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29/06/2015

Histoire du Genevois-dernière partie - de l'Annexion à aujourd'hui

Ceci est le quatrième et dernier article de la série publiée sur ce blog dont la modeste ambition est de conter de façon succincte l'histoire du Genevois de l'antiquité à nos jours en 4 épisodes.

Histoire du Genevois - Des Allobroges à la Réforme

Histoire du Genevois - De la Réforme à la Révolution

Histoire du Genevois - De la Révolution à l'Annexion

Histoire du Genevois - De l'Annexion à aujourd'hui

Si, comme on l'a vu dans les chapitres précédents, la France fut le grand ennemi de la Savoie, l'envahissant à 6 reprises (voir ci-dessous), et dans des conditions plutôt rudes, nous sommes désormais français et le but de ce chapitre est de raconter comment nous avons acquis une nouvelle identité tout en soulignant comment depuis 150 ans notre territoire s'est éloigné de Genève qui fut pourtant pendant 1000 ans notre capitale économique. Nous conclurons en décrivant les efforts qui sont faits des deux cotés de la frontière pour inverser la tendance afin de  promouvoir et d'organiser enfin ensemble notre territoire transfrontalier.

Les invasions françaises de la Savoie

- de 1536 à 1559 sous François 1er ( le Genevois l'était lui par les Bernois, alliés de la France)

- de 1600 à 1601 sous Henri IV ( ce qui se conclua par l'annexion par la France de la Bresse, du Bugey et du Pays de Gex)

- de 1630 à 1631 sous Louis XIII

- De 1690 à 1696 et de 1703 à 1713 sous Louis XIV

- de 1792 à 1815 sous la République et le Premier Empire

Et pourtant, le peuple de Savoie se donna à la France à plus de 99% lors du Plébiscite de l'Annexion en avril 1860, cherchez l'erreur!....

Rappelons en effet que sur 135449 inscrits, il y eut 130839 votants dont 130533 OUI et 235 NON. Dans le Genevois, sur 26212 inscrits,on décompta 25256 OUI dont 11234 bulletins OUI & ZONE.

On pourra ergoter longtemps sur les conditions dans lesquelles se tint le plébiscite qui conduisit les Savoisiens à se donner à la France, il est fort probable qu'une majorité d'entre eux était favorable à rejoindre la patrie des droits de l'homme, mais bien sur, pas dans cette proportion. En effet le Clergé catholique, hostile à Cavour, joua un rôle important à convaincre les populations rurales de voter en faveur du rattachement, et le député de Bonneville Jacquier-Chatrier en imaginant la Grande Zone permit de rallier à la cause française de nombreux hésitants. Quand on ajoutera que le pouvoir royal sarde s'était quelque peu désintéressé de son territoire transalpin après avoir compris la grande difficulté à le défendre contre un éventuel envahisseur, et qu'il y avait une communauté de langue avec la France, il n'est pas si surprenant que nos ancêtres aient accepté dans leur très grande majorité de rejoindre la "Grande Nation".

Quoi qu'il en soit, le 14 juin 1860, la Savoie devenait officiellement française, et commença alors le processus de francisation de notre pays qui sera immédiatement scindé en 2 départements la Savoie et la Haute Savoie.

NB: On notera d'ailleurs que ce sont les 2 seuls départements métropolitains qui ne sont pas nommés d'après une rivière ou une montagne, ce qui avait été la règle lors de la création des départements après la Révolution Française.

Quant à Genève, la ville du bout du lac est désormais totalement enclavée en territoire français, reliée à la Suisse par un étroit corridor de 4.4 kms de large entre Jura et Léman, le long du lac. On notera qu'en 1860 la population catholique (42099 hb) y est désormais supérieure à celle des protestants (40069).

La Savoie Impériale

Alors que les militaires et les fonctionnaires ont pu choisir le pays de leur choix (dans leur grande majorité ils ont choisi la France au Royaume de Sardaigne, à l'exception notoire de l'ingénieur Germain Sommeiller, la francisation de la Savoie commence sous les meilleurs auspices puisque dès l'été 1860 , Napoléon III accompagné de l'impératrice Eugénie vient visiter ses nouveaux sujets. Leur périple qui se déroule du 27 août  au 5 septembre 1860 les conduit de Chambéry à Aix, Annecy, Thonon et même Chamonix où les souverains découvrent la Mer de Glace. C'est un véritable triomphe avec en point d'orgue une fête vénitienne organisée sur le lac d'Annecy, prélude à l'actuelle et annuelle  Fête du Lac, qui laissera un souvenir impérissable à l'impératrice.

  histoire du genevois

 La fête Vénitienne organisée en l'honneur du couple impérial sur le lac d'Annecy

De nombreux édifices publics sont construits (mairies, préfectures et sous préfectures, hôpitaux) pour donner à la Savoie des bâtiments publics mieux en rapport avec la grandeur et la prospérité d'une grande nation comme la France.

A Saint-Julien-en-Genevois, le 9 mai 1862, en présence du préfet et du Conseil Municipal, le Curé Chaumontet bénissait la première pierre de la sous-préfecture construite sur le site des jardins du Couvent des Capucins préalablement racheté par le sous-préfet Faton de Favernay. Le même jour a lieu la pose et la bénédiction de la première pierre de l'hôpital Saint-Joseph (détruit par un incendie le 16 février 1929, il sera reconstruit en 1931). Puis c'est le tour de l'Hotel de Ville (qui incorpore le Palais de Justice) dont la première pierre est posée le 22 juin 1862 sur le site occupé précédemment par l'ancien Château. Enfin, le 7 juillet 1863, c'est la première pierre de la nouvelle église qui est bénie par Mgr Magnin ( elle sera consacrée le 8 juillet 1866, et remplacée au même emplacement par l'actuelle église en 1973).

C'est aussi à cette époque, 1860-1861 qu'est créée la première compagnie de sapeurs pompiers à St-Julien.

 histoire du genevois

 L'ancien Couvent des Capucins vu depuis la place du Cret - C'est dans ses jardins, à l'arrière, que sera construite la sous-préfecture

 

histoire du genevois

Dessin d'époque  illustrant la pose de la première pierre de la sous-préfecture le 9 mai 1862

 

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L’hôpital St Joseph dont la première pierre fut posée et bénie  le même jour que celle de la sous préfecture le 9 mai 1862

 

 

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 Les 2 églises du chef lieu - celle  de 1702 (à droite) et celle de 1865. Adossée à l'ancienne église, la première poste construite sur le site de  l'ancien cimetière - elle fonctionnera jusqu'en 1932

 

histoire du genevois

La nouvelle église de style néogothique sera consacrée le 8 juillet 1866. Le clocher sera lui construit en 1884. C'est sur le même site que s'élève l'église actuelle, de style "nordique" qui a été construite en 1970-72.

 

histoire du genevois

Photo prise en 1904

A la même époque, on voit pousser de nouvelles infrastructures: routes & chemins de fer, barrages hydro-électriques. A la suite du voyage impérial, le tourisme se développe, ce qui conduira à terme à l'édification de nombreux hôtels, comme l’Impérial à Annecy (ouvert le 14 juillet 1913). ou le Royal à Evian en 1905, sans compter les hôtels de Chamonix qui attireront les touristes du monde entier.  Pour l'industrie savoyarde, le tableau est moins joyeux car nombre d'entreprises, particulièrement dans le Genevois, ne peuvent lutter avec leurs concurrentes  françaises. L'agriculture elle se porte bien, et tout particulièrement dans notre région du Genevois; les facilités de commerce avec Genève liées aux avantages procurés par la zone franche et surtout la vente privilégiée de nos productions agricoles procurent aux habitants de notre territoire une prospérité bien supérieure à ceux qui se trouvent hors zone. C'est le cas d'Annecy dont les milieux d'affaires réclament à cor et à cri , mais sans succès, que la ville fasse partie de la grande zone.

Cependant après quelques années, certains espoirs sont déçus, ce qui pousse quelques notables savoyards tels Greyfié de Bellecombe à se retirer de la politique; l'Empire devient impopulaire dès 1865 et ce qui avait commencé sous les meilleurs auspices va bientôt être chamboulé par la guerre de 1870 et la chute de Napoléon III.

La situation à Genève

De nombreux aménagements ont lieu dans ces années à Genève: construction du 1er pont du Mont-Blanc en décembre 1862 (il sera reconstruit en 1903), construction de la gare de Cornavin en 1864 (par la société PLM), inauguration du Grand Théatre en 1879, apparition de l'électricité en 1883. La ville qui a accueilli les réfugiés français de la guerre de 1870 fait preuve de modernisme en termes sociologiques puisque la peine de mort y est abolie dès mai 1871, alors que l'école primaire laique et gratuite devient obligatoire en 1872. C'est en 1905 qu'a lieu à Genève le premier salon de l'auto alors que de nombreux pionniers s’intéressent à l'aviation naissante. La ville continue donc à rayonner au delà de son environnement local.

La Savoie française sous la IIIéme République

Lorsque la guerre éclate entre la France et la Prusse, la Savoie n'est française que depuis 10 ans, mais cette guerre va ancrer la Savoie à la France puisque les Savoyards vont combattre pour leur nouvelle patrie. C'est ainsi que le département de la Haute-Savoie va voter un emprunt de 1.170.000 francs pour contribuer à la Défense Nationale et fournit un contingent de 25000 hommes qui servirent avec honneur sous le drapeau tricolore, sans compter 4 légions de gardes nationaux mobilisés. Ce comportement irréprochable sera d'ailleurs salué par Gambetta dans le discours qu'il prononça à St-Julien-en-Genevois le 2 octobre 1872:

"Vous avez rappelé ce  que vous avez fait pendant la guerre, et j'aurais voulu que bien des départements français vous imitassent.... Oui, s'il y a eu un pays dans le territoire français qui ait notablement fait son devoir, sans calcul, sans arrière-pensée, sans hésitation, de plein gré, de cœur et d’âme, qui ait donné ses enfants et son or sans compter et sans réfractaire, j'aime à le répéter : c'est la Savoie et la Haute-Savoie".

Quoiqu'il en soit 2 jours après la défaite de Sedan, le 4 septembre 1870, un gouvernement républicain prend le pouvoir à Paris; ici aussi les partisans du nouvel ordre républicain passent à l'action. et 2 préfets sont nommés pour assurer la nouvelle gouvernance républicaine.

NB: On notera qu'après la capitulation de la France le 27 octobre 1870, la Suisse avait envisagé d'occuper le territoire de la Savoie du Nord pour le neutraliser, conformément à l'article VII du traité de Turin de 1816, mais qu'au final, elle y renonça.

Les infrastructures

Alors que notre pays était pauvre et isolé au moment de l'Annexion, le mouvement d'équipement en infrastructures de communication se poursuit avec, outre le percement du tunnel du Frejus en décembre 1870 et son inauguration le 17 septembre 1871:

L'instauration d'un réseau de voies ferrées avec les lignes Aix les Bains-Annecy (1866), Bellegarde-Thonon (1880), Annecy-Annemasse via La Roche-sur-Foron (1883 & 1884), Annemasse-Genève(1890) etc...

La construction de lignes de tramways et de chemins de fer d’intérêt local: ainsi la ligne Annemasse-Samoens est inaugurée en 1892 (elle sera fermée en mai 1959) 

La construction et l'amélioration de centaines de kms de routes départementales et nationales, sans compter la création d'embarcadères sur nos lacs et le financement de travaux d'endiguement de nos rivières (Arve et Giffre)
histoire du genevois

 Le réseau de chemins de fer du Genevois vers 1914 
(carte tirée de Gilbert PLOUJOUX- Histoire des transports publics dans le Canton de Genève)

A noter que c'est le 27 mai 1888 qu'est inaugurée en grande pompe la première liaison ferroviaire avec Genève, ancètre du CEVA, qui relie la gare de Vollandes dans le quartier des Eaux Vives à celle d'Annemasse.

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L'instruction

De même un effort particulier est mené par l'Etat français pour développer l'instruction publique en Savoie. Ainsi le lycée Berthollet est inauguré à Annecy en 1888 alors que le lycée de filles est lui ouvert dix ans plus tard en 1898. Pour comprendre l'effort mené sur l'éducation, il suffit de comparer les 320 écoles ou classes de garçons fréquentées par 18320 élèves et 277 écoles de filles (15903 élèves) qui existaient au jour de l'Annexion aux 838 écoles qui accueillent 43646 élèves en 1906, moins de 50 ans plus tard. Si 77000 habitants (sur une population de 253000) seulement savaient lire et écrire en 1860, on comprend facilement les bienfaits pour notre pays de l'instruction gratuite, obligatoire et laïque qui seront à jamais l'honneur de la IIIème République (loi du 1er juin 1878)

On constate donc que notre pays progresse considérablement tout au long de ces années qui ont vu la Révolution industrielle transformer profondément  l'Europe Occidentale. Ne parle t-on d'ailleurs pas de Belle Epoque pour qualifier ce quart de siècle précédant la guerre de 1914-1918 qui va plonger l'Europe dans l'horreur.

Crise économique et démographique

 

histoire du genevoisToutefois ce progrès ne peut cacher une véritable crise démographique en Savoie qui voit nos deux départements perdre près de 100000 habitants entre 1860 et 1920, principalement à cause de l'émigration; c'est à cette époque que naît la légende du petit ramoneur savoyard....

Alors que l'agriculture viticole est fortement frappée par la crise du phylloxéra qui détruit le vignoble à partir de 1870, on voit émerger le développement des "fruitières" qui favorise la collecte du lait et sa transformation en fromage. Quant à l'industrie savoyarde, trop artisanale et manquant de capitaux, elle ne peut rivaliser avec la concurrence française, ce qui engendre une grave crise de 1873 à 1896, qui va engendrer l'émigration des populations savoyardes. Heureusement l'hydro-électricité contribuera au renouveau de l'industrie en Savoie à partir de la fin du siècle.

L'enrichissement général de l'Europe sera quand même très favorable à notre région qui profite des effets bénéfiques du développement du tourisme, favorisé de surcroît par l'amélioration des moyens de communication. Le thermalisme (Aix les Bains, St-Gervais) devient à la mode, tout comme l'alpinisme; tandis qu’apparaît un nouveau sport encore balbutiant, le ski. Chamonix accueille plus de 2000 visiteurs anglo-saxons dès 1865, alors qu'Aix-les-Bains peut s'enorgueillir de compter la reine Victoria au nombre de ses curistes. Comme on l'a vu plus haut, c'est à ce moment que les équipements touristiques (édification d'hôtels, construction de bateaux de plaisance sur nos lacs, etc....) bourgeonnent. A titre d'exemple, c'est en 1905 qu'est lancée la construction du Tramway du Mont-Blanc qui à l'époque est conçu pour emmener les voyageurs de Saint-Gervais au sommet du Mont-Blanc (ce projet d'une ambition folle sera abandonné après la guerre et seule sa première phase a été réalisée)

Aujiourd'hui, le TMB relie le Fayet (580m) au Nid d'aigle(2380m) en 1h15mn

histoire du genevois

 

Plus près de nous, dans le Genevois c'est en décembre 1892 qu'est inaugurée la ligne de train à crémaillère du Salève qui emporte les visiteurs depuis Etrembières au pied du Salève jusqu'à la gare d'arrivée au sommet au lieu-dit les Treize Arbres. En cliquant ici, on pourra aussi découvrir l'article que j'ai publié sur ce blog contant l'histoire de ce train à crémaillère dont subsistent quelques vestiges, encore aujourd'hui ( tunnel du Pas de l'Echelle, ponts, etc....)

 Illustration du tunnel du Pas de l'Echelle au bas duquel se croisaient les trainshistoire du genevois

 

Saint-Julien-en-Genevois sous la IIIème République

A Saint-Julien aussi , on entreprend des travaux pour embellir la cité. Dans ces années on dote l'église d'un clocher digne d'un chef lieu d'arrondissement(1884), on redresse la Grande Rue et on transfère le cimetière  du Cret à son emplacement actuel, et surtout, le 9 juin 1889, on inaugure le tram à vapeur qui relie désormais St-Julien à Genève. 

NB: On notera qu'il ne fallut à l'époque que 6 mois pour réaliser la construction de ce tram  inauguré le 9 juin 1889 qui sera démantelé à la fin des années 1930.
A comparer avec le temps qu'il faut aujourd'hui pour parvenir à reconstruire une nouvelle liaison 

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L'Hotel de Ville construit en 1862-63 de style Second Empire  et le tram à vapeur vers Genève inauguré le 9 juin 1889

Le XIXème siècle touche à sa fin, le XXème siècle fait naître de grandes espérances d'une vie meilleure. La loi de la séparation de l'Eglise et de l'Etat votée le 9 décembre 1905 marquera profondément l'époque et sonnera le véritable début de la laïcité dans la vie publique. Privées de subventions publiques, de nombreuses écoles chrétiennes ferment. A St-Julien, la Présentation de Marie (ouverte en 1834) y survivra mais l'école des frères (inaugurée le 21 janvier 1838) aura bel et bien vécu (1904). 

histoire du genevoisDurant cette période, le grand homme local est César Duval qui fut maire de St-Julien, Président du Conseil Général et sénateur. Il s'illustra aussi comme un historien local de grande valeur avant de disparaître en 1910, à l'age de 69 ans.

C'est entre 1878 et 1880 qu'a lieu la construction de la voie ferrée qui permet à St-Julien d'être desservie par le train (PLM). Il est intéressant de  noter que c'est avec une partie des déblais qu'a été réalisée et nivelée la promenade du Cret dans sa forme actuelle!

En 1912, St-Julien recevra la visite du Président Fallières qui fera bon usage de ce chemin de fer puisque c'est en train spécial qu'il nous rendra visite par une très chaude journée d'été.

 

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Le Président Armand Fallières reçu en grande pompe à la gare de St-Julien

 

histoire du genevoisOn ne peut pas parler de cette époque sans mentionner un journal qui joua un rôle essentiel dans la vie locale, je veux bien évidemment parler du "Cultivateur Savoyard" affectueusement surnommé le Cucu. Ce journal local très populaire dans ce monde agricole connut sa première édition le 5 mai 1877; il disparaîtra en 1962. Durant toutes ces années, outre la publication d'indices et de prix utiles aux agriculteurs, il relatera avec humour les faits divers qui ont lieu sur notre territoire autour de St-Julien.

 

 

  

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La magnifique chapelle dédiée à Saint François de Sales érigée en 1897 au lieu-dit "Les Colonnes" sera tristement démolie dans les années 70 dans des conditions douteuses

Genève avant la première guerre mondiale

La ville se développe rapidement passant d'une population de 60000 hb en 1870 à 97000 à la fin du siècle pour atteindre 120000 hb en 1914. Alors que la première bourse de Suisse a été ouverte en 1850, l'industrialisation de l'économie se produit grace à l'électrification de la cité (construction des usines des Forces Motrices et de Chèvres). C'est à cette époque qu'apparaissent ateliers de mécanique, d'appareillages électriques et d'automobiles qui enrichissent la ville et favorisent l'immigration d'ouvriers étrangers. Par ailleurs la ville profite de l'essor du tourisme dans la région et en fait une activité économique de première importance. En juillet 1891, la ville se dote de ce qui deviendra son emblème à travers le monde: le jet d'eau.

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  Le jet d'eau , symbole de la ville, est à Genève ce que la Tour Eiffel est à Paris

NB: On notera qu'à cette époque Genève ne dispose pas encore d'un terrain d'aviation ( la première piste d'aviation ne sera construite à Cointrin qu'au début des années 1920) et que c'est à Viry qu'ont lieu dans la région  les premières épopées de l'aviation, avec en particulier une grande fête qui a lieu en août 1910 et qui attirera 12000 spectateurs sur les terrains du Comte de Viry, derrière le château. C'est d'ailleurs le 28 aout 1910, un an après que Louis Blériot eut traversé les 40 kms de la Manche, qu'Armand Dutaux traversait pour la première fois le lac Léman de bout en bout, soit une distance de 80 kms sur un aéronef construit par lui et son frère.

 

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Au début du XXème siècle,  Viry est le lieu de rendez vous des merveilleux fous volants dans leurs drôles de machines

La Savoie pendant la Grande Guerre

Au début de la guerre, grande est l’inquiétude que l'Italie ne s'allie avec l'Allemagne et de voir les troupes italiennes fondre sur notre département. Dans un premier temps, la neutralité italienne rassure, puis c'est la joie en Haute-Savoie quand l'Italie s'engage finalement aux cotés de la France en 1915.

Il suffit de se balader dans les villages de notre territoire et de lire les liste des noms qui sont gravées aux frontons des monuments aux morts de nos villages (34 noms pour le seul village de Presilly) pour comprendre quel lourd tribut la Savoie paya à cette guerre; un sacrifice d'autant plus choquant que selon les traités internationaux (Accords du Congres de Vienne confirmés par le Traité de Turin en 1816) une grande partie de son territoire aurait dû être neutralisé par les troupes helvétiques. Ces dispositions ne furent hélas pas respectées et notre malheureux pays fut saigné, d'abord par la guerre puis en 1918 par l'épidémie de grippe espagnole qui sévit dans nos contrées. Si les Savoyards , surnommés les Diables Bleus sur le front Alpin, ont gagné l'estime de leurs compatriotes français pour leur comportement au combat, on estime la saignée à plus de 20000 âmes, soit près de 5 % de la population, un chiffre qui peut monter dans certains villages jusqu'à 9%. 

