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06/10/2010

Le paradoxe humain: Plus j'en ai, plus j'en veux....

On entend à longueur de journée sur les ondes et dans les médias que l'on n'a jamais aussi mal vécu, que la pauvreté ( près de 13% des Français vivent en deça du seuil de pauvreté en 2010) n'a jamais été aussi terrible, que le travail n'a jamais été aussi pénible ( ce qui entraine nombre de suicides chez France Telecom), en un mot que les Français n'ont jamais eu la vie aussi dure (moindre remboursement de la Sécurité Sociale, Précarité dans le travail, Recul de l'age légal de la retraite, etc....)

C'est une honte!... On nous prend vraiment pour des cons.

Comment peut-on oser dire ou écrire de telles balivernes! Le niveau de vie moyen des pays développés n'a jamais été aussi élevé. Nos nations européennes n'ont jamais connu dans toute leur histoire une telle durée de vie sans guerre. En réalité, nous n'avons jamais été aussi disposés à être heureux! Mais c'est bien là que le paradoxe humain prend tous son sens: plus on a les moyens, plus on se sent dépourvu ou moins on s'interesse à ce que l'on a.

Quelques exemples pour illustrer mon propos:

Internet a donné à l'humanité le moyen, inimaginableil y a encore peu, de communiquer et d'assouvir sa soif de connaissance; mais dans le même temps, nos enfants ont perdu le sens de la curiosité. Quelle tristesse de constater qu'à un moment où jamais les hommes n'ont eu autant d'outils pour assouvir leur quête de connaissance, nos jeunes se complaisent devant le programme le plus débile que la Télé ait jamais produit: "Secret Story". Absence de curiosité et débilité à tous les étages, voila ce que cette société de consommation a produit! Et qu'on ne vienne pas me dire que les téléspectateurs n'ont pas le libre arbitre de presser le bouton d'ARTE où l'on trouve des programmes de grande qualité; le choix existe, mais la qualité n'interesse plus les veaux assoupis que nous sommes devenus...

N'est-il pas paradoxal qu'à une époque où les outils de communication n'ont jamais été aussi performants (téléphones portables, internet...), la société n'ait jamais connu autant d'incommunicabilité, que les hommes se soient recentrés sur eux-même comme jamais, ne se parlant plus que par textos ou via Facebook, réduisant la vie sociale à sa portion congrue.

Si la mécanisation et le progres technologique ont permis la réduction de la pénibilité et du temps de travail, dans le même temps le moindre effort nous est devenu insupportable. Comment peut-on accepter une retraite à 62 ans (quand les autres européens travaillent jusqu'à 67 ans), c'est insupportable! non, non, nous voulons garder nos 35 heures (les seuls dans le monde), nos 5 semaines de vacances (les seuls en europe) et partir à la retraite le plus tôt possible. A force de peu travailler, le travail nous est devenu intolérable!....

Alors que les employés de France Telecom, qui sont objectivement parmi les plus privilégiés de la classe travailleuse, battent des records de suicide, tant ils ne sont pas prêts à se remettre en cause et à s'adapter au nouvel environnement concurrentiel, on n'entend guère parler de suicides parmi les éboueurs où les conditions de travail sont autrement plus pénibles. Voilà un autre exemple criant du paradoxe. Et bien sur tout le monde s'appitoie sur les pauvres privilégiés devenus si fragiles à force de protection, mais personne ne se soucie de ceux qui oeuvrent dès 4:00 du matin par des froids parfois sibériens, et qui sont payés au lance-pierre....

En réalité, il faut appeler un chat un chat:  Si on en veut toujours plus, comme l'a si bien décrit François de Closets dans son ouvrage "Toujours Plus", alors bien sur, on n'en aura jamais assez!..... Et c'est bien là notre drame, car la frustration qui en découle nous rend malheureux.

Jésus disait " Heureux les pauvres, car ils seront rassasiés". En tout cas, ils l'espèrent et voient l'avenir avec optimisme et avec confiance: Qui n'a pas été émerveillé par les sourires des Thais ou des enfants Africains dont le niveau de vie est pourtant tres tres loin d'approcher celui de notre classe moyenne.

