre.JPG

Zone de neutralité décrétée par le Traité de Vienne

 

Pour contrer cette volonté populaire de rattachement à la Suisse du nord de la savoie, Napoléon III eut recours à un subterfuge (qui ne sera mis à jour qu'en 1996) consistant à faire venir à Paris une députation savoyarde pour demander à l'empereur de s'opposer au démantèlement de la Savoie; Cette députation fort opportune (on comprend pourquoi, puisque c'est lui qui l'avait organisée...) permit à l'Empereur des Français de revenir sur la promesse qu'il avait faite aux Suisses et à Dufour en particulier de leur céder ce territoire.
Rem: Cela est d'autant plus regrettable qu'une telle séparation eut donné aux deux pays des frontières naturelles (Fort l'Ecluse, Mont-Sion, Salève...) à l'inverse de celles  que nous connaissons aujourd'hui.

Mais en bon politique qu'il était, Napoléon III avait compris qu'il devait lacher du lest, et c'est ainsi qu'il proposa d'étendre les frontières de la zone franche sarde de 1816 à un territoire beaucoup plus vaste courant de Genève aux Usses qu'on appellera Zone d'Annexion ou encore Grande Zone.

Grande Zone.JPG 

Limites territoriales de la Grande Zone

 

 

Traite Turin.JPG

Comme on peut le lire sur l'extrait ci-dessus, le Traité de Turin stipulait que le rattachement ne devait se faire sans aucune contrainte des populations; un plébiscite fut ainsi organisé pour demander aux Savoyards s'ils souhaitaient unir leur destinée à celle de la France. Napoléon III offrit donc aux habitant de ce territoire de voter en faveur du rattachement à la France en leur accordant de bénéficier des avantages économiques et douaniers d'une zone franche. C'est ainsi que lors du Plébiscite des 22 & 23 avril 1860, les bulletins proposés aux votants portaient la mention "OUI" et  "OUI et ZONE".
Rem:  on dit que la France n'avait pas cru bon d'imprimer des bulletins "NON", ce qui peut expliquer le résultat de plus de 99% de voix en faveur du rattachement.

Le résultat officiel proclamé le 24 avril 1860 par la Cour d'Appel de Savoie  pour la Province d'Annecy (Chablais, Faucigny, Genevois) donna les scores suivants:

Inscrits: 63459
Votants: 60203
OUI: 59997 (dont 47706 OUI et ZONE)

Bulletin Oui et Zone.JPG

 

C'est ainsi que le 14 juin 1860, la France prit possession de l'ensemble de la  Savoie et du Comté de Nice, et que la Grande Zone fut créée, dans les limites territoriales décrites sur la carte ci-dessus. Des postes de douane sont alors mis en place au Pont Rouge, au pont de la Caille, au Plot.... sur la ligne des Usses et les montagnes séparant le Faucigny et le Genevois. En conséquence, les Savoyards du sud qui veulent se rendre en Savoie du Nord doivent désormais passer par cette douane, tandis qu'il n'y a pas vraiment de douane française sur la frontière; mais des bureaux fiscaux y sont installés pour prélever les taxes qui ne sont pas des droits de douane.

proclamation 14 juin 1860.JPG

La mise en place de la Grande Zone ne se fait pas sans difficulté. La Suisse ne la reconnait pas et il faudra attendre 1881 pour qu'un accord soit trouvé avec la France. D'autre part, des fonctionnaires français nouvellement nommés à Annecy, ainsi que des acteurs économiques locaux, demandent sa suppression. Annecy, chef lieu du département considère que la Savoie du Nord lui échappe au profit de Genève, et sera pendant des décennies opposée à la Grande Zone.

 

Que reste t-il aujourd'hui de la zone franche?

Au sortir de la Grande Guerre, après que la France eut fait inscrire la suppression de la zone franche dans le Traité de Versailles en 1919, revenant de facto sur le vote des populations de 1860, les gouvernements français et suisse s'accordèrent pour remplacer la zone franche par un régime de bon voisinage dans la convention du 7 août 1921. Mais c'était sans compter sur la population suisse, qui par référendum, refusa d'entériner cet accord le 18 février 1923. Les deux pays s'en remirent alors à la Cour Internationale de La Haye qui, le 7 juin 1932, statuera en imposant à la France de reculer sa ligne de douane sur l'ancienne ligne des traités de 1815 et 1816, remettant en place la zone sarde et gessienne. Cela fut fait le 1er janvier 1934 et subsiste à nos jours, conformément aux accords de Territet.