 

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Le monument aux morts de Presilly avec les noms des victimes de la Grande Guerre sur les 2 cotés

Les conséquences économiques de la guerre sont simples: le commerce zonien avec la Suisse s'effondre puisque si nos achats en Suisse sont divisés par deux, les ventes vers la Suisse sont divisées par cinq, au grand dam des consommateurs suisses. En effet le gouvernement français réglemente celles ci de peur que ces exportations ne servent à ravitailler le Reich; Ces mesures mettent en grand péril l'horlogerie de la vallée de l'Arve qui doit se reconvertir dans le décolletage pour contribuer à l'effort de guerre. En revanche, l'industrie hydro-électrique de la houille blanche connait une forte croissance. D'autre part, la guerre correspond au début du mouvement de la baisse du franc français par rapport au franc suisse , ce qui fragilise les emprunteurs haut-savoyards en francs suisses d'avant 1914.

En résumé, aux champs comme à l'usine, la crise des transports et la pénurie de bras  perturbent l'activité, d'autant plus que la proximité de la frontière dissuade de recourir aux prisonniers de guerre ou de faire appel aux permissionnaires qui pourraient être tentés de se réfugier en Suisse ou en Italie. Dans cette économie largement rurale, les femmes seront ainsi lourdement mises à contribution pendant toute la durée de la guerre.

L'Entre deux guerres

Les zones franches

Plusieurs articles de ce blog ( la zone franche en Savoie, Les zones franches,....) traitent de la raison d'être et de la constitution des zones franches sur notre territoire. Je n'y reviendrai donc pas. Ce qui est sûr cependant, c'est que la France a essayé de revenir sur les privilèges qu'elle nous avait concédés en supprimant de manière unilatérale toutes les zones franches de ce territoire: zone franche du Pays de Gex, zone franche sarde, zone franche de St-Gingolph, et grande zone dite de l'annexion.

 

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 Les zones franches en 1860 au lendemain de l'Annexion

Il faut dire qu'au sortir de la guerre, la France qui suspecte la Suisse d'avoir favorisé l'Allemagne lors du conflit, entend bien profiter, à l'occasion du Traité de Versailles de 1919, de la nouvelle situation politique Européenne au sortir de la guerre et revenir sur deux points qui la perturbent dans ses relations avec la Confédération:

La zone de neutralité de la Savoie du Nord
La zone franche dite zone d'annexion

Cette volonté du gouvernement français de supprimer la zone de neutralité et la zone franche n'est pas sans conséquence pour notre territoire puisque la zone en question dont la France veut changer le statut économique et politique représente environ 70% du département de la Haute-Savoie.

La Suisse, qui n'en a jamais fait usage, et qui est désireuse d'obtenir le soutien de la France pour accueillir à Genève la SDN que lui proposent les Etats Unis, accepte sans tergiverser l'abandon de la clause de neutralité héritée du traité de Turin.

Quant au second point, en 1921, après de laborieuses négociations, France et Suisse signent une convention qui prévoit la suppression de toutes les zones franches entre les deux pays. C'est ainsi que le 10 octobre 1922 le Président du Conseil Raymond Poincarré annonce la suppression des zones, oubliant par là même qu'en Suisse une telle décision doit être ratifiée par un vote populaire. Or la votation du 18 février 1923 repousse par une large majorité la proposition française. Sans égard pour ce vote, la France décide le 10 novembre 1923 de façon unilatérale de  transférer les postes de douane à la frontière politique. Face à la contestation de son peuple et pour se sortir de ce mauvais pas, la Suisse propose alors de s'en remettre au tribunal international de la Haye, ce que la France refuse dans un premier temps. Les Suisses en font alors un préalable à l'acceptation de leur abandon de la zone de neutralité, ce qui a pour effet de faire céder les Français

En conséquence, un compromis d'arbitrage est signé le 30 octobre 1924, compromis qui ne sera ratifié que le 31 mai 1928. La zone de neutralité est alors définitivement supprimée tandis qu'il faudra attendre encore 4 ans pour obtenir, le 7 juin 1932, le verdict du tribunal international sur l'affaire des zones franches. Celui-ci autorise la France à supprimer la zone d'Annexion qu'elle a créée de façon unilatérale en 1860, mais en revanche le verdict lui impose de maintenir les petites zones (Pays de Gex et zone Sarde) qui sont garanties par un traité international et par les Puissances signatrices (Congres de Vienne en 1815, Traité de Paris en 1815 et Traité de Turin en 1816). En conclusion, la France doit reculer ses frontières douanières sur la ligne des zones, ce qui sera fait au 1er janvier 1934.

NB: On notera que les intérêts des savoyards du nord n'ont pas compté pour grand chose dans cette négociation qui s'est faite par dessus leur tête. Il faut dire qu'Annecy avait fortement œuvré pour que la Grande zone, qui dérangeait ses intérêts, soit abolie. Un exemple manifeste de la divergence d’intérêt entre le nord du département et son chef lieu.

Le 1er janvier 1934 est donc restaurée dans le Genevois français la zone franche (communément appelée petite zone ou zone sarde) qui, si elle fut très favorable aux agriculteurs en devenant le "jardin de Genève", a peut-être nui au développement industriel de par une application contraignante et tatillonne des autorités françaises.

Indépendamment de cet imbroglio, un événement important va se produire pour notre territoire avec l'installation à Genève de la Société Des Nations (SDN) première ébauche voulue par le Président Américain Woodrow Wilson de ce qui deviendra après la seconde guerre mondiale l'ONU. Cette installation  fait suite à la politique voulue par Genève de jouer un rôle international dans le domaine du droit international. C'est ainsi qu'après la création par le Genevois Henri Dunant de la Croix Rouge en 1864 , Genève accueillera le premier congrès de la Première Internationale Socialiste en 1866, et le Congrès de la Paix en 1867. Cette reconnaissance internationale confère à la cité du bout du lac un rôle et un prestige sans commune mesure avec sa taille de ville moyenne. Ce rayonnement planétaire de Genève sera un atout décisif pour notre territoire dans la seconde partie du XXème Siècle. C'est à cette période que commence le formidable essor de Genève qui prendra toute sa mesure après la seconde guerre mondiale (voir plus bas).

La décennie de prospérité qui s'ensuit de 1920 à 1930, et qui voit les Genevois investir fortement de l'autre coté de la frontière et particulièrement à Annemasse, sera cependant brutalement remise en question par la Grande Crise mondiale issue du krach boursier de Wall Street en Octobre 1929.

histoire du genevois

Le premier siège de la Société des Nations en 1928

 

La vie du territoire dans les années folles

Notre territoire profite pleinement du décrochage du Franc Français par rapport au Franc Suisse, qui favorise nos exportations vers Genève et le commerce de luxe à destination de la clientèle genevoise, ainsi que l'accueil  de cette clientèle sur nos sites touristiques, ce qui contribue à faire du tourisme une activité économique de première importance.

L'essor du tourisme se concrétise pour notre région par l'organisation des premiers Jeux Olympiques d'hiver à Chamonix en 1924 où un certain Pierre Brunet s'illustra en devenant le premier médaillé olympique français (médaille de bronze en patinage artistique) des Jeux d'hiver.

 

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 Pierre Brunet et sa partenaire Andrée Joly

Par ailleurs, un symbole de ce dynamisme économique peut s'illustrer par la tenue en 1925 de la première édition de la Foire de La Roche qui deviendra en moins d'un siècle l'une des foires les plus importantes de la région Rhône Alpes puisque pour ses 90 ans, elle a accueilli du 1er au 11 mai 2015 près de 100000 visiteurs.

 

histoire du genevoisSur un plan local, les 2 hommes politiques importants sont Fernand David (photo) et Louis Martel. Le premier s'installe à St-Julien en rachetant la propriété Jacquemard (dont mes ancêtres furent les fermiers) qui est mieux connue aujourd'hui sous le nom de Maison David. Président du Conseil Général de Haute-Savoie, sénateur, il sera, à partir de 1913 et à plusieurs reprises un ministre de l'agriculture reconnu pour sa compétence et son sens de l'organisation; Ces qualités lui vaudront d'ailleurs  d'être nommé commissaire général  de l'Exposition Internationale des Arts Décoratifs et Industriels de 1925. C'est à lui que l'on doit le classement de St-Julien en station climatique, ce qui permettra à la cité frontalière d'accueillir un casino au début du XXI ème Siècle.

Quant à Louis Martel, originaire de Thairy, il sera député sans interruption de 1932 à 1956 et aussi Président du Conseil Général. On notera qu'il eut une conduite exemplaire dans les heures les plus sombres de notre pays, refusant de voter les pleins pouvoirs au Gouvernement de Vichy et déclinant des nominations, ce dont il s'expliqua par une lettre courageuse: 
" Comme Savoyard et comme français , je refuse le titre que vous m'offrez, car il implique en soi l'acceptation de la collaboration. Je pense qu'on subit l'occupant, mais qu'on ne collabore pas avec lui"

Les infrastructures de l'entre deux guerres

En 1923 est lancée la construction du tram St-Julien - Annecy. Ce projet pour lequel le second pont de la Caille a été construit fut malheureusement abandonné dès l'année suivante. En 1926 a lieu la construction du bâtiment des douanes à Perly suite à l'abrogation de la zone franche et au rétablissement de la barrière douanière sur la frontière. Le 16 février 1929, l'hôpital de St-Julien est détruit par un incendie; il sera reconstruit et le nouvel édifice sera inauguré le 29 novembre 1931. L'année suivante, c'et au tour de la nouvelle poste d'être construite.

En 1932, on construit le téléphérique du Salève qui sonnera le glas du train à crémaillère qui existait depuis 1893 et dont il reste encore aujourd'hui quelques vestiges ( tunnel du Pas de l'Echelle, ...)

 

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 La gare d'arrivée du téléphérique du Salève surplombant la nappe de brouillard

La Savoie pendant la guerre

L'occupation

Alors que les Allemands avaient tenté d'occuper la Savoie du Nord pour contrôler la frontière avec la Suisse, l'armistice arrête la Wehrmacht dans son élan à Rumilly. Dans un premier temps, notre territoire est situé dans la zone libre et ne souffre donc pas trop de la guerre même si les barbelés s'élèvent tout le long de la frontière avec la Suisse et que les privations sont réelles. Ce n'est qu'après le franchissement de la ligne de démarcation par les Allemands le 11 novembre 1942 que survient l'Occupation. Après une première présence des Allemands du 13 novembre au 10 décembre, ce sont finalement les troupes italiennes qui vont occuper notre territoire. où ils maintiendront l'ordre en luttant contre les premiers camps de maquisards mais sans trop sévir contre les juifs. Début septembre 1943, après la capitulation de l'Italie, les troupes allemandes reviendront pour reprendre à leur compte l'occupation de notre territoire qui deviendra alors beaucoup plus brutale.

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 Les zones d'occupation italienne et allemande pendant la seconde guerre mondiale

Les contrôles sur la frontière se renforcent, en particulier pour empêcher les fuites de ressortissants français vers la Suisse. Une double rangée de barbelés séparait la France de la Suisse, le long de la route de St-Julien à Annemasse: l'une érigée par les Allemands coté français, tandis que l'autre l'avait été par les autorités suisses. Quiconque était pris à franchir ces lignes pouvait être abattu sans sommation, ce qui arriva malheureusement à un habitant d'Archamps. L'activité économique est ralentie, les provisions sont rationnées, ce qui n’empêche pas une grande fraternité et solidarité dans le milieu paysan.
On notera que malgré cela notre territoire fut un théâtre privilégié pour ceux qui fuyaient l'Occupation Allemande et qui grâce à l'aide de nombreux justes (comme les pères du Juvennat de Ville-la-Grand) ou de quelques courageux paysans locaux purent s'évader vers la Suisse.

La Résistance et les maquis


Notre département s'illustra et joua un rôle important pendant la guerre, particulièrement après 1943, car de nombreux jeunes français qui voulaient échapper au STO sont venus se réfugier dans les maquis qui se développaient dans les montagnes. Le plus célèbre d'entre eux est bien entendu celui des Glières qui participa pleinement au mythe de la Résistance. Rappelons que récemment Nicolas Sarkozy, Président de la République vint y honorer ses héros chaque année durant son mandat.

Accueillant le Général De Gaulle à Annecy, le 4 novembre 1944, le maire lui déclare " Vous êtes ici, mon général, chez les derniers venus à la communauté française, mais non les moins ardents à la chérir, à la servir, à la défendre."

 

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Comme indiqué plus haut, de par sa proximité avec la Suisse, notre territoire connut une activité importante et clandestine pour faire passer les réfugiés ( y compris de nombreux juifs, surtout à partir de fin 1942) vers la Suisse. Crache, hameau de Sait-Julien, où vivait ma famille était l'un de ces points de passage et mon oncle Eugène Megevand  permit à nombre d'entre eux de passer en Suisse grâce à sa parfaite connaissance des lieux tandis que son frère Léon Megevand, dit "Givaudan", s'illustra en passant lui des documents de renseignement pour la Résistance.

Alors que l'occupation allemande était supportée tant bien que mal par la population, l’extermination d'un groupe de jeunes maquisards par les Allemands à Habère Lullin à Noel 1943 révolta la population qui chercha alors vengeance et l'escalade de la violence et de la terreur commença. En fin d'année 1943 se constitua le maquis FTP du Vuache sous le commandement du Commandant Jacquard (mieux connu sous le pseudonyme de Gros). C'est l'époque où les maquis se développent dans toute la Haute-Savoie par l'apport des jeunes français qui fuient le STO et aussi par une volonté qui s'affirme de plus en plus de résister à l'occupant.

Quant aux conséquences économiques de la guerre  elles sont simples: les échanges avec le canton de Genève s'écroulent, entraînant un appauvrissement de toute la région.

 

Le Genevois sous l'ocupation allemande et la libération de Saint-Julien

Notons que Saint-Julien-en-Genevois fut, grâce à l'action du commandant Pierre Ruche et de son adjoint Marcel Fivel, la première ville libérée de Haute-Savoie le 16 août 1944 . Voici le récit qu'a fait mon père de cette journée et du mois qui précède dans ses mémoires. Son témoignage est digne d’intérêt puisque mon père Louis Brunet et son frère Alfred exerçaient alors une activité d'expéditeurs de fruits, ce qui les amenait à se rendre dans tout le département. On notera que pour pouvoir faire circuler leurs camions ils disposaient de 2 laissez passer: un des Allemands pour pouvoir exercer leur activité et sillonner le département, et un autre (secret celui-là) de la Résistance pour laquelle  leurs courageux chauffeurs (MM. David et Stopfort) effectuaient le transport d'armes dans leurs camions.

 

"Après ce "braquage" par les Allemands à Etrembières le 14 juillet 1944, nous crûmes rêver en arrivant à Bonneville: la ville était en effervescence, des drapeaux français flottaient partout, la ville était aux mains des maquisards; à Cluses, les Allemands étaient les maîtres et patrouillaient en ville. A Sallanches, de nouveau les maquisards tenaient la ville...Ces péripéties illustrent bien le climat qui régnait en Haute-Savoie, un mois avant la libération"
L'occupant était devenu nerveux, comme il l'avait déjà montré en organisant la rafle du 9 juin 1944 à St-Julien, cueillant 43 habitants à leur domicile (
dont mon père), aux premières lueurs de l'aube pour interrogatoire à la sous-préfecture.

"Le 16 aout au petit matin, les résistants et maquisards de l'AS envahissent la ville et se dirigent vers  Perly et l'Hotel de France, les deux postes occupés par la garnison allemande. Alors que le poste de Perly fut rapidement pris par MM. Borgognon et Fivel, les Allemands barricadés dans l'Hotel de France refusaient de se rendre et faisaient feu sur les assaillants ( Un jeune français, Guy Bouchet sera d'ailleurs tué dans l’échauffourée). Les otages pris à Perly furent alors amenés devant leurs collègues pour les exhorter à se rendre. Après palabres et contre la promesse d'être conduits sains et saufs à la frontière suisse (promesse qui fut respectée), les Allemands de l'Hotel de France se rendirent au Commandant Pierre Ruche. A 17 heures, Saint-Julien était libérée.

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Reddition du PC Allemand

Puis on emmena les 4 otages Allemands  à Viry pour tenter la même manœuvre avec leurs compatriotes. Le soir tombé, la tension était à son comble car les Allemands avaient incendié Valleiry. C'est alors que le Sous-Préfet, ivre, rejoint les maquisards à Viry et exécuta les 4 malheureux otages avec sa mitraillette.

Il faut dire que la brigade de Cruseilles, dite brigade rouge et composée de fanatiques, avait attaqué brutalement le QG allemand de Valleiry, ce qui avait provoqué le retour d'une compagnie de SS venue du Fort L'Ecluse pour venger leurs compatriotes. Sur leur passage, ils avaient mis à feu et à sang les villages de Chevrier, Bloux puis Valleiry, incendiant les maisons et fusillant tous les hommes qu'ils trouvaient. Ce soir là une grande partie de la population, terrorisée, se réfugia le long de la frontière suisse, mais heureusement les SS n'allèrent pas plus loin que Valleiry. Le lendemain, ils avaient quitté le Fort l'Ecluse pour poursuivre leur retraite vers l'Allemagne".

Peu à peu, ce fut l'ensemble du département qui fut libéré, Annecy devenant le centre de décisions des résistants. L'état de droit n'était pas encore rétabli et les résistants de la dernière heure purent se livrer à leur travail de revanche et de vengeance, ce qui ne fut pas le meilleur souvenir de cette période troublée.

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Groupe de résistants fêtant la libération à Crache le 16 août 1944 -
Sur la photo, on peut reconnaître mes 3 oncles Marius et Eugène Megevand ainsi qu'Alfred Brunet


La renaissance des trente glorieuses et l'essor économique de la fin du XXème siècle

Après la guerre, on peut dire que notre territoire va connaitre un age d'or, tout particulièrement à partir de la fin des années 1960. Cet essor démographique et économique, à part une crise sévère dans les années 1993-1994, ne s'est pas vraiment démenti depuis, accélérant même depuis l'an 2000.

A Genève

La croissance démographique se poursuit puisque la population de la ville après une stagnation de 30 ans au sortir de la grande guerre passe de 125000 hb en 1920 à 175000 hb en 1960 pour atteindre 196000 hb en 2014. Dans le même temps, la population du canton passe de 135000 hb  à 480000 hb en 2014.

NB: Dans le même temps la population de la Haute-Savoie est passée de 240000 hb en 1920  à 332000 hb en 1962 pour atteindre 760000 hb en 2014.

Au plan économique on assiste au développement des industries bancaires, horlogères, mécaniques et chimiques qui seront les fers de lance de la prospérité genevoise tout au long du XXème Siècle et dont notre territoire avoisinant bénéficiera grandement après la seconde guerre mondiale.

En Haute-Savoie et dans le Genevois Savoyard

Au sortir de la guerre, notre territoire va connaître, comme l'ensemble de la France, un fort développement et un enrichissement, supérieur à la moyenne nationale, qui s'est accéléré à partir des années 1970.

L'aspect démographique

Alors que la Savoie n'a cessé de dépérir démographiquement dans le siècle qui a suivi l'Annexion, passant de 542000 hb en 1860 à  460000 hb en 1921, ce n'est vraiment qu'à partir de 1954, que la population amorcera une courbe de croissance qui ne s'est pas démentie depuis même s'il est important de préciser qu'une forte disparité s'est produite entre la Savoie et la Haute-Savoie puisque notre département va significativement prendre le pas sur la Savoie

 

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Population de la Savoie: 318266 hb en 1860 vs 435000 hb en 2014
Population de la Haute-Savoie: 274057 hb en 1860 vs 760000 hb en 2014 (avec une croissance de 10000 hb chaque année) ce qui nous place au 3ème rang en Rhône-Alpes.
NB: dans le même temps, la population du canton de Genève est passée de 82168 hb en 1860 à 129840 en 1914 pour atteindre 469433 hb fin 2013.

Cette croissance démographique s'explique par la fin de l'émigration, le renouveau de l'activité économique qui donne désormais du travail aux enfants du pays alors que l'attractivité de notre territoire et de Genève contribue à attirer sur notre sol de nombreux immigrants en provenance de régions moins favorisées.

L'aspect économique

Après une période difficile qui suivit la libération, où les denrées étaient rares et l'inflation galopante, l'activité économique se rétablit peu à peu et commence alors la reconstruction, bien aidée par le plan Marshall. C'est une période de forte croissance pour notre région. On notera en effet que notre département s'est beaucoup moins désindustrialisé que d'autres et que le pourcentage du PIB réalisé dans l'industrie y est l'un des plus élevé en France (23% de l'emploi et 35% du PIB départemental, alors qu'au niveau national ce pourcentage est passé en 15 ans de 24 à 14%). Cette bonne performance de notre industrie haut-savoyarde trouve son origine dans des activités diverses comme le décolletage dans la Vallée de l'Arve (65% de la production française), l'Outdoor (dans le Bassin Annécien) ou autres (Eaux Minérales, Meubles, etc....). On remarquera cependant l'un des effets possiblement pervers de la zone franche sarde autour de Genève qui a vu son territoire souffrir d'un manque d'investissement industriel par rapport à ce qui se passait hors zone. Malgré cela, on notera toutefois que la Haute-Savoie s'en sort beaucoup mieux que la Savoie puisque tout comme pour la population , les chiffres de la richesse économique se sont inversés en 150 ans, et que le phénomène s'accroît chaque année en faveur de la "Iaute" (comme on dit par chez nous)

Pour se faire une idée de la richesse de notre département, il suffit de lire les chiffres ci-dessous:


Revenu fiscal moyen par foyer(en 2012):

Haute-Savoie: 32107€
Savoie: 25641€
France: 25135€

On voit donc que le revenu moyen en Haute Savoie est de 28% supérieur au revenu moyen français et qu'il est le plus élevé de la région Rhône-Alpes. Quant on sait que cet enrichissement ne s'est pas ralenti depuis 3 ans et que le Genevois est l'un des cantons les plus riches de la Haute-Savoie, on comprend que notre territoire est ce qu'on peut appeler un "pays de cocagne".