C'est donc bien là le paradoxe humain: et le pire, c'est qu'il porte en lui un effet pervers démoniaque: en effet, moins on travaille, plus le moindre effort devient insupportable alors que celui qui se tue à l'effort, comme un champion de haut niveau, celui-ci se battra comme un forcené pour améliorer d'une demi seconde son meilleur temps.

Mais outre la perte du sens de l'effort, notre société occidentale qui jouit d'une opulence sans précédent,  avec une espérance de vie jamais atteinte dans toute l'histoire de l'humanité, est devenue réfractaire à toute notion de risque; elle ne supporte plus que l'on meure avant 90 ans, même si l'on doit vivre dans un état presque végétatif dans les dernières années de son existence. Le risque est devenu inacceptable, ce qui explique qu'on applique à tort et à travers le fameux "principe de précaution"

Enfin, cette société à qui tout est dû, refuse le sens des responsabilités et a la facheuse habitude de toujours reporter sur l'autre la faute ou le soin de régler les problèmes. C'est le règne de l'assistanat généralisé!..

A titre d'exemple, Johnny ne supporte pas que l'opération de son hernie discale ait mal tourné, alors qu'il a clairement refusé d'appliquer la plus élémentaire prudence après le choc opératoire, quittant l'hopital sans même prévenir son médecin, et s'embarquant illico pour un vol transatlantique de plus de 12 heures. Fautif ou pas,  il ne peut accepter que son inconséquence se paie cash et il incrimine la responsabilité du Dr DELAJOUD qui aurait probablement dû le ligoter sur son lit d'hopital pour lui imposer le repos nécessaire. Dans le même ordre d'idées, les chauffeurs de bus, ou les professeurs, exercent leur droit de retrait dès que l'un des leurs est agressé, mais ils font bloc pour refuser toute présence policière sur leur lieu de travail.

Enfin que penser de ces jeunes gens, qui se présentent comme "bac + 5" et qui se plaignent de ne pas trouver de travail; il est vrai que c'est intolérable qu'après avoir étudié pendant 5 ans la vie des papous ou je ne sais quoi d'autre, on ne puisse pas exercer un métier digne de ses connaissances!... On doit quand même se poser la question de savoir si étudier  pendant 5 ou 7 ans un sujet qui nous interesse devrait nous donner un droit quasi divin de trouver un travail, non pas dans la branche dont le pays a besoin, mais bien plutot dans la voie que l'on s'est choisie.

Arrêtons de réver!...

Qu'il est loin le temps ou John F.Kennedy pouvait dire " Ne demandez pas ce que le pays peut faire pour vous, mais demandez vous ce que vous pouvez faire pour votre pays:"

Est-ce le signe d'un déclin irrémédiable? 

Je ne saurai répondre à cette question de façon péremptoire. Mais je crois que peut-être une variante du Principe de Peter s'applique au progrès. Ce principe qui explique que plus on est promu, plus on devient incompétent, pourrait ici s'exprimer comme : "plus on m'en donne, moins je m'en sers". Dans le même temps, un nouveau danger nous guette: ce que d'aucuns ont nommé le court-termisme qui nous fait nous détourner de ce qui ne produit pas d'effet immédiat. Heureusement que nos ancêtres ne souffraient pas de ce mal, sinon adieu les arbres ou les cathédrales qui ornent notre environnement.

In fine, peut-être faut-il voir là une forme de justice immanente où grace au paradoxe humain, on obtient une redistribution des cartes permanente et on assiste à une sélection naturelle qui permet à ceux qui ont faim et qui en veulent plus de surmonter les obstacles mieux que les nantis. Si tel était le cas, la signification de cette parole de Jésus: "Les derniers seront les premiers et les premiers seront les derniers" prendrait alors tout son sens et nous aiderait à comprendre pourquoi, de façon paradoxale, ce sont souvent les riches qui s'ennuient et se suicident et les pauvres qui en bavent, progressent et s'approchent du bonheur.