Toutefois, les droits de douane ayant fortement baissé sous l'impulsion de l'OMC, l'impact de la zone est désormais limité, se réduisant à quelques facilités de négoce pour les produits agricoles produits en zone et vendus à Genève, ou quelques avantages pour les produits importés depuis l'extèrieur de l'UE (ex: les voitures japonaises ou coréennes immatriculées en TTQ)

PS: Le lecteur curieux des affaires de notre territoire ne pourra s'empêcher de remarquer que le territoire français  défini par le Projet d'Agglo Franco-Valdo Genevois recouvre peu ou prou les mêmes limites géographiques que celles de la zone sarde et gessienne réunies.
Comme quoi, l'histoire ne se répète pas, elle bégaie....

Mes remerciements les plus sincères à Mr Claude Mégevand dont j'ai repris les travaux pour  la plus grande partie des faits historiques relatés dans cet article.

28/10/2010

Le rattachement de la Savoie à la France: quelques vérités bonnes à dire

Pour ceux que l'histoire de notre département interesse, je vous invite à lire l'article qu'a publié Le Dauphiné Libéré sur les évènements liés au rattachement, il y a 150 ans. On y découvre que notre territoire souhaitait se rattacher à Genève, et que c'est le reste de la Savoie qui s'y est opposé: on comprend alors mieux  la différence de perspectives entre ces deux parties du département et le petit antagonisme qui existe entre le Genevois savoyard et Annecy.

Article Rattachement.JPG

08/06/2010

Communiqué de la Ligue Savoisienne

La Ligue savoisienne organise une manifestation le dimanche 13 juin à Aix les Bains.


Le 14 juin 1860 les derniers représentants de Victor Emmanuel, duc de Savoie, remettaient notre pays aux préfets nommés par Napoléon III,
par une brève cérémonie au château de Chambéry. Le temps était exécrable et il n'y eut pas de réjouissance populaire.
La question de Savoie était momentanément, et pour longtemps, refermée.

Pour l'anniversaire du 14 juin, qui tombe un lundi, Hervé Gaymard organise au château un banquet d'élus, d'historiens et de collégiens triés sur le volet.
En soirée, un spectacle son et lumière.
Les Savoisiens ne sont pas invités...

Un groupe dynamique de jeunes savoisiens, très présents sur internet (Facebook, etc.) distribuera des tracts dès 13 heures en partant de la Place du Château. Si vous êtes libres ce lundi 14 juin, vous pouvez les aider. Ils se retrouveront Place du Château à 20 heures pour une soirée festive en opposition avec l'officialité qui occupera l'intérieur du château.


Dimanche 13 juin, la ville d'Aix les Bains prétend fêter le rattachement en grand tralala, avec défilés, musiques, plaque commémorative et reconstitution en costumes d'époque.
Nous vous invitons à un rassemblement savoisien à Aix les Bains pour faire contrepoids à cette fête officielle:


Dimanche 13 juin
dès 9h30 devant l'hôtel de ville d'Aix (place Maurice Mollard) puis rue de Genève
à 11h30 Parc floral des Thermes: inauguration d'une plaque commémorative
après-midi, Parc floral des Thermes: reconstitution historique.

Ci dessous le tract qui sera distribué à l'occasion

Ligue Savoisienne tract13juin.pdf

Blason Savoisien.JPG

 

10:12 Publié dans Haute-Savoie, Politique Française | Lien permanent | Commentaires (5) | Tags : ligue savoisienne, rattachement | | | Digg! Digg | | |  Facebook

27/04/2010

Le bonheur, c'est simple comme une conférence de la Salèvienne

Vendredi soir, 23 avril 2010, à Feigères, à l'initiative du maire, Pierre Curtenaz, qui souhaitait organiser un évènement à l'occasion de l'anniversaire des  150 ans du rattachement de la Savoie à la France, s'est tenue une conférence sur l'histoire de notre territoire du Genevois à travers les siècles.

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La parole était à Claude Mégevand et Claude Barbier qui nous ont brillamment fait voyager dans le temps, et qui nous ont expliqué, de manière aussi claire que possible, comment ce Genevois qui nous est cher était passé de mains en mains jusqu'à être français aujourd'hui, après plusieurs occasions manquées de faire destin commun avec Genève.