Concernant l'agriculture, elle a perdu beaucoup de son poids relatif dans la richesse du Genevois. Les 30 dernières années ont vu la surface agricole utilisée grandement réduite à cause de la forte urbanisation de notre territoire; ce qui a conduit à la création de ZAP (Zone Agricole Protégée) comme celle qui fut mise en place dans les années 2000 sur les communes de St-Julien, Neydens et Archamps pour protéger les agriculteurs en leur garantissant des terres cultivables. L'arboriculture et les cultures maraîchères restent vivaces. Concernant la production laitière, on a assisté à la disparition des fruitières, avec une collecte faite désormais directement par les groupes laitiers, (ex: Les Laiteries Réunies dans la petite zone franche) Cependant certaines mesures vont lui être favorables: C'est ainsi que l'adoption à partir de 1960 des appellations d'Origine Contrôlée (AOC) va être très favorable à l'activité fromagère de notre département (reblochon par ex.) Dans le même temps, l'essor du tourisme va favoriser la viticulture et l'écoulement des produits régionaux.

A partir des années 70, une véritable manne va se déverser sur les Pays de Savoie grace à l'or blanc ( le tourisme lié aux sports d'hiver). De nouvelles stations d'altitude sont créées (Flaine, Avoriaz) et l'urbanisation des stations de ski génère une forte activité économique qui profite à l'ensemble des  2 départements. Ceci sera couronné par un nouvel accueil des Jeux Olympiques d'hiver en 1992 à Albertville.

Et SaintJulien dans tout cela....

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 L'entrée sud de St-Julien au début des années 1960

Le 12 décembre 1958, le maire de St-Julien, Jean Pissard et l'ensemble de son Conseil Municipal démissionnent pour défendre la zone: ils obtiennent des autorités douanières une nouvelle réglementation, plus souple, dans le fonctionnement de la zone franche. qui donna satisfaction aux usagers et surtout aux acteurs économiques qui souffraient de contrôles tatillons. Le 8 octobre 1960, la ville de St-Julien eut le grand honneur de recevoir le Président de la République Charles De Gaulle ( à qui mon père eut le privilège de serrer la main). En 1965, a lieu la fusion des deux communes de Thairy et de Saint-Julien, ce qui renforce cette dernière comme ville centre du canton. La forte croissance démographique de la ville conduit la municipalité de Mr Desjacques à acheter 16 ha de terrains pour créer la Z.A.C du Puy Saint-Martin.

 

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Le Général de Gaulle à St-Julien reçu par le maire Me Jean Pissard le 8 octobre 1960 pour le centenaire de l'Annexion

 

Pour comprendre l'évolution démographique du Genevois, et plus particulièrement de sa ville centre, Saint-Julien-en-Genevois, rien ne vaut mieux qu'un graphique qui montre comment la population de la cité frontalière est passée de 1300 habitants en 1860 à près de 13000 hb aujourd'hui, soit une multiplication par 10 en 150 ans, avec une accélération significative à partir des années 1970.

Nb:Face à la pénurie de logements dans le Canton de Genève, une part importante de la population genevoise n'a d'autre choix que de se loger de ce coté de la frontière, surtout depuis les années 2000, ce qui contribue à l'explosion démographique des 15 dernières années.

 

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 L'évolution de la population à St-Julien-en-Genevois de 1800 à nos jours

 

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Le quartier des Prés de la Fontaine vers 1960 avec la "nouvelle" gendarmerie en cours de finition

Les raisons de ce formidable développement économique et démographique

Depuis 50 ans, un certain nombre de grands équipements, particulièrement de transports et communications ont permis de rendre notre territoire transfrontalier particulièrement attractif avec une position stratégique idéale reconnue chaque jour un peu plus.

N'est ce pas ici que l'Europe a décidé d'implanter le CERN en 1954? A cheval sur la frontière entre la France et Genève, le Centre Européen de Recherches Nucléaires est leader mondial dans son domaine, et encore plus depuis qu'a été inauguré en 2008 le LHC, le plus grand accélérateur de particules au monde.

 

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 Tunnel du LHC (Large Hadron Collider) sous la frontière franco-genevoise

L'ouverture du tunnel du Mont-Blanc en 1964, couplé avec la réalisation de l'Autoroute Blanche et plus récemment de l'autoroute Liane vers Annecy ont permis de faire du Genevois un canton parmi les mieux desservis en France, proche de l'Italie et de la Suisse, à 10 minutes de l'aéroport international de Genève qui a vu passer plus de 15 Millions de passagers en 2014.La liaison TGV qui met Genève à moins de 3 heures de Paris nous permet aussi d'être relié au réseau européen de lignes à grande vitesse.

Outre la réalisation majeure qu'est le business park ARCHAMPS TECHNOPOLE  qui offre un cadre exceptionnel aux entreprises et un emploi à plus de 1700 personnes, depuis quelques années de gros investissements en loisirs (Multiplex Gaumont d'Archamps, Vitam de Migros, Casino de St-Julien, l'immense discothèque Macumba fermée en avril 2015) relayés par des événements touristiques de premier plan ( Hameau du Père Noel, Grandes Médiévales, Guitare en Scène) ne font qu’accroître la vitalité touristique de notre territoire.

 

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 Le centre Vitam (Migros) à 3 kms de St-Julien-en-Genevois

Tout ceci a contribué à l'essor économique et démographique du Genevois, qu'on pourrait appeler en anglais le "French Geneva County", sans compter l'essor de la vie économique de Genève, qui couplé avec le manque de logement de l'autre coté de la frontière, a contribué à une croissance démographique parmi les plus fortes de France (plus de 2% en moyenne annuelle) avec plus de 80000 personnes qui traversent la frontière chaque jour pour aller travailler à Genève

NB: On notera aussi que les postes de douane de la zone franche ont été supprimés (au Chable, à l'Eluiset, à Valleiry et Etrembières, etc...); celle-ci existe toujours mais est désormais "dématérialisée", avec le concours occasionnel de la "Volante" que l'on voit fréquemment sur les routes autour de Saint-Julien-en-Genevois.

Le rapprochement avec Genéve

Tous ces événements qui ont été accélérés par la signature en 2002 des bilaterales entre l'Europe et la Suisse ont conduit les responsables politiques français et suisses à chercher des moyens pour coordonner et harmoniser le développement transfrontalier. Cette volonté de travailler ensemble s'est concrétisée par la signature en 2007 du Projet d'agglo Franco Valdo genevois (renommé depuis Grand Genève) qui malgré quelques vicissitudes et quelques obstacles mis sur sa route d'un coté par les Annéciens, de l'autre par les partis populistes genevois permet quand même de tendre vers une collaboration plus forte entre Genève et son arrière pays.

 

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 Les différentes étapes de la formation du Canton de Genève

A ceux qui peuvent être surpris de mes propos, on rappellera que comme on a pu le découvrir tout au long  de cet exposé, les destinées et les intérêts de la Savoie du Nord et tout particulièrement du Genevois frontalier ne sont pas toujours communs avec ceux de la Savoie prise dans son ensemble. Ce qui nous différencie de nos amis savoyards, voire même de nos amis Annéciens, est bien entendu notre proximité avec Genève, capitale économique de notre territoire, qui suscite bien des jalousies. Et si notre destinée de réunion avec notre capitale ne s'est pas concrétisée ( une opportunité magnifique ayant échoué par la seule faute des habitants de Genève qui ne voulurent pas de leurs cousins catholiques en 1815), cela ne nous empêche pas d’œuvrer au rapprochement des 2 composantes du Genevois, le français et le suisse.
Au fil des ans, chacun a bien compris des deux cotés de la frontière ( à l'exception de quelques extrémistes ignares) que nos intérêts économiques et culturels étaient liés et que Genève avait autant besoin de son arrière pays savoyard que nous avions besoin de Genève pour notre prospérité. Cette interconnexion est d'autant plus évidente depuis l'entrée en vigueur des accords bilatéraux en janvier 2002.

Les bilatérales

Au cœur géographique de l'Europe, Genève n'est institutionnellement pas dans l'Europe puisqu'en 1992 une votation populaire Suisse a refusé que la Confédération Helvétique ne rentre dans l'Union Européenne: on rappellera cependant que si le 6 décembre 1992 le non (pour rejoindre l'UE) gagne à 50.3% dans l'ensemble de la Suisse, les Genevois ont eux voté à 78.1% pour entrer dans l'Espace Economique Européen. Quoi qu'il en soit ce résultat conduit la Suisse à entrer dans des négociations bilatérales avec l'UE.

En décembre 1998 un accord est signé à Vienne, concernant 7 secteurs, qui prévoit, entre autres, la libre circulation des personnes entre les pays d'Europe et la Suisse. Cet accord,validé par la population helvète lors d'une votation en mai 2000, a grandement facilité l'octroi d'un permis de travail pour les non résidents en Suisse, et en particulier pour les frontaliers résidant en France voisine. Il suffit de jeter un coup d’œil au graphique ci-dessous pour comprendre le puissance du phénomène depuis le début des années 2000. La forte croissance démographique que l'attrait de Genève a engendrée en France voisine dès les années 1970 a généré des problèmes financiers pour les communes françaises voisines du canton et il est donc nécessaire de parler ici des fonds frontaliers, mis en place pour y remédier.

 

Les Fonds frontaliers

En préambule, rappelons que le canton de Genève retient à la source les impôts des frontaliers qui travaillent à Genève, en contradiction avec la règle généralement admise dans la plupart des pays qui voit les salariés payer leurs impôts sur leur lieu de résidence. Pour compenser le manque à gagner des communes de l'Ain et de la Haute-Savoie limitrophes du canton de Genève qui hébergent les travailleurs frontaliers, une négociation eut lieu entre l'Association des Maires des Communes Frontalières et le Canton de Genève, ce qui déboucha, non sans mal, sur la signature d'un accord entre la France et la Suisse le 29 janvier 1973.

Par cet accord, le Canton de Genève acceptait de rétrocéder aux communes françaises frontalières de Genève une compensation financière prélevée sur les impôts payés par les frontaliers à Genève et égale à 3.5% de la masse salariale de référence; cette compensation genevoise mieux connue sous l'appellation fonds frontaliers est destinée à financer les investissements et le fonctionnement des communes françaises où résident les travailleurs frontaliers.

Notons que 76% de ces fonds sont attribués à la Haute-Savoie et 24% au département de l'Ain, tandis que l'Etat Français ne perçoit rien sur cette manne financière. Le montant payé aux différentes communes est calculé au prorata du nombre de frontaliers recensés dans chaque commune par rapport à l'ensemble des frontaliers déclarés.

Depuis lors, ces fonds frontaliers ( 5.125 Millions de CHF en 1973) se sont considérablement accrus pour atteindre 273 Millions d'euros en 2014. Même si leur répartition a évolué depuis leur entrée en vigueur, puisque les communes ne reçoivent plus que 55% du montant payé par Genève contre 45% pour le Département, ces fonds sont extrêmement importants pour le budget de nos communes (près de 5 M€ à Saint-Julien-en-Genevois en 2014)

On ne saurait clore ce paragraphe sans adresser un formidable bravo et un grand remerciement aux quelques personnes qui se sont battues bec et ongles pour arracher cet accord: Sans aucun soutien des instances départementales et nationales, ils durent se battre contre le mépris du Président du Conseil Général et du Préfet de Haute-Savoie de l'époque pour faire triompher leur cause. Ils furent des visionnaires à qui notre territoire doit beaucoup et ils méritent tout notre respect et notre gratitude. Saluons tout particulièrement MM. Gilbert DUBOULE & Jean BABEL du coté genevois et Lucien VINDRET, maire de Collonges sous Salève, Louis SIMON, maire de Gaillard, Pascal MEYLAN, maire de Ferney-Voltaire, Marcel ANTHONIOZ, maire de Divonne, et Max PREAU qui dirigeait alors le Groupement des Frontaliers pour la partie française. Ces hommes se sont battus contre vents et marée pour faire aboutir le premier accord franco-genevois qui est selon moi l'acte fondateur du Grand Genève, où des deux cotés de la frontière on a heureusement compris qu'on ne pouvait s'ignorer et qu'il était indispensable de coopérer intelligemment.

NB: Pour en savoir plus, je recommande vivement la lecture de l'article d'Henry Chevalier ci-dessous.

Le Grand Genève et l'avenir franco-genevois

Bien que ne faisant pas partie de l'Union Européenne, je suis convaincu que d'être aux frontières de l'Union Européenne est sans conteste un atout considérable pour Genève par rapport aux autres villes suisses. Ville internationale de renommée mondiale, Genève abrite de nombreuses organisations internationales liées à l'ONU ( BIT, OMS, OMC, OMPI, etc... ) et compte plus de 35000 fonctionnaires internationaux. Elle accueille aussi de nombreux sièges d'entreprises multinationales (plus de 100 au nombre desquelles des géants comme Procter & Gamble, Carghill, et bien d'autres...); enfin la cité du bout du lac est aussi un centre de premier plan pour les Conventions et Congrès internationaux.

La beauté et la qualité du cadre de vie, sa localisation géographique et la qualité des moyens de communication qui desservent le Grand Genève (TGV, Aéroport de Cointrin, Carrefour d'autoroutes) en font l'un des territoires les plus attractifs d'Europe, qui, pour donner sa pleine mesure, a absolument besoin de son arrière pays français et de sa population frontalière qui lui apporte sa force de travail et ses compétences multiples.

 

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 Genève et son arrière pays français sont au cœur géographique de l'Europe Occidentale et de l'Union Européenne

Conscients de l'interdépendance de nos deux territoires, les représentants de Genève et de la France voisine (Pays de Gex, Genevois français, Agglomération d'Annemasse...) ont compris qu'il fallait donner un cadre juridique pour organiser la collaboration entre les deux parties de l'espace transfrontalier.  Après l'instauration du CRFG en 1973, la volonté s'est manifestée d'aller plus loin dans le resserrement des liens et c'est ainsi que fut signé en 2007 un pacte, renouvelé en 2012, le Projet d'Agglomération Franco-Valdo-Genevois. Cet acronyme jugé un peu compliqué à comprendre à fait place depuis quelques années à l'appellation Grand Genève, plus parlante, qui permet aux autorités politiques des deux cotés de la frontière, ainsi que dans une partie du Canton de Vaud, de travailler ensemble pour harmoniser le développement de notre bassin de vie. C'est ainsi que le lundi 28 janvier 2013, le Comité de pilotage du Grand Genève fait place au Groupement local de coopération transfrontalière (GLCT). Cette nouvelle organisation politique, administrative et de concertation permet de pérenniser et renforcer la gouvernance de l’agglomération. Structure de droit public suisse, il dispose de la capacité juridique et de l’autonomie budgétaire et fonctionne comme l'entité responsable de la politique des agglomérations au regard de la Confédération Helvétique. Il constitue ainsi le premier GLCT de droit suisse chargé de la conduite d’un projet d’agglomération transfrontalier. Les élus suisses et français y sont représentés de manière équilibrée.

 

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Les membres élus, français et suisses, du premier GLCT



Pour comprendre ce que représente le Grand Genève à l'échelle économique Cliquer ici pour découvrir les chiffres clés de ce territoire, l'un des plus dynamiques de la région Rhône-Alpes.

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Frontières (----) du Grand Genève et de l'ARC 

Au sein de cette organisation transfrontalière qui comprend du coté suisse le canton de Genève et une partie du canton de Vaud, les intérêts français sont regroupés au sein de l'ARC (Association Régionale de Coopération du Genevois Français) qui encercle Genève du Pays de Gex à Thonon en passant par le Genevois, Annemasse Agglo et le Bas Chablais.

Et quoi de mieux pour rapprocher les gens que de mettre en place un réseau de transport qui va faciliter les échanges et la complémentarité des deux faces d'un même territoire. C'est ce qui a été réussi avec la décision de construire le CEVA.

Un exemple d'intégration transfrontalière : Le CEVA

Une véritable révolution dans les transports publics régionaux va se produire prochainement avec l'ouverture du CEVA, renommé récemment Léman Express, le RER transfrontalier qui reliera en 2019 la ville d'Annemasse à la gare de Cornavin en 20 minutes. Ce maillon essentiel (dont on parle depuis 1912) qui traversera Genève en souterrain va permettre de relier l'ensemble du territoire dans un rayon de 60 kms autour de Genève grâce à des interconnexions pratiques et rapides qui permettront aux savoyards d'Annecy ou de Saint-Gervais de se rendre facilement et rapidement à l'Aéroport de Genève ou dans le Canton de Vaud. Outre le service rendu aux populations locales, un des effets induits sera de favoriser le tourisme en Haute-Savoie puisque les stations de ski Haut-Savoyardes deviendront plus proches de Genève que celles du Valais alors qu'Annecy sera plus proche de Genève Aéroport que ne l'est Montreux. Une véritable révolution dont peu de gens ont aujourd'hui saisi l'impact profond qu'il entraînera dans la mobilité des populations dans et atour du Grand Genève.

 

histoire du genevois

 

 Le futur RER franco-Valdo-Genevois : le CEVA

Vous trouverez plus d'informations et une vidéo de présentation sur le site internet: www.ceva-france.fr

Quelques pistes d'avenir pour assurer la prospérité de notre territoire.

Alors que le cours élevé du franc suisse peut à terme poser problème à l'économie suisse, il est urgent que les acteurs économiques genevois prennent conscience du fabuleux atout compétitif qu'ils ont sur leurs concurrents de Zurich en disposant de l'arrière pays du Genevois français où ils pourraient à bon escient installer back-offices et logistique afin de pouvoir être le plus compétitif possible pour aborder les marchés européens.

Il serait opportun de créer quelques pôles d'excellence des 2 cotés de la frontière: un premier exemple étant celui du Bio Tech qui se développe à la fois à Genève mais aussi à St-Julien et Archamps. On rappellera que le dispositif français d'aide à la recherche et à l'innovation, le Crédit Impôts Recherche est particulièrement incitatif à investir en France.

Jouer la carte de l'international en faisant de notre territoire un lieu d'implantation favori pour les entreprises non européennes (Américaines et Chinoises) des  deux cotés de la frontière, avec des équipements de premier plan (école chinoise, école coréenne....) qui rendront notre région incontournable.

La revitalisation des zones franches (Pays de Gex et Genevois) est une autre piste à explorer: il faudrait leur permettre de  bénéficier de concessions sociales et fiscales pour accroître leur attractivité et permettre leur développement face à Genève. Faire bénéficier les entreprises agricoles ou alimentaires installées dans ces zones du label "SWISSNESS"

On le voit, les pistes sont nombreuses, qui tendent toutes à affermir la situation de notre territoire transfrontalier comme l'un des plus dynamiques et vivants d'Europe, et cela dans un cadre naturel de toute beauté.

La Savoie: française ou pas?

On ne saurait traiter de l'histoire de notre Pays de Savoie sans mentionner l'existence de mouvements régionalistes voire indépendantistes. C'est ainsi que dans les années 1970, se crée le MRS, un mouvement qui milite en faveur d'une région Savoie. Malheureusement, le 15 mai 1973, les votes des deux Conseils Généraux écartent cette perspective au profit d'une réunion à la région Rhône-Alpes. Depuis lors les tentatives de ce mouvement n'ont pas rencontré le succès auprès des électeurs savoyards.

Quant à la Ligue Savoisienne qui dans les années 1990 cherche à retrouver une indépendance vis à vis de la France , ce pays qui n'a pas respecté les clauses du traité d'Annexion, elle va beaucoup plus loin, puisqu'elle souhaite ni plus ni moins se séparer de la France. Lisons ce qu'écrit Jean de Pingon (l'un des fondateurs de la Ligue) dans son livre "Savoie française": 

"Le paquebot France va au devant des flots qui l'engloutiront. Il entraîne dans son sillage la goélette Savoie, derrière lui arrimée. La goélette Savoie est certes bien moins impressionnante que le paquebot France, pourtant elle est mieux taillée pour affronter la tempête que ce paquebot dont les moteurs s'arrêteront bientôt et qui ne tiendra plus aucun cap lorsque le"s flots gronderont."

Sans partager les revendications de la Ligue,(dont le rayonnement est fortement déclinant depuis quelques années) je déplore cependant vivement que l'histoire de notre pays ne soit pas enseigné aux enfants qui habitent notre région. Ce n'est pas renier la France que dire que nous ne sommes français que depuis 150 ans alors que nous fûmes indépendants pendant 800 ans. Il est aussi nécessaire pour bien comprendre l'histoire du Genevois d'intégrer le fait que celui-ci n'a pas toujours eu (c'est encore vrai aujourd'hui) les mêmes intérêts qu'Annecy, et à fortiori que la Savoie propre. On notera à ce sujet l'existence de la Confédération Savoisienne qui, tout en défendant les droits de la Savoie issus du Traité de Turin, prend en compte cette dimension Savoie du Nord, et se bat pour faire exister la (petite) zone franche.

Pour savoir où l'on va, il est essentiel de savoir d'où l'on vient, et c'est bien ce que j'essaie de faire à mon modeste niveau en publiant cette histoire du Genevois. D'autre part, en tant que Savoyard, on ne peut pas ne pas s’inquiéter de la création de cette nouvelle région Rhône-Alpes Auvergne dont les leviers de pouvoir s'éloignent inexorablement de notre région. Il est sans doute souhaitable que le mouvement du MRS se revigore pour soutenir les efforts des deux Présidents de Conseil Départemental, MM. Christian Monteil et Hervé Gaymard qui envisagent de fusionner les deux départements à condition que les compétences qui lui soient octroyées soient intermédiaires entre celles d'un nouveau département (après la réforme territoriale) et celles d'une région à part entière. Dans cette optique, je compte sur M. Monteil, homme de dialogue et d'ouverture qui est devenu le Conseiller Départemental de notre canton pour comprendre notre spécificité et défendre nos intérêts. Je suis aussi confiant du fait que ce soit la député de notre circonscription Virginie Duby-Muller qui va s'occuper des relations transfrontalières; elle a les compétences, la stature et le sens de la diplomatie pour négocier au mieux de nos intérêts avec nos amis suisses. La Haute-Savoie, et les Pays de Savoie dans leur ensemble ont tout à gagner d'un Genevois fort et prospère

histoire du genevois

 La fête du lac à Annecy

 

 Conclusion

 histoire du genevois

 Le Mont-Blanc vu du haut du Salève, la montagne si chère au cœur de tous les Genevois

Comme nous l'avons vu dans cette histoire du Genevois, le destin de ce territoire qui avait toutes les raisons d'être intimement lié à celui de sa "capitale" Genève a été contrarié à de nombreuses reprises essentiellement pour des raisons d'abord religieuses puis politiques qui se sont avérées plus fortes que les raisons géographiques ou économiques. Cette situation est-elle figée à jamais? bien malin qui pourrait en jurer. Ce qui est sûr, c'est que des 2 cotés de la frontière, des gens bien intentionnés essaient de se libérer des contraintes politiques pour trouver des moyens de faire vivre ensemble, et le mieux possible, deux populations qui partagent le même bassin de vie et qui ont des intérêts communs. C'est dans cet esprit de dialogue et de coopération que seront trouvées les solutions qui assureront un avenir radieux à nos enfants.

Quand on aura ajouté que nombre de genevois français sont des binationaux franco-suisses et que le nombre de genevois de nationalité suisse sont chaque jour plus nombreux à s'installer en France voisine faute de logements dans le canton de Genève, on comprend à quel point cette interpénétration des deux populations est forte, quoi qu'en disent les partis extrémistes genevois qui n'ont rien compris au film, eux qui se nourrissent souvent de partisans fraîchement arrivés à Genève, méconnaissant l'histoire commune de nos deux territoires, et uniquement soucieux de préserver leur confort.

Si pendant des siècles Genève fut une ville fermée, à l'abri de ses murailles (qui ne furent démolies que vers 1850), la croissance urbaine très forte au XXéme Siècle l'a transformée en une agglomération transfrontalière au centre d'un bassin de vie qui compte près d'1 million d’âmes et qui s'étale jusqu'à 20-30 kms du centre ville. Le développement et la prospérité  de Genève seraient fortement compromis sans l'apport de main d'oeuvre et de compétences des frontaliers et sans l'espace qu'offre la France voisine. Parallèlement, la prospérité dont bénéficient le Pays de Gex et la Haute-Savoie, et particulièrement le Genevois savoyard, doivent énormément à Genève. C'est donc une collaboration étroite recherchant le gagnant-gagnant qui doit être privilégiée à toute forme d'antagonisme. Il est temps que chacun s'en convainque, de part et d'autre de la frontière, afin que celle-ci ne résiste pas à notre envie de vivre ensemble.

 

histoire du genevois

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Sources

www.lasalevienne.org

Le Genevois - Marie-Thérèse Hermann
L'histoire du Département de la Haute-Savoie - A. Folliet - C. Duval - M. Bruchet
Saint-Julien en Genevois - Abel Jacquet
Savoie française, Histoire d'un pays annexé - Jean de Pingon
Atlas Historique du Pays de Genève - Claude Barbier & Pierre-François Schwarz
St-Julien en Genevois 1940-1944 - La Résistance - Michel Duparc, Jean-Claude Ruche, Yves Duparc

La Savoie, ses relations avec Genève et la Suisse - Université de Genève

Articles connexes d’intérêt:

Histoire de la Savoie de 1860 à 1914 - Wikipedia
La grande zone franche par Jean de Pingon
L'affaire des zones franches devant la cour permanente  de justice internationale
Suisse et Savoie - La zone franche de haute-Savoie par L. Paul-Dubois
L'affaire des fonds frontaliers par Henri Chevallier

 

Remerciements

Je voudrais remercier ici les membres de la Salèvienne , la société d'histoire de notre territoire qui fait un travail exemplaire, et particulièrement son président M. Claude Megevand, qui m'a donné gout à l'histoire de ce pays singulier. Je ne saurai trop vous recommander de rejoindre cette communauté enrichissante d'amoureux de l'histoire de notre Salève et du bassin genevois.

Je voudrais aussi remercier les historiens qui ont écrit ou réalisé des conférences sur le sujet ( MM. Amoudruz, Amoudry, Barbier, Regat, etc...) et les amis qui m'ont prété leurs livres (Mme Martine Clément, MM. Gilbert Balleydier, Michel Duparc, Bernard Gaud, Jean-Luc Daval, etc....).


Enfin je tiens à rendre ici un vibrant et respectueux hommage au Pr Paul Guichonnet, le grand historien de l'histoire de la Savoie dont les connaissances et le gout de les partager en fait l'un des Savoyards les plus remarquables qu'il m'ait été donné de rencontrer. Un immense merci à lui pour son oeuvre et sa générosité de tous les instants.

PS: Je n'ai jamais eu la prétention de faire oeuvre d'historien, seulement de donner envie aux habitants de ce territoire, suisses comme français, de mieux connaitre l'histoire riche et mouvementée de leur lieu de résidence. J'aimerais que mon travail puisse déboucher sur la réalisation d'un Centre d'Etudes et de Documentation du Genevois qui pourrait recueillir et abriter les nombreux documents (livres, écrits, photos, cartes postales,....) retraçant l'histoire de notre territoire. Ce serait une magnifique oeuvre de coopération transfrontalière puisque je ne la conçois évidemment pas sans la participation active de notre voisin et ami, le Canton de Genève. Et bien entendu, c'est à Saint-Julien-en-Genevois, ma ville de naissance  et de cœur que j'aimerais le voir s'établir.

Pierre Brunet
Saint-Julien le 29 juin 2015

 

01/04/2015

Histoire du Genevois-3ème partie - de la Révolution à l'Annexion

Dans l'épisode précédent, de la Réforme à la Révolution, nous avons laissé  notre territoire en 1798, au moment où les troupes françaises envahissaient Genève et que le Directoire faisait de cette ville le chef lieu du Département du Léman. A ce sujet, il me parait  intéressant de s'attarder brièvement sur l'attitude de la population, tant savoyarde que genevoise, envers cette présence française. Pour ce qui concerne la Savoie, il faut noter que c'est la communauté émigrée et principalement celle émigrée sur les bords de la Seine, qui était très favorable au rattachement de la Savoie à la France révolutionnaire et qui exerça une influence forte sur les populations en faveur de l'annexion. Quant à Genève, la population vécut mal cette "invasion" dont les conséquences économiques furent néfastes et après la défaite de Napoléon, la Rome Protestante s'empressera de chercher à se protéger des Français, ce qui conduira les Genevois à renoncer à leur indépendance pour se rattacher à la Suisse en 1815.

 

L'administration française du département du Léman

Apres le coup d'état du 18 brumaire, l'administration centrale des départements est réorganisée pour faire place à un préfet: Le département du Léman créé en 1798 (puis augmenté du Haut Faucigny et intégrant donc le massif du Mont-Blanc à partir de 1800) est divisé en 3 arrondissements: Genève, Bonneville et Thonon et est constitué comme ceci (carte ci dessous). On notera que le département du Léman incluait le Pays de Gex mais qu'Annecy qui avait souhaité faire partie de ce nouveau département restait, à son grand regret, dans le département du Mont-Blanc sous la tutelle de Chambéry.

 

Département du Leman.JPG

 Les frontières du Département du Léman : 1798 -1814

La Savoie et la France

Pour ce qui concerne la Savoie, il faut noter que c'est la communauté émigrée et principalement celle émigrée sur les bords de la Seine, qui était très favorable au rattachement de la Savoie à la France révolutionnaire et qui exerça une influence forte sur les populations en faveur de l'annexion.Toutefois, bien que la Terreur n'y fut pas aussi brutale que dans d'autres régions (on pense bien évidemment à la Bretagne et à la Vendée), la Révolution ne laissa pas de bons souvenirs en Savoie, pays profondément religieux. Les réquisitions tant matérielles qu'humaines avec des enrôlements de force dans l'armée révolutionnaire, la dévaluation de la monnaie et surtout les persécutions religieuses , tout cela fit naître une hostilité sourde et croissante envers les Français dans cette population de paysans. Rappelons que les exactions commises par les français, en particulier par le tristement célèbre Albitte conduisirent à des mouvements de rébellion à Thônes et Annecy, voire même de contre révolution. Les choses s'améliorèrent toutefois en 1801 quand la signature du Concordat permet le retour des prêtres dans leurs paroisses.

Rappelons que par le traité de Paris de 1796, avant-gout peu connu de 1860, le Roi de Sardaigne avait été contraint de céder la Savoie et Nice à la France. Si notre territoire était donc à priori ancré de façon pérenne à la France, ce n'est qu'avec le Consulat puis l'Empire que les deux départements savoisiens connurent une décennie de calme jusqu'en 1810, année à partir de laquelle la lourde charge fiscale et la conscription militaire ramenèrent le mécontentement. Au final, les réformes introduites par la France profitèrent essentiellement à la bourgeoisie, classe sociale au sein de laquelle l'idée française ira se renforçant jusqu'en 1860. Dans le même temps, malgré un lourd tribut humain payé à l'épopée Napoléonienne, nombreux étaient les soldats rescapés  (23000 soldats savoyards avaient servi dans l'armée française) qui étaient fiers d'y avoir participé, et qui rapportaient au pays une image exaltante de la "Grande Nation".

Genève et la France

Les conséquences de l’annexion de Genève à la France ont été désastreuses pour l’économie de la ville, qui traversa alors une période de profonde récession et de stagnation à cause de la guerre et du blocus continental qui ruinèrent industriels et banquiers. Mais le régime français apporte également de nombreuses nouveautés, qui seront conservées après l’indépendance et l’adhésion à la Confédération: notamment la séparation du civil et du religieux dans un nouveau code civil et une administration dirigée par un maire, deux adjoints et un conseil municipal.

A l'issue de l'épopée Napoléonienne, Genève, qui vient de retrouver son indépendance après sa libération par les Autrichiens le 31 décembre 1813, se rend compte que la période des cités états est révolue et qu'il lui faut s’allier à un Etat de plus grande taille. C'est l'origine de ses efforts pour rejoindre la Confédération Helvétique.

 

St Julien au début du XIXème Siècle

A titre anecdotique on signalera que Saint-Julien fut pour quelques mois débaptisée pour être renommée "Crez" (ou "Crêt"), un signe de plus de l'anticléricalisme primaire des révolutionnaires qui ne pouvaient accepter l'idée qu'une ville portât le nom d'un saint chrétien. Notre bonne ville dont le maire n'était autre qu'un certain Pierre Burnet retrouva cependant son nom le 4 janvier 1795 grace au représentant du peuple Gauthier qui ordonna à toutes les communes de reprendre leur ancien nom.

C'est le Préfet qui nomme le maire et le Conseil Municipal: le 8 avril 1801, et c'est Jacques Dunand qui est nommé maire de St Julien, qui est devenu chef lieu d'un canton de 24 communes. Le 14 septembre, le Conseil Municipal prend la décision de déplacer le cimetière qui est alors autour de l'église (sur le site de la Poste actuelle), vers l'emplacement actuel sur le Cret, grace au don du terrain par Prosper-Gaetan d'Allinges. Toutefois, par suite de l'opposition d'un citoyen, ce n'est qu'en 1806 qu'aura lieu la première inhumation dans le nouveau cimetière, que nous connaissons aujourd'hui.

En 1805, la commune de St Julien compte 803 habitants, dont seulement une vingtaine savent lire et écrire, et 7 auberges. L'évèque et prince de Genève, Mgr Joseph-Marie Paget décède à St Julien le 22 avril 1810. Le 14 mai 1811, le Conseil Municipal approuve une pétition des habitants de Cervonnex demandant à être rattachés à St Julien, et non plus à Feigères.

 La Chartreuse de Pomier et la Révolution

Si la Chartreuse avait bien survécu à l'occupation Bernoise, il n'en fut pas de même avec la République Française qui laissa commettre le sac de la Chartreuse de Pomier. Outre la destruction des splendides ouvrages de  sa magnifique et inestimable bibliothèque, la fièvre révolutionnaire laissera abattre les murs de celle-ci .. Avec cette destruction s'envolait une grande partie de l'histoire de notre territoire.

La fin de l'Empire

A partir de la Bérézina, la situation militaire de la France va devenir de plus en plus difficile. La France lève des impôts et lève des troupes, ce qui n'empêche pas l'Empereur de reculer sur tous les fronts. Le 31 décembre 1813, les troupes autrichiennes libèrent Genève et viennent le lendemain occuper St Julien qui compte alors 123 maisons. Le général Dessaix, originaire de Thonon, libérera St Julien après une longue et féroce bataille qui opposera le 1er mars 1814 les troupes françaises aux Autrichiens des bois d'Ogny à Archamps, en passant par Thairy. Victorieux, il se rendra à Carouge, d'ou il devra faire retraite le 23 mars après la perte de Lyon par le maréchal Augereau, provoquant sa poursuite par les Autrichiens qui pillèrent une nouvelle fois notre territoire. Mais c'est la fin: Les Alliés entrent dans Paris le 31 mars, et le 2 avril le Sénat proclame la déchéance de l'Empereur, qui abdique quatre jours plus tard à Fontainebleau. Le 29 avril 1814, Napoléon quitte Saint-Raphael pour l'exil sur l'île d'Elbe qui lui a été cédée en toute souveraineté.

 

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Arrivée de Napoléon sur l'île d'Elbe

Mais Napoléon ne peut se satisfaire de ce petit royaume: Le 1er mars 1815, il débarque à Golfe Juan pour ce qui deviendra connu comme les cent jours, à l'issue desquels la défaite de Waterloo le 18 juin 1815, sonne le glas de ses espoirs. Le 22 juin, il abdique une seconde fois avant son exil définitif pour Sainte-Hélène en octobre, tandis que Louis XVIII retrouve son trône le 8 juillet. Cet épisode qui a anéanti la France l'obligera à signer le second traité de Paris du 20 novembre 1815. Mais cette fois ce ne sera plus Talleyrand qui sera le négociateur français, puisqu'il a été remplacé aux Affaires Etrangères en septembre 1815 sur injonction du Tsar Alexandre 1er.

 

Le Congrès de Vienne

Le Congrès de Vienne, si important pour l'avenir de notre territoire,  s'ouvre le 29 Mars 1815 et se termine le 12 aout 1815. Pendant sa tenue auront eu  lieu les 100 jours, période qui commence avec le retour de Napoleon de l'île d'Elbe, qui voit sa reprise du pouvoir le 20 mars, et se conclut par la défaite de Waterloo le 18 juin 1815 et son abdication définitive le 22 juin.

 

congres de vienne.png

Les plénipotentiaires au Congrès de Vienne

 

Ce Congrès aura 2 corollaires principaux pour la Savoie:
- Le traité de Paris du 20 novembre 1815
- Le traité de Turin du 16 mars 1816

 

Redécoupage du territoire - Genéve devient suisse

Après la défaite de Napoléon, Genève ne cherche pas à diriger l'intégralité du département du Léman mais au contraire veut s'en détacher. C'est ainsi que le Conseil Provisoire entame des négociations pour devenir suisse afin de se prémunir à l'avenir de la menace française tout en cherchant à agrandir son arrière pays. Les démarches de Mr Bastian à Zurich, avec l'appui des Autrichiens, pour demander l'annexion de la Savoie du Nord à la Confédération Helvétique avec Genève pour capitale n'aboutirent pas, suite au refus du Roi de Sardaigne Victor-Emmanuel 1er de se séparer de la Savoie. Ne prononça t-il pas à cette occasion la phrase restée célèbre " Nous ne sommes ni la Maison de Piémont, ni la Maison de Sardaigne, mais celle de Savoie", ce qui ne manque pas de sel quand on sait ce qu'il advint 45 ans plus tard.

Le négociateur genevois Charles Pictet de Rochemont souhaite établir les frontières sur les crêtes dominant le bassin genevois (Jura, Fort l'Ecluse, Vuache, Mont-Sion, Salève et Voirons) mais il sera désavoué par les dirigeants Genevois qui redoutent un afflux trop grand de catholiques. Genève rédigea alors une nouvelle constitution, votée par le peuple le 14 août 1814; et le 12 septembre 1814 la Diète ratifie l'adhésion de Genève à la Suisse sans que les contours du futur canton n'aient été clairement établis. Et c'est ainsi que le 19 mai 1815, le canton de Genève, allié historique des cantons de Fribourg et de Berne, entra dans la Confédération Helvétique et devint le 22ème canton suisse.

Grace au Traité de Paris du 20 novembre 1815, qui est plus sévère envers la France que le premier traité du 30 mai 1814, Genève obtient enfin la continuation géographique avec la Suisse puisque la France doit lui céder les communes de Collex-Bossy (avec Bellevue), Le Grand Saconnex, Meyrin, Pregny, Vernier et surtout Versoix, ce qui permet de relier le  canton de Genève à sa nouvelle patrie. D'autre part ce traité avalise la création de la zone franche du Pays de Gex.

Lors du traité de Turin du 16 mars 1816, le même Pictet obtint une nouvelle modification des frontières , permettant en particulier le désenclavement du mandement de Jussy; mais il dut renoncer au pied du Salève où Turin entendait conserver la route donnant accès au Chablais.  Il accepta aussi de rendre St-Julien qui était devenu genevois depuis le traité de Paris du 20 novembre 1815. En tout Genève obtenait 24 communes, dont Carouge, soit un territoire de 109 km² et une population de 12700 habitants;

Les communes de Savoie communément appelées "communes réunies" rattachées au canton de Genève  par le traité de Turin sont :

Collonge-Bellerive ; Corsier (y compris Anières) ; Hermance ; Veyrier ; Compesières (y compris Bardonnex et Plan-les-Ouates) qui s'agrandit de Troinex et Evordes ainsi que les hameaux de Perly-Certoux (détachés de Saint-Julien) ; Avusy-Laconnex ; Bernex (y compris Onex et Confignon) ; Aire-la-Ville ; Lancy ; Carouge ; Soral (détaché de Thairy) ; Choulex ; Meinier ; Chêne-Thônex (sauf les villages de Moillesulaz, Verna et Gaillard) ; Bel-Air détaché d'Ambilly fut rattaché à Vandoeuvres. Présinge ; Puplinge et Carra détachés de Ville-la-Grand formèrent la commune de Presinge. Soit 108.8 km² et 12 700 habitants. Tandis que la ville d'Annemasse est rattachée à la province du Faucigny

Par ailleurs, une seconde zone franche était créée, la zone sarde, couvrant un territoire de 190km²

 

Carte des zones franches 1815-1816.JPG

 en bleu, la zone franche du Pays de Gex, en rouge la zone franche sarde

 

Quelle nationalité pour St Julien?

Alors que Louis XVIII avait été remis une première fois sur le trône par les souverains alliés, il signa un premier traité à Paris le 30 mai 1814 qui faisait reprendre à la France ses frontières d'avant 1792. Cependant, si le Faucigny et le Chablais étaient rendus au duché de Savoie, St Julien resta français, alors que l'espace entre notre ville et l'Arve était lui rendu au Royaume de Sardaigne, nous coupant donc de Genève, redevenue indépendante (avant de devenir suisse). Situation fort préjudiciable pour les échanges commerciaux puisque nos paysans "français" de St-Julien devaient traverser le pays sarde pour livrer leurs produits à Genève. La carte ci-dessous illustre bien la problématique liée à ce découpage.

 

 

Partage 1er Traité de Paris.JPG

 

Carte du partage de la Savoie lors du Traité de Paris du 30 mai 1814
en rose, la partie restée française, en orange la partie restituée au royaume de Sardaigne

Une brigade de gendarmerie française vint s'établir à St Julien le 1er juillet 1814 et un nouveau Conseil Municipal fut nommé par le Préfet du Département du Mont-Blanc auquel notre ville avait de nouveau été rattaché. Le 23 avril 1815, ce même conseil prêtait de nouveau serment de fidélité à l'Empereur revenu de l’île d'Elbe.  Tandis que le général Pacthod refusa lui, de servir à nouveau l'empereur. le général Dessaix revenait à St Julien le 9 juin avant d'attaquer les possessions Piémontaises et  avant de conclure, au lendemain de la défaite de Waterloo, un accord avec le feld maréchal Autrichien qui venait d'occuper Genève.