Voici un résumé aussi précis que possible des points évoqués par les orateurs:

A l'origine, le territoire du Genevois fait partie du pays des Allobroges. Puis, à l'époque romaine, il est partie intégrante de la province de Vienne qui, comme son nom l'indique, a pour capitale  la ville du bord du Rhône, au sud de Lyon (Lugdunum).

On notera qu'à l'époque des Romains, les provinces étaient séparées en plus petites entités, les pagus,  et qu'à la frontière de ces pagus, on retrouvait les fanums, sorte de fortifications qui gardaient le passage; c'est d'ailleurs un fanum qui a été mis à jour lors des travaux de construction de l'autoroute Liane à Présilly, ce qui semble indiquer que la frontière de notre pagus se trouvait au Mont-Sion.

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En 470, Genève devient une capitale Burgonde et fait partie du royaume de Bourgogne qui, à cette époque intègre Lyon, et descend presque jusqu'à Marseille.

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A cette époque, aux territoires politiques, se superposent les territoires religieux ; le diocèse de Genève correspond alors peu ou prou à la Sabaudia , ancêtre du nom Savoie.

En résumé, on peut dire qu'au cours du premier millénaire, Feigères et Genève font partie du même pays.

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blason Comté de Geneve.JPGDepuis l'an mil environ,  notre territoire du Genevois est sous la juridiction du comte de Genève. Survient alors un évènement décisif pour la destinée de notre territoire: Lors du traité de Seyssel, en 1124, Aimon, comte de Genève, reconnaît la souveraineté de l'évêque Humbert sur la ville de Genève. Cette décision devait sceller la séparation de nos destinées avec Genève ; séparation qui sera confirmée en 1219, par le traité de Desingy.

A partir du milieu du 13e Siècle, le Duc de Savoie gagne de l'influence dans notre territoire, pour finalement prendre pied à Genève en 1287.

Il faut imaginer la carte vers 1340, et comme on le voit, c'est assez compliqué:

 

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Le Chablais, ainsi qu'une partie du canton de Vaud est sous la juridiction des Ducs de Savoie (en rouge).
Le Faucigny, lui est sous la juridiction du Dauphiné (en bleu).
Le reste de la Haute-Savoie actuelle, y compris le Genevois, est dirigée par le Comte de Genève (en vert).
Enfin, Genève est sous la direction de l'évêque.

En 1387, le prince-évêque de Genève, Adhémar Fabri, qui est d'ailleurs originaire de La Roche sur Foron, accorde les franchises aux bourgeois de Genève, ce qui correspond à une véritable émancipation de la ville.

Quant à nous, ce n'est qu'en 1401, que nous devenons "savoyards", quand le comté de Genève, sans héritier, est vendu à la Maison de Savoie.

En 1536, les bourgeois de Genève, se convertissent au protestantisme et chassent l'évêque. Dès lors,  Genève assume pleinement son statut de ville libre de tout joug, pour devenir une république mais aussi pour endosser le rôle de la Rome Protestante, attirant en son sein une foule de protestants, essentiellement français et italiens, persécutés dans leur pays.

Dans cette période troublée de guerres de religion, le baillage de Ternier, dont nous faisons partie, est occupé pendant une trentaine d'années par les Bernois. De façon anecdotique, c'est de là que provient l'expression "raide comme la justice de Berne"

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Dans les années 1560, le territoire repasse sous l"autorité de la Savoie, et le Duc de Savoie construit un Fort à Songy (photo ci-dessus); le lieu-dit s'appelle encore comme cela aujourd'hui. L'édification du Fort Sainte-Catherine est faite dans le but d'attaquer et de conquérir Genève. Dans les années 1598, le Duc de Savoie, sous la houlette de Saint-François de Sales entreprend de reconvertir les populations au catholicisme. Quelques temples comme celui de Viry sont retransformés en églises, d'autres comme ceux de Neydens, Valleiry et Bossey perdureront jusqu'au XVIIIe siècle. En 1601, Henri IV, allié de facto de Genève, attaque le Duc de Savoie et détruit le fort, pierre à pierre. Enfin survient la dernière tentative des Savoyards de s'emparer de Genève avec la fameuse « Cagade » de l'Escalade qui se conclue  par l'humiliation des savoyards et qui débouche sur le traité de Saint-Julien en 1603 qui met fin à l'hostilité entre la Savoie et Genève.

NB: il est intéressant de noter que lors de l'Escalade, nombre des habitants de notre territoire, ont en fait défendu ... Genève. Eh oui, car déjà à l'époque, ils en avaient fait leur capitale économique puisque c'est avec Genève qu'ils commerçaient.

C'est en 1754 que s'établit la frontière officielle entre Genève et la Savoie. A cette occasion, plusieurs petites enclaves qui appartenaient alors à Genève, comme Neydens, Valleiry et Bossey, sont échangées et deviennent savoyardes.

Au moment de la Révolution Française, les troupes de la République envahissent notre territoire, et c'est donc sous la férule de la France que Genève et la Savoie du Nord sont réunie dans le département du Léman de 1798 à 1813, dont Genève est la préfecture.

A la fin de l'épopée Napoléonienne, nouveau remaniement des frontières, avec entre 1813-1814, le rattachement de Saint-Julien à Genève: Personne ne s'en souvient car cela ne dura que 6 mois. En 1814, Genève décide son rattachement à la Suisse. Puis en 1815, le Congres de Vienne viendra concrétiser les frontières actuelles de Genève mais, en même temps, il décide l'instauration d'une zone franche autour de Genève. Les limites de cette zone franche, appelée la petite zone ou zone Sarde par opposition à la Grande Zone de 1860, furent officialisées en 1828. Cette zone obtenait des avantages de commerce avec Genève mais aussi une certaine autonomie vis à vis de son souverain, la Maison de Savoie.

Victor Emmanuel II.jpgAprès le retour de la Savoie au Royaume de Piemont, la période du « Buon governo » voit une période où les savoyardscavour.jpg perçoivent mal le pouvoir des piémontais et le mécontentement est important. Charles-Albert, le roi de Piémont-Sardaigne met en place en 1848 le « Statuto », une monarchie constitutionnelle qui donne beaucoup plus de libertés au peuple, ce qui se traduit par le développement de journaux de tendances différentes. Mais c'est aussi l'époque où la Maison de Savoie tourne de plus en plus ses regards vers l'Italie, et en 1858, Victor Emmanuel II, le nouveau roi de Piémont-Sardaigne, représenté par son Premier Ministre Cavour, signe avec Napoléon III  le traité secret de Plombières par lequel il s'engage à céder la Savoie  et le comté de Nice à l'Empereur, en échange de son aide militaire à bouter les Autrichiens hors de Vénétie et de Lombardie. Malgré la victoire sur les Autrichiens, « les buts de la guerre n'ont pas été atteint » car la Vénétie n'a pas été libérée ; Cavour démissionne et Napoléon III renonce momentanément à la Savoie.

Napoleon III.jpgLes clauses du traité de Plombières s'étant répandues dans l'opinion, un fort mouvement populaire s'élève en Faucigny, Chablais et dans le nord du Genevois, avec des pétitions en grand nombre, demandant le rattachement de notre territoire à la Suisse. Il semble d'ailleurs que Napoléon III qui avait vécu en Suisse (on dit qu'il parlait le français avec un fort accent suisse-allemand et qu'il possédait un passeport suisse) avait plus ou moins promis son accord sur le fait de céder la Savoie du Nord à la Suisse. Il profitera cependant d'une délégation de députés savoyards venue fort opportunément à Paris s'opposer au démantèlement de la Savoie, pour revenir sur sa promesse. En janvier 1860, Cavour, revenu aux affaires après une absence de plusieurs mois, relance la machine et tout s'emballe début 1860 avec le Traité de Turin signé le 24 mars 1860 et le plébiscite (votation du peuple) organisé les 22 & 23 avril 1860.

Conscient des réticences d'une grande partie de la population au rattachement, et sur proposition de savoyards adeptes de l'annexion à la France, Napoléon III propose qu'en Savoie du Nord, on puisse voter, « OUI et ZONE ».  La petite zone est alors élargie jusqu'aux Usses (Pont de la Caille) et comprend désormais tout le Faucigny et le Chablais. On l'appellera « la Grande Zone » ou la « Zone d'Annexion ».

On ne polémiquera pas sur les résultats, 99.8% de Oui, ni sur l'absence de bulletins de vote Non. Avec le recul, il semble acquis que nos ancêtres aient été assez d'accord pour ce rattachement, encouragé à l'époque par le clergé savoyard (qui détestait Cavour), mais à la condition expresse de garder les avantages liés à la zone. Ce que voulaient avant tout les Savoyards du Nord, c'était le maintien du libre commerce avec Genève leur capitale économique.