Le 28 juin, les troupes autrichiennes occupèrent à nouveau St Julien, commettant toutes sortes d'exactions, jusqu'au 18 décembre 1815, date à laquelle St Julien fut remise à la République de Genève, suite à l'accord de Paris du 20 novembre décrétant la restitution du Genevois "français "de 1814 au roi de Sardaigne, à l'exception de St Julien cédée à Genève. Cette décision  générait de fait une enclave genevoise en territoire sarde et une situation ubuesque puisque entre St Julien et Genève, on était en territoire sarde. En effet dans l'attente de la négociation entre Genève et le Roi de Sardaigne pour la cession du territoire intermédiaire entre les deux villes, les formalités douanières de transit aux bureaux de douane de Plan les Ouates et de Carouge handicappaient les échanges entre les deux cités.

Aussi curieux et problématique que put être ce découpage géographique, cette situation semblait toutefois bien convenir à nos ancêtres, si l'on en croit les témoignages d'alors:

Extraits du rapport de Noble d'Yvernois au Conseil d'Etat de Genève sur la prise de possession de St Julien le 18 décembre 1815: "A un quart de lieue du bourg, nous fumes reçus par la Garde Nationale qui était venue en armes au devant de nous pour faire éclater sa joie d'être associée à la nation suisse et au canton de Genève. a notre arrivée, le maire et son conseil municipal vinrent exprimer les mêmes sentiments. Ils nous conduisirent à l'appartement du maire ou l'officier autrichien nous fit, au nom de son général remise de la commune....
Notre arrivée avait été annoncée au bruit des bottes ainsi qu'au son des cloches, et nous apprîmes que cette journée devait se terminer par un bal.
Tout autorise à croire que la joie dont nous avons été témoins est sincère... et que les habitants de cette commune se félicitent d'être associés à notre canton"

De son coté, le maire Boimond s'adressait à ses administrés en ces termes: "Livrons nous donc à la joie qu'un pareil événement doit faire naître dans les cœurs; respectons les opinions de ceux qui, par reconnaissance, conserveraient quelques souvenirs pour leurs anciens souverains; n'altérons pas le bonheur d'un si beau jour! Que toutes nos pensées soient pour la prospérité de notre nouvelle Patrie! Nous faisons maintenant partie de la famille de Guillaume Tell; montrons nous dignes d'être ses enfants."

Mais cette parenthèse heureuse allait être victime de considérations géo-politiques car Genève, comme elle l'a fait avec la France un an plus tôt, souhaite "arrondir" sa frontière et donner à son territoire une meilleure cohérence géographique. C'est l'épisode dit des "communes réunies".

 

 

communes reunies.JPG

 

Source DHS - Genève
 (cliquez sur l'image pour une lecture plus confortable)

Ainsi, le traité de Turin du 16 mars 1816 entre le roi de Sardaigne et la Suisse rétablit la frontière à St Julien qui redevient sarde tandis que toute la partie sarde entre St Julien et Genève, y compris Perly et Certoux, devient suisse; en contrepartie de quoi, Lathoy est détaché de la commune de Compesières pour être rattaché à St Julien. La ratification du traité eut lieu le 23 septembre 1816 et c'est le 23 octobre au matin que les Sardes reprirent possession de St Julien qui devint ainsi le chef lieu de la province de Carouge, Carouge étant désormais devenu suisse. In fine, Genève venait d'acquérir un tiers de population catholique; quant à notre ville, elle n'était restée suisse que 10 mois.

Par lettre du 20 octobre au Conseil d'Etat de Genève, le maire de St Julien Jean-Louis Boimond exprimait sa reconnaissance, celle de ses adjoints et des habitants, pour la douceur et la sollicitude paternelle avec lesquelles ils ont été administrés sous les lois du canton.

 

Les clauses essentielles du Traité de Turin

Outre la description exacte de la définition des frontières entre la Savoie et la Suisse, et la création de la zone franche sarde, le traité de Turin comporte un article d'une importance capitale:
"les puissances reconnaissent et garantissent également la neutralité des parties de la Savoie désignées par l'acte du Congrès de Vienne du 29 mars 1815, et par le traité de ce jour, comme devant jouir de la neutralité de la Suisse de la même manière que si elles appartenaient à celle-ci".

Il faut ajouter que l'article 2 du Traité d'Annexion de Turin de 1860 confirmait cette neutralité helvétique pour notre territoire: "Il est également entendu que S.M le Roi de Sardaigne ne peut transférer les parties neutralisées de la Savoie qu'aux conditions auxquelles il les possède lui même et qu'il appartiendra à S.M l'Empereur des français de s'entendre à ce sujet, tant avec les puissances représentées au Congres de Vienne qu'avec la Confédération Helvétique et de leur donner les garanties qui résultent des stipulations rappelées dans le présent article"

Cela signifiait que tout en restant propriété du Roi de Sardaigne, la zone neutralisée pouvait être occupée par la Suisse et bénéficier de sa neutralité en cas de conflit. Cela épargnait ainsi à la Maison de Savoie de fortifier la frontière dans une région qui restait de toutes façons trop facile à forcer et difficile à défendre pour des troupes situées au delà des Alpes.

Pour comprendre comment était compris cet accord, il suffit de lire ce qu'écrivait Joseph Jacquier-Chatrier, à l'origine de l'idée de la grande Zone, et l'un des plus fervents partisans , avec le député de Saint-Julien, Hyppolite Pissard, du rattachement  à la France: "Quoiqu'il arrive, n'oublions pas que notre patrie de Savoie a, comme la Suisse, le droit d'être à l'abri de toute guerre, et usons de notre droit"

Zone de neutralité telle que négociée lors du traité de Turin en 1816

 Carte de neutralité.JPG

 

On comprend à quels malheurs notre territoire aurait été soustrait si ces dispositions avaient été respectées après l'Annexion de la Savoie par la France en 1860.

Les Zones franches (voir article connexe sur ce blog en cliquant ici)

Pour mener à bien son rattachement à la Confédération helvétique, la République de Genève doit devenir un Canton suisse politiquement ; obtenir un territoire plus étendu et d'un seul tenant (pour se prémunir d'une invasion française), et enfin être rattachée physiquement à la Suisse (Versoix est alors français). 

Plusieurs remaniements territoriaux sont proposés, dont l'un - défendu par Charles Pictet-de Rochemont au Congrès de Vienne - prévoit la création d'un territoire borné par les frontières physiques que sont les crêtes du Jura, du Vuache, du Salève et des Voirons. Mais ces projets n'emportent pas l'adhésion, car certains Genevois craignent un trop grand apport de catholiques dans la Genève réformée.
Après de féroces négociations, des compromis sont trouvés qui offrent à la fois l'« arrondissement » du territoire genevois et le « reculement » de certaines douanes :

  • En 1815, lors du Traité de Paris, la France cède à la Confédération – contre l'abandon de droits sur Mulhouse – les communes du Pays de Gex nécessaires au désenclavement du Mandement, de la Campagne et de Genthod. De plus, « la ligne des douanes françaises » est reculée sur l'ouest du Jura, laissant en dehors le pays de Gex.
  • En 1816, lors du Traité de Turin, le roi de Sardaigne cède à la Confédération les communes permettant le désenclavement de Jussy, en échange de la commune de Saint-Julien. Là aussi, une zone franche est créée, comprenant St-Julien et le pied du Salève.
    Les zones franches gessiennes et sardes garantissent la libre circulation des denrées et constituent en quelque sorte la « réserve agricole » de Genève.

zones_franches 1815.jpg

                            1 Zone du Pays de Gex - 1815
                            2 Zone Sarde - 1816
                            3 Zone Sarde de Saint-Gingolph - 1829
                            4 Grande Zone - 1860

 

Carte Zones franches.JPG

Carte des zones franches 

Retour au royaume de Sardaigne et instauration du Buon Governo

C'est le duc de Genevois qui devient roi de Sardaigne après l'abdication en sa faveur de son frère Victor Emmanuel Il  en 1821. Il prend le nom de Charles Félix (sa statue trône encore au cœur de Bonneville) et régnera 10 ans . C'est le retour à la monarchie absolue, avec les traditions d'avant la Révolution. Ce régime très conservateur est mal perçu par la population , et par dérision on nomme cette époque "le buon governo". En 1831, Charles Albert devient roi de Sardaigne et continue à équiper et développer les infrastructures savoyardes. C'est à lui qu'on doit le fameux pont suspendu de la Caille inauguré en juillet 1839 devant une foule de plus de 10000 personnes.

A cette époque la province du  Genevois est constituée de 7 mandements pour une population de 80786 individus en 1826 (6735 hb à Annecy).

Annecy (26 communes dont St-Julien)
Albens, Duingt, Faverges, Rumilly, Thônes, Thorens pour un total de 87 communes.

NB: La Roche fait désormais partie du Faucigny tandis que la province de Carouge est supprimée en 1838 et que St-Julien réintègre la province du Genevois. Notons qu'en 1851, le Conseil Communal de St-Julien tentera en vain de favoriser la création d'une nouvelle province pour se séparer d'Annecy .

Les ambitions italiennes du Royaume de Piémont-Sardaigne

Il y a bien longtemps que les rois de Sardaigne ont compris que face à la puissance de la France, il n'y avait pas d'avenir d'expansion pour eux à l`ouest des Alpes.C'est pourquoi, tout naturellement leurs ambitions de conquêtes vont se focaliser sur le versant oriental des Alpes, ou se trouve déjà et depuis longtemps leur capitale, Turin. Ces ambitions sont cependant limitées par la domination autrichienne sur la Lombardie; il s'agit donc de trouver un allié pour repousser les Autrichiens. En effet la première tentative de chasser les Autrichiens de Lombardie s'était soldée par un échec en 1848, défaite qui avait conduit Charles-Albert le père de Victor Emmanuel II à abdiquer. en faveur de son fils. Le nouveau roi est donc conscient qu'il ne pourra atteindre son objectif tout seul et qu'il lui faut trouver des alliés pour bouter les Autrichiens hors du nord de l'Italie.C'est ainsi que Victor Emmanuel II et son premier ministre Cavour, vont se tourner vers la France, à qui ils vont proposer un deal qui peut se résumer ainsi: Aidez nous à chasser les Autrichiens de Lombardie et de Vénétie, et en récompense, nous vous céderons la Savoie.

Les négociations franco-sardes

C'est à Plombières, station thermale où l'empereur français prenait les eaux qu'eurent lieu le 21 juillet 1859 les négociations secrètes entre Napoléon III et Cavour et que fut scellé l'avenir de la Savoie. Cavour s'était assuré les bonnes grâces de la France et de l'Angleterre en ayant accepté de venir combattre à leurs cotés lors de la guerre de Crimée en 1855, y envoyant un corps expéditionnaire de 15000 hommes.Un accord est donc conclu entre les 2 hommes. L'armée française se joindra à l'armée sarde pour chasser les Autrichiens du nord de l'italie et en contrepartie, le Royaume de Sardaigne cèdera à la France le comté de Nice et le duché de Savoie.

Le déroulé des opérations

La guerre avec l'Autriche reprend dès 1859 et les franco-sardes remportent plusieurs victoires (Magenta, Solférino...) qui  conduisent les Autrichiens à signer la paix de Villafranca. Cependant, s'ils perdent la Lombardie, les Autrichiens conservent la Vénétie et Napoléon III (qui s'est satisfait de cette paix (probablement effrayé à l'idée que les Prussiens ne viennent aider les Autrichiens) n'a donc pas rempli son engagement, ce qui ne lui donne donc pas droit à sa récompense.

Vive déception en Italie: Cavour démissionne le 19 juillet 1859 et quitte la Présidence du Conseil  (à laquelle il reviendra le 21 janvier 1860).

Finalement, après quelques péripéties, les négociations pour la cession de la Savoie reprennent. 

Il faut noter qu'à l'époque le mécontentement en Savoie envers l'Administration Piémontaise était fort, tant à cause des lourds impôts qui accablaient le pays qu'à cause de l'agitation du clergé qui était très défavorable à sa politique libérale et qui était grandement hostile à Cavour. De plus en Savoie du nord, l'établissement d'une ligne de douane en 1816 avait causé un préjudice considérable à toute cette région (hors la petite zone franche) , la plongeant dans la misère en lui fermant les débouchés vers Genève.

La promesse de l'empereur

Napoleon III qui, rappelons le avait vécu enfant en Suisse et parlait dit-on avec un fort accent Bernois, fait alors en février 1860 la promesse secrète aux Suisses de leur céder la Savoie du nord, à savoir le Chablais, le Faucigny et le territoire du Genevois au nord des Usses. Cet accord était à ce point entériné que le gouvernement suisse se demandait si ce nouveau territoire devait être rattaché au canton de Genève ou devenir un nouveau canton à part entière; de son coté le gouvernement français avait déjà décidé de ne faire qu'un seul département de la Savoie et du surplus provenant des territoires "haut-savoyards".

Signalons que cette décision allait plutôt dans le sens de ce que souhaitaient les populations de notre territoire qui souhaitaient lier leur destin à celui de leur "capitale économique" et qui peut se résumer par cette phrase restée célèbre de Joseph-Léandre Bard , l'un des leaders partisan de l'annexion de la Savoie du Nord à la Suisse: ...".si Genève est française, il faut être français; si Genève est suisse, il faut être suisse, si Genève est cosaque, il faut être cosaque."

Ce mouvement était puissant puisque, malgré les efforts du clergé qui était en faveur du rattachement à la France, protectrice du Pape, une pétition rassemblant plus de 14000 voix (soit 14000 familles puisque seuls les hommes chefs de famille votaient) demanda le rattachement du Chablais, du Faucigny et du nord du Genevois à la Suisse, et particulièrement à Genève. Ce chiffre est particulièrement significatif si on considère la population de l'époque:

Genève: 98357 hb
Annemasse: 2811 hb
Thonon les Bains: 6268 hb
St Julien en Genevois: 1432 hb
Bonneville: 2114 hb
La Roche sur Foron: 3377 hb
Sallanches: 2032 hb

Cette pétition rassembla exactement 13651 signatures dans 60 communes du Faucigny, 23 du Chablais et 13 dans les environs de St Julien en Genevois

Le destin contrarié de la Savoie du Nord

Cependant le secret de la négociation entre Napoléon et Cavour transpira et cet accord suscita une opposition forte de plusieurs parties. Annecy voyait d'un mauvais œil le fait d'être rabaissé au niveau d'une sous préfecture alors que Chambéry craignait de perdre sa Cour d'Appel. Un mouvement se développa alors pour lutter contre le démembrement de la Savoie et une délégation fut envoyée à Paris rencontrer Napoléon.qui leur donna audience le 21 mars 1860.et qui trouva là l'occasion de revenir sur sa promesse faite à Dufour.

Pour obtenir l'adhésion de la Savoie du Nord et finaliser l'affaire, il fut alors proposé aux populations de ces territoires l'édification d'une grande zone franche qui leur garantirait la facilité de commerce avec Genève. Le traité de cession de la Savoie ayant été signé le 24 mars 1860, M. De Thouvenel, le ministre des affaires Etrangères fit connaitre officiellement la volonté de la France d'accorder cette zone franche (avec le même régime économique que la zone du Pays de Gex) un mois avant la date du vote du plébiscite fixé à la date des 22& 23 avril 1860 dans le but évident de gagner les voix de cette région frontalière.

On notera que bien que le vote n'ait pas encore eu lieu, l'administration de la Savoie avait déja été confiée à la France. C'est ainsi que le sénateur Laity, envoyé officiel de l'empereur vint sillonner notre région pour donner les assurances les plus formelles au nom de la France. Il fut alors créé un bulletin de vote "OUI & ZONE" qui serait déclaré comme un vote affirmatif.

Au vu du résultat des votes de la province d'Annecy, on comprend à quel point l'instauration de la zone franche fut déterminante dans le vote d'adhésion de nos ancêtres.

 

Vote 1860.JPG

 Détail des votes de la province d'Annecy lors du Plébiscite des 22-23 avril 1860

NB: les 11263 votes "OUI & ZONE" du Genevois provenaient en majeure partie des communes situées au nord des Usses. Dans les 29 communes qui composaient le mandement de Saint-Julien, on compta seulement 2 bulletins "OUI" pour 4754 bulletins "OUI & ZONE".

Le vote unanime des populations de la Savoie du nord lié à l'instauration de la Grande Zone permettait ainsi à Napoléon III de se désengager honorablement de sa promesse antérieure faite aux Suisses. On comprend que la création de cette zone fut créée de la manière la plus régulière et la plus légitime et que sa suppression ne puisse se faire qu'avec le consentement préalable des deux parties.

La Savoie se donne à la France

A la suite du résultat favorable du plébiscite,  la Savoie devient officiellement française le 14 juin 1860, abandonnée par son souverain après plus de 800 ans d'indépendance sous la férule d'une dynastie, la Maison de Savoie,  qui tire son nom de ce territoire.Cet abandon donna lieu d'ailleurs à une rumeur comme quoi Victor Emmanuel II qui abandonnait la terre de ses ancêtres ne pouvait être le véritable descendant de la Maison de Savoie, et qu'il n'était en fait qu'un usurpateur(le fils de la nourrice) qu'on aurait substitué dans son berceau au véritable fils de Charles-Albert qui aurait péri bébé dans un incendie.

Sources & bibliographie
www.lasalevienne.org

L'histoire du Département de la Haute-Savoie: A. Folliet - C. Duval - M. Bruchet
Atlas historique du Pays de Genève: Claude Barbier  - Pierre-François Schwarz
Atlas historique de la Savoie 1792-1914 - Romain Maréchal & Yannick Milleret
Histoire de l'Annexion de la Savoie à la France -  Paul Guichonnet
La Savoie une destinée française - Michel Amoudry
Saint-Julien en Genevois - Abel Jacquet
Histoire de Saint-Julien - César Duval
Le Genevois - Marie Thérèse Hermann

Articles connexes d’intérêt:

L'histoire et les perspectives d'avenir de la Savoie du Nord racontées par le Pr Paul Guichonnet - Soleil sur Saint-Julien

La Savoie de 1814 à 1860 - Joseph Tardy

La neutralité de la Savoie du Nord Revue des Armées

La neutralité de la Savoie du Nord et les zones franches par Daniel Bourgeois

Pictet de Rochemont  - le Benon de la Salévienne Page 18

Il y a 150 ans que la Savoie est devenue française - Bibliothèque de Lyon

L'annexion de la Savoie vue de l'étranger

27/03/2015

Et si le "Genevois" s'exportait comme le" French Geneva County"

Lundi 23 mars au soir se tenait la commission Economie de la CCG. Lors de cette réunion, a été entériné le besoin pour notre territoire de se doter d'un nom, à la fois en français mais aussi en anglais, si on veut attirer ici touristes et investisseurs étrangers.

Je supporte à 100% cette initiative qui aurait du être faite il y a longtemps; c'est indispensable dans une démarche marketing cohérente de dénommer par une marque reconnue le produit que l'on cherche à promouvoir.

Nous étions nombreux à penser que la meilleure appellation pour définir notre territoire était "Le Genevois", une appellation habilement utilisée par l'Office du Tourisme pour promouvoir notre territoire comme destination touristique de premier choix (voir la vidéo publiée sur ce blog dans un article plus bas)

Où cela se complique, c'st dans la dénomination anglaise qui doit être parlante et bien situer notre territoire sur la carte. Aucune mention n'est parfaite, mais il est cependant indispensable de définir cette appellation anglaise si on souhaite pouvoir communiquer à l'international.

Après moult réflexion, je souscris à l'idée que la meilleure dénomination est "French Geneva County" car cette appellation me semble la mieux à même de nous positionner par rapport à Genève. De plus le mot "county" qui signifie en anglais "comté" nous renvoie à notre histoire où jusqu'en 1401 notre territoire faisait partie du "Comté de Genève" ou encore appelé "Comté du Genevois".

Par ailleurs, si marque il y a, il est important de capitaliser sur celle-ci et de ne pas se disperser vers des appellations qui n'apportent pas de cohérence et d'unité au territoire. C'est pourquoi j'ai suggéré que les grands équipements touristiques ou économiques du territoire reprennent cette notion géographique dans leur appellation.

Ainsi je propose qu'on ne parle plus de "Archamps Technopole" mais bien plutôt de "Technopole du Genevois - Archamps". De la même façon, il serait judicieux de promouvoir le "Village d'entreprises du Genevois - Le Chable-Beaumont " plutôt que le "village d'entreprises du Grand Chable". Idem pour l'"Ecoparc du Genevois - Cervonnex", plutôt que l'"Ecoparc de Cervonnex"

Au final, je suggère même que l'on appelle l'Office du Tourisme "Office du Tourisme du Genevois - St-Julien-en-Genevois" plutôt qu'"Office du Tourisme de St-Julien-en-Genevois"

Blason Comté de Genève2.JPG

Quant à la charte graphique, il me semble intéressant d'uniformiser celle-ci, en particulier au niveau des couleurs. Dans cette optique, il me parait judicieux d'utiliser les couleurs bleu et jaune qui sont les couleurs historiques d'origine du Comté de Genève et accessoirement celles de la ville centre du territoire, St-Julien-en-Genevois.