Dans les années qui vont suivre, le sentiment pro-français va se développer avec l'équipement de la Savoie, d'abord par l'Empereur, puis par la IIIème République, et du fait du respect de ses engagements par la France. C'est ce qui explique que les Savoyards ne se sont pas défilés pour aller se battre dans les tranchées en 1914 au coté des Français, alors qu'ils auraient pu revendiquer la neutralité que le Traité de Vienne leur avait accordée en 1815.

Cependant, tout va basculer avec la suppression unilatérale par l'Etat Français de la zone en 1919. Ceci est vécu comme une trahison par les Savoyards du nord. S'élève alors dans les contrées du Chablais, du Faucigny et du Genevois un fort sentiment anti-français . Il faut préciser que c'est à la demande expresse de Genève et de la Suisse aux autorités internationales, que la France se voit contrainte de rétablir la petite zone le 1er janvier 1934. Malgré cela, le sentiment anti-français sera exacerbé en 1937, lorsque la France, consciente des dangers qui la menace, renforce le contrôle de ses frontières, rendant de facto plus compliqué le commerce avec Genève. En 1943, suite à l'instauration du STO en France, la colère montera à nouveau en Savoie du Nord et se répandra  dans ces territoires une forte envie de rejoindre la Suisse, pays neutre et paisible.

Pour conclure, on dira que le sentiment qui prévaut dans notre territoire est celui d'être avant tout des « Zoniens ». Nous sommes farouchement attachés à notre statut particulier qui nous octroie plus de libertés, plus d'autonomie économique et qui permet de distendre le lien centralisateur que tente de nous imposer Paris. A noter qu'on ne pourra pas faire abstraction de la reconnaissance de l'antagonisme qui oppose depuis longtemps, et qui existe encore, le nord de la Haute-Savoie et le reste de la Savoie. Pour les habitants du Genevois, du Faucigny et du Chablais, et malgré tous les efforts de la France pour contrer ce sentiment, Genève est leur capitale, alors qu'Annecy (longtemps surnommée la préfecture croupion), a souvent été jalouse de notre proximité avec la cité-canton et s'est à maintes reprises  opposée à tout ce qui pouvait conduire à une plus grande interaction de nos deux territoires transfrontaliers.

Malgré cela, les fondamentaux demeurent, et il n'est que de constater l'émergence du Projet d'Agglo Franco-Valdo-Genevois pour comprendre que ce sentiment d'appartenance à une même communauté de destins est bien vivace des 2 cotés de la frontière.

En conclusion, je voudrais remercier La Salèvienne, et tout particulièrement Claude Mégevand, pour cette soirée inoubliable et j'invite tous les amoureux de l'Histoire de notre région à se rendre sur le site de La Salèvienne, afin d'y découvrir le programme des conférences à venir, ainsi que les nombreux ouvrages d'histoire qu'elle édite.

 

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22/04/2010

il y a 150 ans, la Savoie devenait française

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Nicolas Sarkozy est aujourd'hui à Chambéry, pour célébrer les 150 ans du rattachement de la Savoie à la France.

 

Le 22 avril 1860, les Savoyards votaient à plus de 99% pour rejoindre la France après l'accord passé entre Napoléon III, empereur des Français, et Victor Emmanuel II roi de Piémont-Sardaigne lors du traité de Turin le 24 mars de la même année.

150 ans après, le résultat de ce plebiscite fait encore débat, du fait même de son score suspect; il est vrai que si, comme on le dit, les bulletins "NON" n'étaient pas présents dans de nombreux bureaux de vote, on comprend mieux l'ampleur de l'enthousiasme des pauvres ramoneurs savoyards à rejoindre le puissant voisin français dont ils parlaient déjà la langue.

On pourrait épîloguer longtemps sur la validité de ce scrutin, et bien malin qui pourrait dire qui a raison des sympathisants de la Ligue Savoisienne (voir leur communiqué) ou de l'Etat Français.

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Pour faire contrepoids aux arguments de la Ligue Savoisienne, Je recommande d'ailleurs de visiter le site web consacré aux 150 ans de vie commune entre la Savoie et la France, site créé sous l'égide du Conseil Général, qui donne beaucoup d'informations et qui plaira certainement aux curieux et aux passionnés d'histoire sur ce que fut notre histoire depuis le partage de notre destinée commune.