 

Les appellations pourraient alors se décliner comme suit

Ecopark du Genevois
---------------------------
     Cervonnex

Technopole du Genevois
--------------------------------
       Archamps

Office du Tourisme du Genevois
------------------------------------------
Saint-Julien-en-Genevois

etc.....

cela pourrait alors se traduire par:

French Geneva County's Ecopark
-------------------------------------------
    Cervonnex

French Geneva County's Technopole
------------------------------------------------
       Archamps

French Geneva County's Tourist Bureau
----------------------------------------------------
Saint-Julien-en-Genevois

 

D'autre part, je crois qu'il serait utile d'utiliser un logo qui symbolise bien que notre territoire  s'inscrit dans le Grand Genève. Pour cela, je suggère d'utiliser un jet d'eau stylisé qui fasse référence à Genève et de lui adjoindre un Salève stylisé qui, avec le Vuache , me parait être le meilleur symbole de la partie française de notre territoire.

La CCG a décidé de faire appel à la population pour décider du choix final. Si vous soutenez mon choix, je vous invite à en parler autour de vous et à appeler vos contacts à voter pour ce binôme quand le moment du vote sera venu.

Bien sûr, je ne prétends pas avoir la science infuse et la réponse parfaite à cette problématique. Cependant je pense qu'il y a là des pistes de réflexion intéressantes sur lesquelles les pros de la communication pourront travailler afin de créer une identité solide et bénéfique pour notre territoire. Je pense aussi que c'est notre avenir qui est en jeu et que le sujet mérite réflexion et débat au sein de la population; les idées et propositions novatrices et audacieuses sont les bienvenues.

 

05/01/2015

La réforme régionale n'est pas neutre pour notre territoire: Genève s'inquiète de la nouvelle région Rhône-Alpes Auvergne

Pour s'en convaincre, il suffit de lire ci-dessous l'article paru dans la Tribune de Genève en date du 4/1/15

 

La future super-région inquiète le Conseil d’Etat

La fusion Rhône-Alpes - Auvergne pourrait menacer les fonds frontaliers, selon François Longchamp.

Longchamp.JPG

 François Longchamp s’inquiète de l’avenir de la compensation financière genevoise

 

C’est à un vaste chantier que s’est attelé le gouvernement français. La réforme territoriale vise à simplifier le «mille-feuille» administratif, actuellement composé de quatre échelons (commune, intercommunalité, département et région). Dans ce but, une nouvelle carte des régions a été adoptée par les députés le 25 novembre. Leur nombre passe de 22 à 13. Ainsi, Rhône-Alpes et l’Auvergne ne font plus qu’un.

Si le débat semble à première vue très franco-français, il intéresse de près le président du Conseil d’Etat genevois. «Bien sûr que nous sommes concernés! explique François Longchamp. Notre voisin immédiat s’agrandit. Et compte désormais quatre départements supplémentaires, qui sont, de plus, relativement prétérités. Nous nous retrouvons à l’extrême périphérie est d’un territoire qui s’étend vers l’ouest.»

«Des coquilles vides»

Les inquiétudes de l’élu genevois se renforcent au sujet du second volet de la réforme, dont l’examen se poursuivra au mois de janvier. Celui-ci concerne la répartition des compétences et pourrait aboutir à un transfert de plusieurs prérogatives des départements vers la Région. «Nos partenaires historiques sont les départements. Qu’adviendra-t-il s’ils deviennent de simples coquilles vides? Où finira la compensation financière genevoise (CFG) dans cette affaire?» lance François Longchamp.

Depuis 1973, en vertu d’un accord franco-genevois, Genève rétrocède une partie de l’impôt à la source versé par les frontaliers. Cette somme, s’élevant cette année à 279,4 millions de francs, est versée aux Conseils généraux de l’Ain et de la Haute-Savoie. Ces derniers se chargent de l’utiliser dans des projets structurants et de la répartir aux communes au pro rata de leur population frontalière. «Quand un territoire change ainsi de dimension, que le centre de décision s’éloigne et que les besoins sont plus importants ailleurs, il est tentant d’utiliser la CFG pour des dossiers qui n’ont plus rien de dossiers de voisinage, renchérit François Longchamp. Il s’agit d’un accord passé avec nos voisins directs. Cet argent n’appartient ni à l’Etat français, ni à la Région.»

Des craintes que partage, forcément, Christian Monteil, à la tête du Département de Haute-Savoie: «Transférer les compétences vers Rhône-Alpes Auvergne, c’est retirer un barreau de l’échelle. On ne veut pas faire de procès d’intention, mais on ne veut pas non plus se résigner.» Pour tenter de faire valoir leur spécificité et garder la maîtrise notamment sur les dossiers transfrontaliers, la Haute-Savoie et la Savoie ont ainsi déposé un projet de loi visant à fusionner (lire nos éditions du 13 octobre).

Insistant pour sa part sur l’importance de la CFG pour les communes voisines de Genève, Patrice Dunand, maire de Gex est lui aussi inquiet: «La difficulté consiste en effet à savoir qui va à l’avenir gérer ces fonds. Plus le centre de décision s’éloigne plus la logique de la CFG est difficile à expliquer.» L’élu gessien estime que l’option la plus cohérente serait de confier cette gestion à l’ARC, soit le syndicat mixte qui réunit les collectivités françaises entourant Genève. D’autant que comme le rappelle Christian Dupessey, maire d’Annemasse, «cet échelon est amené à être renforcé en devenant un pôle métropolitain.»

Pas d’impact sur l’accord

Dans ce débat, des voix plus rassurantes s’élèvent cependant. A l’image de Pierre-Jean Crastes, président de la Communauté de communes du Genevois: «Ce qui inquiète François Longchamp, ce sont les fonds frontaliers. L’accord précise que ce sont les départements qui reçoivent ces fonds. Or, la réforme ne supprime pas les départements mais revoit la répartition des compétences.» Selon lui, beaucoup de choses peuvent encore évoluer d’ici à 2020, la date avancée par le gouvernement pour la suppression des Conseils généraux. «Entre-temps, aura lieu la présidentielle. Et l’on constate souvent qu’une majorité détricote ce qu’a fait la précédente.»

Christian Dupessey ne croit pas lui non plus à un impact sur l’accord de 1973. «Il n’a aucune raison de changer. De plus, la simplification du mille-feuille permettra à Genève de savoir plus facilement à qui s’adresser.» Favorable à la réforme engagée par son parti, le maire, qui est aussi conseiller régional, poursuit: «Les liens sont certes historiques entre le Conseil d’Etat et les départements, mais ces dernières années, la région a été moteur de la relation franco-genevoise.»

Et de conclure que, quelle que soit sa couleur politique, aucun président de la région Rhône-Alpes Auvergne n’a intérêt à mettre en péril le système des fonds frontaliers.

Article écrit par Marie Prieur
Tribune de Genève le 4/1/15

28/11/2014

Genève fête le bicentenaire de son rattachement a la Suisse et nous fait découvrir l'histoire de notre territoire

À l'occasion des fêtes commémoratives du bicentenaire de l'entrée de Genève dans la Confédération Helvètique  et des événements qui y ont conduit entre le 31 décembre 1813 (restauration de la République de Genève) et le 19 mai 1815 (signature officiellede l'entrée de Genève dans la Confédération), une association, GE200.CH a mis en place un site www.ge200.ch que je recommande à tous les amoureux de l'histoire de notre territoire transfrontalier.

Particulièrement intéressante est la partie intitulée "Genève à la carte" qui permet de visualiser plus de 400 ans d'histoire à travers une série de cartes toutes plus intéressantes les unes que les autres.

la courte vidéo ci-dessous vous permettra de découvrir l'essentiel des services proposés et vous donnera je l'espère l'envie et la curiosité d'en savoir plus en vous rendant sur le site www.ge200.ch

 

30/10/2013

Une réussite populaire à mettre au crédit de l'Athlé 74

L'Athlé St-Julien 74 organisait dimanche à la Paguette un entrainement pour la course de l'Escalade. Malgré le mauvais temps, plus de 600 particpants se sont retrouvés dans une ambiance chaleureuse pour se préparer à ce grand moment de la vie genevoise qui se tiendra le Samedi 7 décembre 2013.

Visionnez les photos de l'entrainement en cliquant sur le lien ci-dessous

http://www.asj74.org/entrainement-de-la-course-de-lescala...

 

L'Escalade2.JPG

Pour plus de renseignements sur la course de l'Escalade, cliquez ici

 

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29/04/2013

Histoire du Genevois 2ème partie - de la Réforme à la Révolution Française

A la fin du chapitre précédent, nous avions laissé le Duc de Savoie Charles III sans terre, à l'exception du Comté de Nice et de la Vallée d'Aoste, dépouillé qu'il en avait été pour l'essentiel par la France, et par les Bernois pour la Savoie du Nord . Quant à Genève, on a vu qu'elle était en proie à la Réforme. Cette "révolution religieuse" est suffisament déterminante pour l'avenir de notre contrée qu'il convient d'y revenir et de s'y interesser de plus près.

La Réforme à Genève

La "guerre de la cuiller" qu'on a vu lors du chapitre précédent, ravage les campagnes autour de Genève et affame la ville. Ce qui provoque de celle-ci l'appel à l'aide aux cantons suisses qui viennent débloquer la ville, avec pour corollaire la paix de St Julien, signée le 19/10/1530, et la sentence de Payerne du 31/12/1530 qui maintient le Duc de Savoie et l'évèque de Genève  dans leurs droits respectifs. Cependant la Réforme progresse et les prédications aggressives de Guillaume Farel et Antoine Froment provoquent des troubles. Alors que Farel est expulsé de la ville le 3 octobre 1532, l'intervention et le soutien de Berne lui permettent  de gagner de plus en plus de Genevois à la foi nouvelle, y compris parmi la classe dirigeante qui , suite au prêche d'Antoine Froment sur la place du Molard le 1er janvier 1533, se déclare en faveur de la Réforme. Les tensions religieuses s'aiguisent, au point qu'en juillet 1533, l'évèque Pierre de la Baume, inquiet, quitte la ville: il n'y reviendra pas.

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Fuite de l'Evèque en 1533

Aprés son retour en ville le 20 décembre 1533, Guillaume Farel est de plus en plus actif, jusqu'à obtenir une dispute théologique qui se tient au couvent de Rive en juin 1535. La dispute de Rive fait triompher la cause des évangéliques, avec pour conséquence l'interdiction de la messe prononcèe par le Conseil le 10 aout 1535. Suite à l'attaque du couvent Sainte Claire le 24 aout, les religieuses quittent la ville le lendemain et iront s'établir à Annecy. A partir de septembre, les autorités ordonnent la destruction des images dans les églises de la ville et des mandements sous sa juridiction. Ce n'est toutefois que le dimanche 21 mai 1536 que la Réforme est formellement adoptée par le Conseil général de la ville et prend force de loi. C'est alors que Jean Calvin, passant par Genève en juillet 1536, est instamment prié par Farel de rester, et d'organiser la nouvelle Eglise. Cependant Berne souhaite unifier le culte dans les territoires romands en l'alignant sur le sien, et convoque un synode à Lausanne le 31 mars 1538. Alors que les ministres se conforment aux décisions prises, l'attitude réfractaire de Farel et Calvin conduit à leur bannissement de la ville, malgré l'intervention paradoxale de Berne en leur faveur.

Reforme-Adoption de la Réforme 21 mai 1536.JPG

Adoption de la Réforme - 21 mai 1536

Les résultats de l'élection  de février 1540 étant favorables à leurs partisans, Jean Calvin va se laisser convaincre de revenir à Genève ou il arrive le 13 septembre 1541. A partir de cette date, il fera en sorte que la nouvelle religion soit irréversible.

Reforme-Jean Calvin.JPG

Portrait de Jean Calvin

L'occupation Bernoise

Berne et Genéve: deux alliés méfiants l'un de l'autre.

De l'été 1534 à janvier 1536, Genève est de nouveau assiégé par les partisans du Duc de Savoie, et ce n'est que grace à l'intervention Bernoise que la ville pourra  se libérer de ce siège. Intervention qui a aussi pour but d'empécher la France de mettre la main sur la ville, et qui se traduit par une rapide conquête du Pays de Vaud et une entrée à Genève des troupes Bernoises le 2 février 1536. Genève va désormais devoir louvoyer avec son encombrant allié pour tenir le pays aux alentours de la ville, d'autant que les Bernois s'avancent jusqu'au Fort l'Ecluse. Les Genevois vont jouer sur la rivalité entre le Roi de France et Berne pour sauvegarder leur indépendance.

En effet, les relations entre les deux alliés, Genève et Berne n'est pas si simple que cela, on l'a vu plus haut en ce qui concerne les affaires religieuses; mais aussi en termes de souveraineté, et ce malgré le traité du 7 septembre 1536 censé définir les droits de chacun sur les territoires de St Victor et Chapître.

Rappelons que le Prieuré de Saint-Victor possède plusieurs villages dont l'épicentre se trouve autour de Chancy et Cartigny, tandis que le Chapître de la cathédrale Saint-Pierre exercait son autorité sur quelques 25 villages autour de la ville(voir la carte ci-dessous)

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L'embrouillamini des territoires et des juridictions de Genève(foncé), Saint-Victor, et Chapître( +clair)

Le statut particulier des terres de Saint-Victor et Chapitre, notamment l’enchevêtrement des droits de juridiction dont elles font l’objet, crée depuis longtemps de nombreux conflits entre Genève et la Savoie. Si les comtes de Genève puis les ducs de Savoie ont toujours revendiqué des droits sur les terres de Saint-Victor et Chapitre, jusque-là, la question n’a jamais été réglée de manière définitive : en 1570, un traité entre Genève et la Savoie octroiera au duc la souveraineté et juridiction de Saint-Victor et Chapitre, de la même manière que les Bernois en ont joui avant lui. Car en effet, on peut considérer que c'est Berne qui a pris la haute autorité sur ces deux territoires, ce qui est mis en évidence par le nouveau traité du 30 mars 1539.

Ce qui nous ramène à l'occupation Bernoise qui s'étend sur l'ensemble des territoires qui encerclent la ville, comme on peut le voir sur la carte ci-dessous.

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Les bailliages de Gex, Ternier & Gaillard et de Thonon sous domination Bernoise

On peut facilement comprendre que la situation des Genevois n'est pas très confortable, d'autant que Berne soutient nombre de fugitifs qui ont quittté la ville peu apres l'évèque, et qu'elle s'oppose au Conseil Général de la ville lors du bannissement de Calvin en 1538; de la même façon, Berne ne soutiendra pas Genève lorsque François 1er donne le mandement de Thiez à l'évèque. Cet antagonisme ne sera  résolu que par l'accord ratifié par les deux parties sous l'arbitrage de Bale en janvier 1544 et connu sous le nom de "départ de Bale".

Raide comme la justice de Berne

Dans les territoires du Duc de Savoie, pour asseoir son pouvoir, Berne s'emploie à imposer la religion réformée pour éloigner les populations de leurs anciens souverains catholiques. Conjointement, les Bernois se substituèrent au Duc de Savoie dans l'administration, tout en  imposant la langue romande dans les actes publics. Leur administration sévère mais juste donnera naissance au dicton qui nous est parvenu jusqu'à aujourd'hui.

La Chartreuse de Pomier et l'occupation bernoise

Quant à l'Abaye de Pomier, la prudente politique de Charlotte de Genevois-Nemours qui régnait sur le Comté de Genevois, lui épargna l'occupation bernoise. En effet, alors que tous les barons des bailliages de Ternier et Gaillard , de Gex, et du Chablais prétaient hommage aux "Magnifiques et Redoutés seigneurs de Berne" et que nobles et villains étaient convertis au protestantisme, les localités du comté de Genevois restèrent indemnes. Dans la paroisse de Beaumont, la partie de la seigneurie de Pomier qui dépendait de Ternier passa sous la coupe des Bernois, tandis que Jussy et Le Chable demeurêrent catholiques et hors d'atteinte de l'occupation bernoise. L'Abaye perdit cependant ses possessions à Genève et en Pays de Vaud. En 1541, elle aura toutefois à subir une attaque et un pillage menés par une bande de flibustiers venus du Chablais.

En effet, il faut préciser dans cette histoire compliquée de notre territoire que depuis 1514, le Genevois (hormis les baillis limitrophes de Genève), le Faucigny et le Beaufortain avaient été donnés en apanage par le Duc Charles III à son frère cadet Philippe qui, fixé à la cour du roi et tres proche de François 1er , reçut de celui ci le duché de Nemours. Les Genevois -Nemours servirent d'ailleurs dans les armées du Roi de France, y compris contre la dynastie Savoyarde, ce qui permit à l'apanage d'être bien traité lors de l'occupation française, et à Annecy de briller d'un éclat particulier, avec une forte présence de nobles français.
NB: Il faut bien comprendre que pendant toute cette période notre territoire, le bailliage de Ternier, était lui resté sous domination de la Maison de Savoie, alors que ce n'est qu'en 1665 que l'apanage retournera à la Maison de Savoie, provoquant de facto la réunion de notre ville St Julien avec le Genevois dirigé depuis Annecy.

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Carte extraite du livre "Jacques de Savoie-Nemours"

Le Duc de Savoie recouvre ses terres

Emmanuel Philibert.jpgEn vertu du traité de Cateau Cambresis en 1559 qui marque la fin de la guerre entre la France et l'Espagne pour la domination de l'Italie, le nouveau (depuis 1553) duc Emmanuel-Philibert qui était l'allié des Espagnols et s'est illustré aux commandes d'une de leurs armées, se voit restituer les terres de son duché occupées par les Français, à l'exception de quelques places fortes laissées à la France . Pour pactiser avec la France, ce prince vigoureux de corps et d'esprit épouse Marguerite de Valois, la soeur du roi de France Henri II en 1559.

Alors que l'édit ducal du 11 février 1560 établit le Sénat de Savoie, par l'édit de Rivoli du 22 septembre 1561, le Duc remplace l'usage du latin dans les documents officiels par le français dans les domaines à l'ouest des Alpes (Savoie) et dans la Vallée d'Aoste, et par l'italien dans les domaines à l'est (Piémont) et au sud (Comté de Nice) des Alpes. Une première coupure entre les territoires de la Maison de Savoie.

D'autant que, conscient de sa vulnérabilité face à la menace française, le Duc décide de transférer sa capitale de Chambery à Turin en 1563. C'est un premier "abandon", il y en aura d'autres, de la terre de ses ancètres par la Maison de Savoie.

Le Duc entreprend alors de se faire restituer les provinces occupées par les Bernois et obtient satisfaction par le Traité de Lausanne en date du 22/10/1564 pour les bailliages de Thonon, Gex, Ternier et Gaillard. Ce traité sanctionné par le Roi de France et le Roi d'Espagne en 1565, ne sera cependant ratifié par Berne que le 29/5/1567 et ce n'est que le 26/8/1567 que le bailliage de Ternier est libéré et rendu au Duc de Savoie, après une occupation bernoise qui aura duré 31 ans. Quant au Pays de Vaud, il reste propriété des Bernois tandis que le Bas Valais jusqu'à Martigny est laissé aux Valaisans.

On notera que le Duc Emmanuel-Philibert, qui s'y est engagé auprès des cantons suisses, respectera scrupuleusement sa promesse de ne pas s'ingérer dans les affaires religieuses, et qu'il laissera la religion protestante seule pratiquée sur ces territoires libérés par Berne pendant toute la durée de son règne. Il ramena la tranquilité dans son duché et réorganisa ses états en divisant la Savoie en sept judicatures mage, dont celle de Gex et Ternier pour laquelle le juge-mage résidait à Gex.

Le règne calamiteux de Charles Emmanuel Ier 

Apres le règne pacifique et éclairé de son père, le nouveau duc de Savoie Charles Emmanuel Ier attira sur ses sujets les plus effroyables calamités.

Il tente de prendre Genève en 1583: sans succès. Apres qu'un édit du 15/7/1587 eut établi à St Julien un marché hebdomadaire et deux foires par an, il vend le 5/1/1589 la seigneurie de Ternier à noble Jérôme Lambert de Lornay, avec titre de baronnie.

Profitant des guerres de religion qui affaiblissent le royaume de France, il s'empare du Marquisat de Salluces en 1588. En représailles, le roi de France Henri III, outré de cette aggression, encourage alors les Genevois à attaquer le duc de Savoie en leur promettant le territoire qui va jusqu'aux Usses, par un traité  en date du 19/4/1589. Ils envahissent facilement le bailliage de Ternier et occupent entre autres le château de Ternier.

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Le château de Ternier

Suite à la contre attaque du Duc de Savoie qui repousse les Genevois, a lieu le dimanche 1er juin 1589 la prise du château de Ternier par Charles Emmanuel, qui nonobstant les promesses par lui faites aux défenseurs du chateau, fait exécuter 60 défenseurs dont 13 sont pendus aux branches du grand châtaignier qui domine le site. Une infamie vengée lors d'une nouvelle bataille le 3  juin suivant à Plan les Ouates, quand les Genevois massacreront les sodats du duc faits prisonniers au cri de "Voila la Grace de Ternier".

En 1589, le Duc entreprend la construction du Fort Sainte Catherine à Songy, près de Viry, avec l'ambition de l'utiliser comme tête de pont pour conquerir Genéve. Bien que battu en 1591 à Pont-Chamarra par les troupes françaises de Lesdiguières, la guerre continua sans relache pendant les annèes 1591,1592 et 1593; les Genevois mais surtout les troupes du Duc faisant de grands ravages dans le bailliage de Ternier. Le 9 septembre, une trève fut signée qui durera deux ans et qui verra Genève exercer sa souveraineté sur notre territoire.

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Le Fort Sainte Catherine au lieu dit Songy sur la commune de Viry

En 1599, la guerre reprend entre la Savoie et la France, Henri IV s'emparant sans peine de la Bresse et de la Savoie. Pressé par les Genevois, il vient mettre le siège au Fort Sainte Catherine, séjournant 3 jours à l'Eluiset; A titre d'anecdote, on notera qu'il échappa de peu à la mort lors d'une reconnaissance des lieux, suite à une traitrise d'un de ses officiers. Le roi de France obtient la capitulation du Fort sans combattre le 14 décembre 1600 et livre celui-ci aux Genevois qui le démantèleront pierre par pierre en deux jours début janvier 1601.

Pour sa peine, Henri IV  de par le traité de Lyon du 17/1/1601 dépouille le Duc de Savoie et prend possession pour la France de la Bresse, du Bugey et, au grand dam des Genevois, du pays de Gex; Henri IV renie aussi le traité du 19 avril 1589, qu'il avait pourtant ratifié le 20 octobre 1592, et refuse l'exécution de celui-ci qui promettait à Genève le territoire jusqu'aux Usses. Une nouvelle occasion manquée pour notre territoire et Genève d'être réunis.

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La carte des Etats de Savoie après le Traité de Lyon en 1601

Suite au traité de Lyon et à la perte du Pays de Gex, le siège de la judicature-mage des baillages de Ternier et Gaillard est transféré de Gex à St. Julien. Succédant à la période de  reconversion religieuse menacante et violente du Duc de Savoie, une lente et patiente reconversion pacifique de la région au catholicisme s'engage alors sous l'action bienveillante de François de Sales. Cependant Bossey, Neydens et Valleiry qui restent sous domination genevoise, restent protestants et gardent leur temple.

Mais Charles-Emmanuel n'a pas renoncé à son grand dessein de s'emparer de Genéve, et les escarmouches reprennent, culminant avec la tentative de prise de la ville lors de la nuit de l'Escalade, du 11 au 12 décembre 1602, que le Duc supervisa depuis St Julien ou il séjournait incognito.

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La bataille de l'Escalade

Malgré l'humiliation générée par cette "cagade", les escarmouches perdurent, et le fervent Catholique Vito de Basterga stationné à St Julien  s'en prend en toute occasion aux "hérétiques genevois". En représailles d'une exaction commise à Annemasse où il a fait étrangler des "coupeurs de croix", les genevois procèdent à une attaque nocturne de St Julien le 3/2/1603 afin d'éliminer ce capitaine Vito qui ne cesse de leur causer problèmes, mais qui parviendra toutefois à s'échapper.

Le Traité de St Julien - 1603

Finalement, le 21/7/1603, apres 10 jours de négociations, le  traité de St. Julien établit la paix definitive entre le Duc de Savoie et Genève, à la grande joie des populations locales lassées des guerres, et qui entendent avec ravissement  le Président Rochette leur crier par la fenêtre du château "Mes amis, louez Dieu, vous avez la paix". On ajoutera qu'en revanche le Duc regretta jusqu'à sa mort d'avoir conclu ce traité, disant sur son lit de mort en 1630 "le traité que j'ai signé avec Genève est le plomb mortel qui me tue".

Il n'est pas anodin que dans ce traité qui prône l'apaisement des tensions religieuses et ordonne le rétablissement de la liberté du commerce (exception faite du sel) le chapitre VIII du traité concerne le pardon du Duc envers ses propres sujets qui auraient pris le parti de Genève. Une nécessité, tant étaient nombreux les habitants du nord du Genevois qui, le plus souvent pour des raisons économiques, avaient combattu au coté de la République;

 Genève prospère 

Il faut rappeler ici que la Révocation de l'Edit de Nantes par Louis XIV en octobre 1585 va jouer un rôle prépondérant pour Genève en lui redonnant l'envergure d'une métropole internationale qu'elle était en train de perdre en se provincialisant à l'extrème. L'apport de forces vives, de volonté, de savoir faire et de capitaux des huguenots français qui fuient la France et y cherchent refuge, a puissament contribué à l'essor de l'économie genevoise. Pour ce qui concerne notre territoire , notons que le 9/5/1636 a lieu la vente de la baronnie de Ternier par l'heritier de Jérôme Lambert  à Jean Antoine de Rossillon.

Louis XIV envahit la Savoie 

victoramdeiinr8.jpgBien que marié à une nièce de Louis XIV, Victor Amèdèe II de Savoie (photo) prend part à la Ligue d'Augsbourg contre la France, qui envahit ses États en 1690. Malgré la demande genevoise de respecter les principes du Traité de 1603 qui interdit aux troupes de se rassembler à moins de 4 lieues de Genéve, le Marquis de St Ruth général en chef des troupes françaises fait occuper les bailliages de Ternier et Gaillard et s'empresse d'y lever un impôt quatre fois supérieur à celui que le Duc de Savoie leur imposait.

Notons que le nouveau baron de Ternier Prosper d'Arenthon de Lucinges servit fidèlement le Duc de Savoie et combattit bravement les Français, ce qui lui valut de voir ses biens confisqués par l'occupant; mais il en reprit possession lorsque la Savoie, signant une paix séparée avec la France, fut évacuée; le Duc de Savoie le récompensa en lui décernant le 29 décembre 1696 la plus haute distinction de la Maison de Savoie, le collier de l'Annonciade, et en érigeant la baronnie de Ternier en marquisat.

A St Julien, quelques années plus tard, le 21/6/1701 exactement, a lieu la pose de la première pierre de la nouvelle église rebâtie sur le site même de l'ancienne devenue trop petite. La nouvelle èglise sera finie fin novembre 1702. C'est à la même époque qu'un terrain est choisi près du Crêt pour y déplacer le cimetière qui jusque là se trouvait autour de l'église.

Mais les malheurs vont recommencer. En effet, allié de la France au début de la Guerre de Succession d'Espagne, le Duc de Savoie Victor Amédée II se joint à l'Autriche en 1703 à la demande de l'Empereur; mais une nouvelle défaite lui fait perdre la Savoie. S'ensuit alors une occupation tres dure de notre territoire par la France, à tel point que le Sénat de Savoie prèsenta un mèmoire à l'intendant français sur les excès commis par les troupes royales .

Momentanément brouillé avec l'Autriche en 1709, à qui il reproche de ne pas l'avoir soutenu contre les Français, Victor Amédée garde alors sa neutralité jusqu'au Traité d'Utrecht (1713) où il finit par faire libérer son Duché de Savoie occupé par l'armée française; il y reçoit de surcroît une partie du Milanais et le Royaume de Sicile, pour lequel  il obtient le titre de roi.
NB: cette île étant trop éloignée pour qu'il puisse la défendre, il négociera en 1720 avec l'empereur Charles VI l'échange du royaume de Sicile contre celui de Sardaigne, prenant ainsi le tître de roi de Sardaigne.

Traité d'Utrecht: Libération de la Savoie - La Maison de Savoie devient royale

C'est ainsi qu'après 10 ans d'occupation, les troupes françaises évacuèrent le pays en 1713, tandis qu'un certain nombre de soldats s'étant mariés à St Julien y demeurèrent. Apres avoir dans un premier temps (novembre 1713) décidé de la suppression de la judicature mage de Ternier et Gaillard, Victor Amédée II se rend aux arguments du Sénat de Savoie et , pour contenir les entreprises de Genève, il maintient la judicature-mage de Ternier et Gaillard, la nommant de ses propres termes, "la plus importante de toutes".

Le marquis de Ternier Prosper de Lucinges meurt à St. Julien le 29/4/1715. Le marquisat revient alors à Jacques d'Allinges qui épouse l'héritière Marguerite-Prospère de la Valdisere.

A cette époque a lieu une longue visite de Victor-Amédée à Annecy, puis Evian, au second semestre 1715. Puis une nouvelle visite se produit en 1724 à l'occasion du remariage du prince hèritier Charles-Emmanuel qui est célébré a Thonon. Sur le chemin du retour, le roi prend son dîner à Pomier le 23/8/1724. C'est cette même annèe 1724 qu'est décidé à St Julien l'aménagement du  Promenoir du Crêt. Le 11/7/1726 en route pour Evian, Victor Amédée et les principaux de sa cour couchent au château de St. Julien, et le reste à l'auberge des trois rois. Il abdiquera en faveur de son fils Charles-Emmanuel III le 3  septembre 1730 et s'établit à  Chambery ou il meurt en 1732.

En 1730, Victor Amédée II qui a initié dès 1728 l'établissement de la mappe sarde, avait ordonné le cadastrage des bailliages de Ternier et de Gaillard, encourageant les autorités genevoises à se pencher sur la question.

Charles_Emmanuel_III_by_Clementi.jpgEn juillet 1731, se rendant à Evian, le nouveau roi Charles-Emmanuel III , qui gouverna son royaume en despote éclairé, vint coucher à Pomier quelques jours après une tempête de grèle qui avait dévasté le pays. C'est aussi une èpoque ou les loups firent de grands ravages tandis que les autorités prenaient moult précautions pour éviter les rapports de la population avec Genève. Un édit du roi du 6/10/1733 régularisa le commerce de l'épicerie dans son royaume, fixant à un seul épicier le droit de commerce de détail à St. Julien. C'est Joseph Pissard, natif de Sallanches et regrattier (vendeur de sel), qui fut nommé à cette fonction.

En 1734, les autorités genevoises  rédigent un mémoire sur les différends entre les officiers du duc de Savoie et ceux de Genève suscités par le territoire, la juridiction et la religion, et les moyens d’y remédier; pour ce faire ils  proposent deux plans:
-  L’un prévoit la cession, en faveur de Genève, des bailliages de Ternier et Gaillard, dans lesquels sont enclavées les terres de Saint-Victor et Chapitre, ainsi que quelques villages de la souveraineté de Genève.
- L’autre propose l’abandon d’une partie des bailliages seulement, sans cession de grandes paroisses, mais seulement de quelques hameaux.

La voie aux négociations est ouverte:

Elles débutent en 1739, avant d’être interrompues par l’occupation de la Savoie dans la guerre de succession d’Autriche (1740-1748). Elles reprendront ensuite, pour aboutir, le 3 juin 1754, au traité de Turin.

L'occupation espagnole - 1743-1749

Lors de la guerre de la Succession d'Autriche, le Roi Charles Emmanuel a pris le parti des Autrichiens contre la Prusse, la France et l'Espagne. Le  2 septembre 1742, les troupes de Philippe d'Espagne rentrent en Savoie et l'occupent, exercant un pillage sans merci. Pour St. Julien, l'occupation commencera début février 1743 et durera 6 ans, portant la misère des populations à son comble. Enfin, suite au traité d'Aix la chapelle du 18/10/1748, les espagnols quittent la Savoie fin janvier 1749, emportant avec eux les malédictions de leurs innombrables victimes. Le Roi de Sardaigne recouvre alors ses droits sur la Savoie et comprend la nécessité de trouver un accord définitif avec Genève sur les frontières. 

Redécoupage des frontières - Le traité de Turin en 1754

Le 3 juin 1754, le traité de Turin met fin à des siècles de contestations entre Genève et ses voisins au sujet de leurs droits de juridiction respectifs. Genève cède à la Savoie Carouge, Veyrier, Bossey, Landecy, Onex, Lancy, Avusy, Villette et Presinge, en échange de quoi elle reçoit, en pleine souveraineté, Cartigny, La Petite Grave, Epeisses, Grange-Canal, Vandoeuvres, La Belotte et Gy.

Déjà en 1736, puis à nouveau en 1752, les autorités savoyardes avaient ordonné l’expulsion des étrangers protestants établis dans les terres de Saint-Victor et Chapitre. Aussi, en  ce qui concerne la religion, le traité accorde aux habitants ayant changé de souveraineté le libre exercice de leur foi pour une durée de vingt-cinq ans. Passé ce délai, ils pourront conserver leurs terres, mais devront les faire cultiver par des personnes de la religion admise dans l’Etat où elles se trouvent. On voit bien là la fracture que la religion a établie entre Genève et son arrière pays savoisien.


Par ce traité de Turin de 1754, le roi renonce définitivement à Genève et sa banlieue. Mais il récupère certaines terres y compris Valleiry, Neydens et Bossey. Ce traité institue aussi la liberté du commerce et le transit gratuit du sel. Le 21/7/1755 les temples protestants d'Onex, Valleiry et Neydens sont consacrés au culte catholique; celui de Bossey ne le sera qu'en 1799.

Le 28 aout 1770, face à une famine qui ravage la Savoie, le Sénat de Savoie ordonne la prohibition absolue du commerce de grains avec Genève, établissant un cordon militaire le long de la frontière genevoise. Cette prohibition s'exercera  jusqu'au 16 septembre 1775 entraînant la ruine des bailliages de Ternier et de Gaillard qui ne pouvaient plus exporter leurs récoltes à Genève, tandis que dans le même temps la ville était obligée de faire venir à grands frais des blés étrangers qu'elle revendait à perte à ses citoyens nécessiteux. Une autre conséquence de cette mesure fut l'envol  des dénonciations, d'autant plus que le prix des denrées saisies était attribué presqu'en totalité aux saisissants et aux dénonciateurs.

L'irritation était d'autant plus exacerbée que les nobles et les prêtres étaient la plupart du temps exonérés de ces tracas, causant bien du souci au juge-mage Claude-Pierre Paget qui était pris entre deux feux pour faire appliquer la loi.

Le 28 mai 1772, tous les habitants ayant éte convoqués dans la salle d'audience de la judicature mage, la Commune de Saint-Julien passait délibération pour accepter l'affranchissement général offert par le Roi. Elle délégua Louis Jacquemard, Jean-Louis Boimond et Jean-François Tissot pour établir les actes nécessaires afin de libérer la ville de "toute taillabilité, des laods, censes, servis, plaids et autres droits de cette nature auxquels les habitants peuvent être assujettis envers les vassaux et autres personnes qui possèdent des fiefs ou emphitèoses sur le dit territoire". On retrouve nombre de noms des vieilles familles St-Juliennoises dans cet acte signé FRERE.

 L'émergence de Carouge

Modeste village jusqu'en 1754, le bourg s'accroit rapidement à partir de la signature du traité de Turin. Par lettres-patentes du 2/5/1780, le Roi de Sardaigne Charles Emmanuel III crée la province de Carouge, formées des anciens bailliages de Ternier et Gaillard, auxquels on ajoute les mandements de Clermont, Chaumont et Cruseilles, d'Annemasse et quelques autres territoires. C'est l'émergence d'une ville nouvelle, Carouge, dont le Roi veut faire une ville importante face à Genève, capable de la concurrencer sur le plan économique. Différents architectes de renommée se succèderont pour dresser les plans de cette nouvelle ville sarde qui a conservé à ce jour quelques uns des magnifiques bâtiments construits à cette époque.

Ce fut un moment de déclin pour la ville de St Julien, qui perdit sa judicature mage au profit de Carouge, et dont nombre de notables vinrent s'établir dans la nouvelle cité royale. 

La République Française conquiert la Savoie 

Mais un séisme a lieu dans la France voisine. Le roi Louis XVI a été renversé et la République proclamée. Attaquée par les puissances européennes, la France se défend et passe à l'attaque. Le 22/9/92 , les troupes de la République Française emmenées par le général Montesquiou envahissent la Savoie et ne s'arrêtent qu'à Carouge, sans traverser l'Arve. Des députés sont élus le 14/10/1792 qui se réunissent à Chambéry le 21/10/1792 sous le nom d'Assemblée des Allobroges et demandent le rattachement à la France. Le 28/11/1792, la Convention Nationale exauce le voeu des Allobroges, et crèè le département du Mont-Blanc avec pour capitale Chambéry.

Rem. Alors que la quasi unanimité des communes représentées à l'Assemblée des Allobroges avaient demandé l'annexion de la Savoie à la France, il est interessant de noter que le général conquérant de la République préconisait lui la constitution d'une République indépendante en Savoie: "Je suis de ceux qui pensent que ce n'est ni l'intérêt de la France ni l'intérêt de la Savoie de se réunir...Je pense donc que ce qui conviendrait le mieux aux deux peuples serait la formation de la Savoie en république indépendante, alliée de la France: et ce qui dans la suite serait le plus utile à la Savoie, ce serait d'entrer dans la Confédération Helvétique." Voila ce qu'écrivait le Général Montesquiou à l'adresse de l'Assemblée des Allobroges depuis son QG de Landecy, le 28 octobre 1792. La lettre arriva (malheureusement?) trop tard, l'affaire avait été résolue.

Le Département du Mont-Blanc 

Le Département est divisé en 7 districts, et dans celui de Carouge, c'est Viry, et non pas St Julien, qui devient le chef lieu de notre canton. En 1795 et 1796 ont lieu les ventes des biens nationaux, propriétés saisies par l'Etat (biens du clergé ou d'émigrés) et mises en vente par adjudication. C'est ainsi entre autres que Louis Jacquemard devient propriétaire de la superbe propriété, connue aujourd'hui sous le nom de "Maison David", désertée par le noble Menaud de Bontemps qui avait cherché refuge à Genève dès l'invasion des troupes françaises. De la même façon, le juge de paix du canton Etienne François Pissard se porta acquéreur le 3 thermidor de l'An IV du couvent des Capucins pour la somme de 12003 livres payés en assignats, ainsi que de nombreuses autres propriétés qu'il revendit rapidement pour la plupart.

 

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 Le Département du Mont-Blanc - chef lieu Chambéry

Le nouveau département du Léman

Mais posséder la Savoie n'est pas assez pour les révolutionnaires français qui traversent l'Arve et occupent Genève le 15/4/98. S'ensuit alors la création d'un nouveau département dont Genéve est le chef lieu: le département du Léman regroupe  le nord du département du Mont-Blanc, mais pas Annecy qui, restant attaché au département du Mont-Blanc, se voit donc séparé une nouvelle fois du nord du Genevois. A cette exception notoire près, le département du Léman regroupe une grande partie de la Haute-Savoie actuelle,  ainsi que le canton de Genève et le Pays de Gex. Aprés 800 ans de séparation administrative, notre territoire est donc enfin réuni avec Genève.....

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Le département du Léman, avec Genève comme préfecture 

Mais la République vivait ses dernières heures: après le Directoire, elle allait bientôt laisser la place à Bonaparte, et à l'Empire....

Annexes

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250 ans ont été nécessaires à l'agglomération genevoise pour gagner 10000 habitants entre la Réforme et l'Empire. A mettre en perspective avec l'accroissement démographique actuel. 

Sources et bibliographie:
www.sabaudia.org
César Duval : Ternier et Saint-Julien
Abel Jacquet: Saint-Julien-en-Genevois
Jean de Pingon: Savoie française - Histoire d'un pays annexé
Collectif: La Savoie en dates et en cartes
Collectif: Crises et révolutions à Genève - 1526 - 1544 
Paul Guichonnet: plusieurs livres et publications

08/04/2013

Histoire du Genevois - des Allobroges à la Réforme

Avec cet article commence la grande saga de notre territoire du Genevois, qui va nous faire traverser les siècles tout en se focalisant sur notre ville de Saint-Julien-en-Genevois. Le déroulé de cette histoire  va nous faire découvrir ce qu'il est advenu pendant plus de 2000 ans sur ces terres, autrefois patrie de nos ancètres, les Allobroges.

Les Allobroges et la conquète romaine

C'est au IIème Siècle Av JC que l'on parle pour la première fois du peuple Allobroge qui occupait notre territoire, lors de la traversée des Alpes par Hannibal. Les Allobroges furent longtemps des rebelles à l'autorité romaine et la conquête du territoire des Allobroges par les Romains se fit en plusieurs étapes entre -122 et -60 avant JC.

 

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Le territoire de Allobroges

La victoire romaine du proconsul Fabius Maximus, en -121, permit aux Romains la conquête du pays des Allobroges, et son incorporation à la province romaine de la Narbonnaise. Le succès du consul Fabius Maximus lui vaudra alors le surnom de « Allobrogicus »

Après la victoire de Fabius Maximus, les Allobroges furent désormais soumis aux Romains, et leur territoire forma le premier noyau de la Province transalpine. Les Romains écrasant le pays de lourds impôts, et leurs délégations à Rome étant infructueuses, en -62/-61, les Allobroges se révoltèrent dans l'avant-pays viennois et reprirent les armes mais ils furent à nouveau battus près de Valence . La conquête des terres allobroges par Rome fait de Genève une ville romaine qui, peu avant l'an 280 sera érigée en évéché, centre d'un vaste diocèse.

C'est Jules César qui parle le premier de Genève et du Genevois dans son récit de la Guerre des Gaules, quand il explique comment il est venu ici pour arréter les Helvètes, qui avaient décidé de quitter leurs terres au nord du lac Léman pour se rendre et s'installer en Saintonge, près de l'Océan Atlantique. A l'époque deux passages étaient possibles pour un tel voyage, l'un à travers le Jura et l'autre à travers le Rhône. C'est ainsi que Jules César fit abattre le pont qui enjambait le Rhône à Genève et qu'il installa des barricades pour protéger le passage connu aujourd'hui sous le nom de Fort l'Ecluse.