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Il me parait de toute façon difficile de revenir en arrière. En revanche, ce qui me parait légitime est que les habitants de cette région se battent pour que les dispositions qui leur ont été accordées par le traité soient respectées, tout comme les Alsaciens ou les Bretons ont pu garder quelques particularités héritées de l'Histoire. Un traité doit être respecté, or il apparait que dans le cas qui nous interesse, c'est loin d'être le cas. C'est d'autant plus regrettable que cela aurait permis à notre territoire d'éviter la saignée des guerres, puisqu'un paragraphe du traité stipule qu'en cas de guerre, le nord de la savoie devait être neutralisé par les Suisses. Bien entendu cette clause ne fut jamais appliquée et c'est pourquoi on peut voir autant de noms au fronton de nos monuments aux morts. Sans compter les avantages fiscaux qui avaient été concédés à notre territoire, grace à l'installation d'une zone franche à la frontière du canton de Genève, qui peu à peu est tombée en désuétude, et ses avantages avec....

Un autre point que l'on peut déplorer est l'éradication par l'Etat Français de l'enseignement de l'Histoire de notre territoire. Nulle trace dans l'Education Nationale de ce que fut l'histoire de nos ancètres, donc la notre ... N'est-il pas regrettable que nos enfants ne sachent pour la plupart pas ce qu'était le Saint Empire Romain Germanique alors que le Duché de Savoie y fut rattaché pendant près de 1000 ans.

Si la France régicide s'est débarrassée de son roi, les savoyards peuvent eux regretter que c'est leur roi qui les a abandonnés, puisque c'estchateau chambery.jpg en fait à cela que concourt le traité de Turin. Rappelons qu'à l'origine, c'est Chambéry qui était la capitale des Ducs de Savoie; on peut d'ailleurs y voir les vestiges du palais des Ducs de Savoie. Mais en 1563 eut lieu le transfert de la capitale de Chambéry à Turin, ce transfert étant la conséquence de la réalisation par le Duché de Savoie de la vulnérabilité de sa capitale suite à l'occupation de Chambéry par François 1er; à partir de là , l'interet des dirigeants de la Savoie se porta plus du coté transalpin que vers l'Ouest des Alpes. Ce désinteret s'accrut avec l'obtention de la Sardaigne et culmina par le choix d'abandonner la Savoie cisalpine aux Français contre leur engagement à aider le Duc de Savoie, Roi de Piémont-Sardaigne, à vaincre les Autrichiens afin qu'il puisse fédérer l'Italie.

abbaye hautecombe.jpgD'autre vestiges subsistent de notre histoire savoisienne, comme l'Abbaye de Hautecombe, au bord du lac du Bourget: Du XIIe siècle au XVe siècle, elle fut la nécropole des Comtes de Savoie ainsi que des princes et princesses de cette dynastie. Au cours des siècles suivants, d'autres princes et princesses de Savoie, ainsi que de certains souverains de la dynastie (ducs de Savoie puis rois de Sardaigne) choisirent d'être enterrés dans l'abbaye d'Hautecombe à l'image du fondateur de celle-ci, Amédée III. Le dernier roi d'Italie, Humbert II de Savoie (1904-1983), est enterré à Hautecombe

 

Pour être honnête, de nombreux efforts furent consentis par la France dans les premières années du rattachement pour s'attirer les bonnes graces des Savoyards avec l'édification de routes et de batiments publics. Peut-être que si l'Empereur et l'Impératrice Eugénie, qui avait une affection certaine pour notre région, avaient régné plus longtemps, les choses eurent été différenttes, mais, bien vite, après 1870,  les dirigeants de la République Française cessèrent de s'interesser à cette nouvelle province.

Il n'est bien sûr pas question pour la Savoie de quitter la France, mais il me parait souhaitable et légitime que nous puissions vivre au sein de la République avec la connaissance et la fierté de notre histoire singulière; nous n'avons pas à en rougir, bien au contraire. Il est nécessaire que nos enfants connaissent les liens privilégiés qui nous unissent à nos cousins piémontais de l'autre coté des Alpes, et que Paris et Rome reconnaissent cette relation fraternelle, et ne s'opposent pas aux projets communs issus de cette relation particulière.

Enfin, on peut se demander si la création d'une entité Savoie, au sein de la région Rhône-Alpes, serait un premier pas vers une reconnaissance de notre singularité: cela mérite débat. En tout cas, la formation d'une telle entité, prenant en compte les réalités de  l'Histoire, devrait alors remettre au premier plan la relation privilégiée avec Genève, qui pourrait en quelque sorte jouer le rôle de notre "capitale internationale".  Un exemple tout simple de ce que j'avance serait que notre région obtienne l'autorisation pour le club de football ETG de jouer ses matches à Genève, sans que cela ne soulève d'opposition hostile dans les cercles parisiens.