Victorieux  près de la Saone, César renvoie les Helvètes dans leur pays et exige des Allobroges de leur fournir du blé puisque ceux-là avaient tout brulé avant de partir pour rendre leur migration sans retour. Il ordonne aussi aux Helvètes de reconstruire leurs villes et leurs bourgs pour se prémunir d'une invasion des Germains sur un territoire fertile mais déserté.

Les Burgondes

En 443, le peuple Burgonde vient s'installer au bord du Lac Leman, en Sapaudie (le pays des sapins), et fonde le premier royaume de Bourgogne, avec pendant 30 ans, Genève comme capitale de leur royaume. Ses souverains les plus glorieux, Gondebaud et son fils Sigismond, gouvernent alors un territoire qui s'étend de Langres à Marseille et du Rhin à la Loire, et dont Lyon est devenue la capitale.

NB: Les vestiges burgondes retrouvés à St-Julien, tels ce cimetière découvert dans la Grande Rue en 1874, puis les ossements trouvés au Puy Saint Martin dans les années 1970, confirment l'existence d'une bourgade sur ce site dès cette époque. Il est toutefois probable que la localité fondée par les Burgonndes fut entièrement détruite lors des convulsions du Moyen age et disparut sans laisser de traces.

 

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Mais l'existence de ce royaume fut éphémère à cause des visées franques de Clovis et de ses fils qui l'attaquent sans cesse et qui y mettent fin en 534. Le royaume Burgonde, qui conserve son individualité, est alors intégré aux royaumes merovingiens. Le royaume de Bourgogne cesse d'apparaître en tant qu’entité géopolitique avec les Carolingiens.

En 739, Charles Martel établit définitivement, son autorité sur la Bourgogne et la Provence dont l'administration est confiée à des comtes qui représentent le roi dans leurs comtés (pagi), ceux-ci  correspondant le plus souvent aux diocèses épiscopaux. Une aristocratie puissante se constitue, à l'image d'Abbon qui posédait des territoires considérables s'étendant du maconnais à la provence.

Après la conquête du royaume lombard (774), la Bourgogne devint un nœud central du pouvoir carolingien, puisqu’elle assurait la jonction des possessions franques et italiennes de l’empire; la route du Mont-Cenis est développée pour des raisons stratégiques et militaires, alors que le trafic commercial utilise principalement la route du Grand Saint-Bernard.

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L'empire Franc sous Charlemagne

allobroges,Helvètes, Jules César,GenèveAprès la mort de Charlemagne et de son fils, Louis Le Pieux, le traité de Verdun de 843 signé entre les 3 fils de Louis Le Pieux déchire à jamais l'unité du vieil empire de leur grand-père. La Bourgogne est scindée en 2, donnant naissance, à l’ouest de la Saône, à une Bourgogne française (ou Bourgogne franque) qui appartient au royaume de Charles le Chauve, et à l’est de cette même rivière, à une Bourgogne impériale, qui revient à Lothaire, l'ainé, qui se pare du titre d'empereur; quant à l'est de l'empire, il revient à Louis Le Germanique.

Rem. On notera que les frontères linguistiques de la Suisse entre l'allemand et le français qui trouvent leurs origines avec les territoires des Alamans et des Helvètes, correspondent peu ou prou aux limites définies par cette scission.

 

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En 855, par le traité de Prum, Lothaire partage son empire entre ses trois fils: à Lothaire II le nord, à Charles la Bourgogne et la Provence, tandis que Louis reçoit l'Italie et le titre d'Empereur.

Malheureusement, les héritiers de Lothaire disparaitront les uns après les autres sans laisser de descendants, et chacun des oncles et des frères tentera de dépouiller son parent. C'est d'abord la mort de Charles de Provence qui permet à ses deux oncles de mettre la main sur son royaume. Alors que les Normands ravagent le nord et que les  Sarrasins menacent le midi, partout règne l'anarchie; le trône des Francs se soutient à grand peine. A la mort de leur neveu Lothaire II, les deux frères Charles le Chauve et Louis le Germanique s'accaparent le royaume de leur neveu, au détriment de leur autre neveu l'empereur Louis II, qui aurait dû hériter des biens de son frère. 

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Les 2 oncles s'accaparent le royaume de leurs neveux: Charles décédé en 863, puis Lothaire II qui meurt en 869

Malgré ses protestations, Louis II, le frère de Lothaire II ne peut récupérer l'héritage de son frère, et il meurt lui aussi en 875, bientôt suivi dans la tombe par ses oncles, Louis II le Germanique le 28 aout 876, puis Charles II le Chauve le 8 octobre 877.

La mort soudaine de Louis II le Bègue en 879, donne le signal du démantellement des territoires qu'avaient conquis son père Charles le Chauve. Son fils Carloman II reçoit l'Aquitaine et la Bourgogne, alors que le frère de ce dernier, Louis III hérite du reste du royaume.

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allobroges,Helvètes, Jules César,Genève,Gondebaud,Charlemagne,A la mort des 2 frères, Louis III en 882 , puis Carloman en 884, Charles III le Gros descendant de Louis II le Germanique va, suite à la mort précédente de son frère Louis III le jeune en 882 , reconstituer une grande partie de l'empire de Charlemagne, à l'exception de la Provence et de la Bourgogne cisjurane qui appartiennent au comte Boson depuis le 15/10/879.

 

Après que l'empereur Charles le Gros eut été déposé en novembre 887 et fut mort le 13 janvier 888, les nobles et les principaux membres du clergé de Haute-Bourgogne se réunirent à Saint-Maurice et, en janvier 888, proclamèrent Rodolphe pour roi. Au printemps 888, il est couronné roi de Bourgogne, mais en proie à l'hostilité d'Arnulf, fils et héritier de Charles le Gros, il doit se contenter de  la Bourgoogne Transjurane, qui devient ainsi un nouveau royaume. A sa mort ,  en 912, son fils Rodolphe II lui succéde mais , affaibli par ses campagnes italiennes, il doit se mettre sous la protection de la royauté Ottonienne. C'est ainsi qu'à la mort de Rodolphe II en 937, Otton Ier envahit la Bourgogne pour ensuite rétablir Conrad, le fils de Rodolphe, sur le trône en 942; il lui permet même de remettre la main sur la Bourgogne Bosonide (cisjurane).

 

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 Le royaume de Bourgogne

Après 942, les Rodolphiens se trouvèrent à la tête d’un royaume de près de 200 000 km2: l'essentiel du domaine royal s'étendait autour de Vienne et dans la Bourgogne transjurane, avec des espaces plus périphériques comme la vallée d'Aoste ou le Valentinois. Au nord et au sud, le royaume rodolphien avait vu se développer les principautés du comté de Bourgogne (future Franche-Comté) et du comté de Provence.

NB: Tout au long du Xe siècle, les honneurs comtaux demeurèrent viagers, ce qui explique que les historiens ne parviennent pas à identifier la moindre dynastie comtale, en dehors des principautés des comtés de Provence et de Bourgogne. Cela signifie que les titres de comtes n'étaient pas liés à un territoire géographique. Parallèlement, à compter du milieu du Xe siècle, le rôle traditionnel des pouvoirs ecclésiastiques s’accrut encore, lorsque la monarchie concéda massivement les pouvoirs publics aux évêques et abbés.

Le pouvoir impérial

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Otton Ier, fondateur du Saint-Empire

Dans la seconde moitié du Xe siècle, par une série d'alliances croisées, (Otton Ier épouse la fille de Rodolphe II en 951 et donne sa nièce au fils du roi), la monarchie impériale ottonienne accrut sa tutelle sur la royauté rodolphienne et .se placa  en protecteur du royaume de Bourgogne, en s’attachant particulièrement à entretenir le culte de saint Maurice. A tel point qu'en 1016, Rodolphe III, fils et héritier de Conrad, promit à l’empereur de gouverner selon ses conseils et de lui laisser sa succession s’il devait mourir sans laisser un fils légitime.

Dans ce contexte de  tutelle impériale, les évêques du royaume rodolphien délaissèrent le palais royal pour se placer directement sous l’autorité impériale des Ottoniens. Après l’an mil,  les prélats s'émancipent du roi et gèrent leur diocèse en toute indépendance. Ils prennent aussi le chemin de la Germanie, comme le firent les archevêques de Lyon et de la Tarentaise ainsi que les évêques de Genêve et de Lausanne en 1007, lorsqu’ils allèrent assister au concile de Francfort.

En 1032, le roi de Bourgogne Rodolphe III mourut en laissant sa couronne à Conrad le Salique, qui est empereur depuis 1027. Celui-ci se heurta toutefois à la résistance d’une grande partie de l’aristocratie. Refusant de se soumettre à la poigne germanique, une partie de l’aristocratie bourguignonne, au premier rang de laquelle se tenait le comte Gérold de Genève, fit appel au comte Eudes II de Blois , fils d’une sœur du roi Rodolphe III pour contester l'héritage impérial Principal partisan de l’empereur, le comte Humbert  prit la tête des troupes réunies par le pouvoir impérial. En 1034, tandis que Conrad s’avançait par le Nord, le comte Humbert entrait en Bourgogne par la vallée d’Aoste et le col du Grand-Saint-Bernard. Les deux armées firent leur jonction à Genève. Le succès de Conrad était total : Eudes II de Blois avait été définitivement vaincu et l’ensemble de l’aristocratie bourguignonne avait été contrainte à se soumettre. Le royaume de Bourgogne, bien qu'affaibli, était ainsi devenu partie intégrante de l’empire,

allobroges,Helvètes, Jules César,Genève,Gondebaud,Charlemagne,NB: Le Saint-Empire Romain Germanique auquel appartient désormais notre territoire courra de 962 (Othon Ier) à 1806 quand François II qui a pris le titre d'empereur en 1797, sera contraint par Napoléon d'abdiquer le 6 aout  1806. marquant ainsi la fin d'un empire qui dura plus de 800 ans.

 

 

La scission entre Genève et le Comté de Genève

Blason Comté de Genève.JPGComme on vient de le voir, le comte de Genève Gerold II quiBlason Geneve.jpg conteste le legs de la Bourgogne à Conrad, et revendique ses droits sur la ville de Genève,  a été défait par l'empereur. Celui-ci confie alors les destinés temporelles de la ville à l'évêque qui règne deja sur le diocèse (Un très grand territoire qui comprend la Savoie, la Haute Savoie, le Pays de Gex et la Riviera Vaudoise comme indiqué sur la carte ci-dessous). C'est ainsi que le comte de Genève Gérold perd sa domination sur la ville ou Conrad est intronisé par l'évêque le 1er aout 1034. À cette époque Genève est une bourgade de 1100 Hb dont les armes comprennent l'aigle impériale pour l'empereur et les clés de St. Pierre pour l'évêque.

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Carte géographique du diocèse de Geneve 

NB: le comte Humbert, dont le frère est évèque de Belley, et fidèle lieutenant de Conrad le Saique conquiert la Tarentaise et la Maurienne; en 1033, il fondera  avec la bénédiction de l'empereur la Maison de Savoie, qui pendant près de 4 siècles s'opposera aux comtes de Genève avant de devenir maitre de leur territoire et qui régnera sur la Savoie jusqu'en 1860.

Le Comté de Genève 

A cette époque, le Comté de Genève était constitué de fiefs détenus par des seigneurs vassaux ( Viry, Ternier...), fiefs appartenant au Comte proprement dit. Tois types de subdivisions formaient le comté:

- Le mandement seigneurial, ou le seigneur nommait un de ses vassaux pour administrer son territoire, sous l'autorité du comte

- Le mandement mixte, ou c'etait une direction partagée entre le comte et un seigneur¨

- Le mandement comtal, que représentait la chatellenie de Ternier, ou un agent du comte, le chatelain, était chargé de la gestion.

Dans le Genevois, l'une des plus grandes familles du bailliage de Ternier, auquel appartient St Julien, est la famille de Ternier, qui sera l'un des plus fidèles alliés du Comte de Genève puis du Comte de Savoie par la suite.

Quant à St-Julien, son nom n'apparait pour la première fois qu'en 1272. Posterla ou Postella, du nom d'une grande famille italienne du Milanais installée à Genève qui aurait pu avoir des propriétés sur l'emplacement,  semble être  le nom de la localité ou a été construite la ville. Ce n'est qu'au 13ème siécle que la bourgade prit son nom quand la construction d'un chateau seigneurial à Saint-Julien donna naissance à une nouvelle activité. Les fréquents séjours qu'y faisaient les comtes de Genève et leur entourage, y rendit indispensable l'établissement d'une hostellerie qui se placa sous le vocable de Saint-Julien, patron des voyageurs. Cette enseigne baptisa la petite agglomération qui vint se former à l'abri du chateau et qui fut érigée en paroisse à la fin du 13ème siècle.

Les luttes entre le comte et l'Evèque de Genève

Suite à la scission entre Genève et le comté qui porte son nom, s'ensuivront près de 200 ans de lutte pour le contrôle de la ville entre le comte et l'évêque de Genève, entrecoupés d'accords:

En 1124 le traité de Seyssel signé entre l'évéque Humbert de Grammont et Aymon comte de Genéve, fera reconnaitre l'évèque comme étant le supérieur du comte qui "prête foi et hommage à l'évèque Humbert et déclare ne reconnaitre , sauf l'emperereur, aucun autre seigneur préférablement à lui" et lui "restitue sans contestation toute la ville de Genève". En contrepartie de quoi, l'évèque a remis au comte son ancien fief, tel qu'il peut être possédé par un laic.

Un siécle plus tard, le traité de Desingy de 1219 fixe une nouvelle et dernière fois la paix entre le comte de Genève Guillaume et l'évêque de Genève Aymon en imposant au Comte de Genève de résider à Annecy et en constatant que "le comte Guillaume fait hommage-lige à l'évèque et lui jure fidélité; l'évèque de son coté l'investit du fief du comté au moyen de l'anneau. Ainsi devenus amis, ils livrent à l'oubli leurs offenses et plaintes réciproques"

NB: Entre temps, en 1170, la chartreuse de Pomier, qui jouera un rôle prépondérant sur notre territoire pendant 600 ans, a été fondée au Mont-Sion, à 4 lieues au sud de la ville de Genève. Ses droits lui furent accordés par l'évèque de Genève, Ardutius de Faucigny et par son successeur Nanthelme et ses chanoines, imité en 1179 par Guillaume Ier, comte de Genève.

Les rivalités entre comtes de Savoie et comtes de Genève

Qulques années après le Traité de Desingy, c'est le conflit avec les comtes de Savoie qui va empoisonner la vie des comtes de Genève. En 1250, le comte de Savoie s'empare du chateau de Boug de Four, sis à Genève, propriété du comte de Genève Guillaume Ier. Celui-ci, pour garantir sa dette envers le comte de Savoie, doit mettre en gage un certain nombre de ses chateaux et propriétes. permettant ainsi à la Maison de Savoie de se substituer à celle de Genève dans la cité épiscopale.

En réaction à cette influence grandissante et menacante de la Maison de Savoie, le comte et l'évéque de Genève s'allient et, avec l'appui du Dauphiné, mèneront une série de 4 guerres féodales entre 1282 et 1327 contre les comtes de Savoie.

A l'issue de la première guerre conclue en 1287 par le Traité d'Annemasse, le comte de Savoie Amédée V est totalement maitre de la cité épiscopale. Cela n'empeche pas le comte de Genève Amédée II de faire une attaque surprise sur Genève en 1291, qui échouera  face à la résistance des citoyens aidés dans leur combat par le comte de Savoie. Le traité d'Aix du 10 décembre 1291 confirme celui d'Annemasse et le comte de Genève prète à nouvau hommage au comte de Savoie. En 1304, Amédée II renouvelle ses alliances avec l'évèque Aymon du Quart et fait construire le chateau de Gaillard. Mais en 1307, le comte de Savoie Amé le Grand  tente de s'emparer de Genève provoquant une nouvelle alliance entre le comte de Genève , l'évèque et le dauphin pour défendre la ville, qui débouche le 23/10/1308 sur un traité de paix entre Guillaume III comte de Genève et Amé le Grand, comte de Savoie.

Malgré la paix de 1308, à partir de 1314 il y aura plusieurs tentatives par Amé puis Édouard de Savoie de s'emparer de Genève jusqu'en 1329. Ce qui explique la construction en juillet 1318 du château de la Bastie Melliers  par Girard de Ternier, vassal des comtes de Genève, pour protéger la ville. La bataille de Varay ou se distinguent le comte Amédée III de Genève et Girard au coté du Dauphin met fin en 1325 au conflit entre Edouard de Savoie et le Dauphin Guigues.  En 1329 Édouard meurt, et son successeur Aymon le Pacifique fait la paix avec le Comte de Genevois Amédée III de Genève et s'attache ses services. S'ensuit une période d'entente et de paix qui sera bénéfique à notre territoire.

A cette époque, le comte de Genevois séjournait souvent en son chateau de St-Julien, et il entretenait un chatelain dans son chateau de Ternier. A la mort d'Aymon, Amédée III de Genève qui était lié à la famille de Savoie par sa mère, devient l'un des tuteur du jeune comte Amédée VI de Savoie, connu plus tard sous le nom de "comte Vert".

La carte ci-dessous indique les forces en présence autour de notre ville en 1340:

La Maison de Savoie (possessions en rouge sur la carte) entoure notre territoire: Outre la Savoie, en 1340, elle est présente en Bresse, dans le Bugey, une partie du Canton de Vaud et le Chablais. Bientôt, elle mettra la main sur le Faucigny, encerclant de fait le comté de Genevois.

Le Faucigny, (en bleu) dont plusieurs princes ont été évèque de Genève, a appartenu à la Maison de Savoie qui l'a donné en dot au Dauphin lors de son mariage à la fille de Pierre II de Savoie en 1253 ; il est donc sous la juridiction du Dauphiné en 1340. Après l'achat du Dauphiné par la France en 1349, il devient français, avant de redevenir propriété de la Maison de Savoie par le traité de Paris en 1355, ce qui permet de relier le comté de Savoie au Chablais.

Le Comté de Genevois (en vert) est indépendant en 1340. Il deviendra propriété de la Maison de Savoie en 1401 lorsqu'Odon de Villars, l'héritier des comtes de Genève le cèdera à Amédée VIII de Savoie.

La ville de Genève, sous l'autorité de l'évèque, parvient, elle, à sauvegarder son indépendance. Elle obtiendra même une véritable émancipation quand l'évèque Adhémar Fabri accordera ses franchises aux bourgeois de Genéve, en 1387.

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Le morcellement des territoires vers 1340 - En vert le Comté de Genève

Quant à notre ville de St Julien, outre les chateaux de Ternier qui existent depuis le XIème Siècle, un certain nombre d'éléments nous prouvent que le château de St. Julien, propriètè du comte de Genevois, est antérieur à 1335 et que dans le même temps la famille de Ternier a fait construire le chateau de Bursins au lieu dit connu aujourd'hui sous le nom de "Cret Millet". C'est dans ce chateau que la famille de Ternier établira sa résidence, en partage avec le chateau du Chatelard situé sur la commune de Feigères et qui sera détruit en 1590.


Le Comté de Genevois devient propriété de la Maison de Savoie

Le dernier comte de Genève, Robert de Genève, anti pape à Avignon sous le nom de Clement VII étant mort sans enfant, ainsi que son hèritier Humbert de Villars, c'est le 5 août 1401 par vente d'Odon de Villars à Amédée VIII de Savoie que  le comté de Genevois devient propriété de la Maison de Savoie. Peu de temps après, par la grace de l'Emperereur, Amédée VIII devient duc en 1416.

  

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Carte des Etats de Savoie circa 1427

NB: On notera que le fier Girard de Ternier qui avait racheté le mandement de Ternier à Robert de Genève en 1394 servit loyalement son nouveau maitre Amédée VIII, qui le 31 mai 1409 le nomma dans l'Ordre du Collier de Savoye. Girard  décédera en 1418, non sans avoir préalablement organisé le cérémonial grandiose de ses funérailles et nommé comme héritier son neveu Richard de Montchenu.

allobroges,helvètes,jules césar,genève,gondebaud,charlemagneAmédée VIII se retira en ermitage à Ripaille et passa la main à son fils Louis de Savoie. S'il donna en apanage le comté de Genevois à son fils cadet Philippe (la branche qui sera bientôt connue sous le nom de Savoie-Nemours), il faut noter que les bailliages de Ternier et de Gaillard qui faisaient frontière avec Genève, furent distraits du comté et restèrent propriété du Duc. En 1482, le chatelain François Bon d'Allinges fit faire des réparations importantes au chateau de Ternier, dépenses qui furent payées par la Chambre des comptes de Savoie. On notera aussi que la Maison de Savoie avait pris l'habitude de faire nommer les évèques de Genève en son sein, y compris Philippe de Savoie qui n'avait que 7 ans lorsqu'il fut nommé évèque à la fin du XVème Siècle. Cela eut pour conséquence d'irriter la population genevoise qui rechercha l'alliance des cantons suisses de Berne et de Fribourg.

S'ensuivit la "guerre des harengs" en 1519 qui vit le Duc de Savoie Charles III entrer dans Genève avec une armée de 8000 hommes qui traita la ville en pays conquis. L'arrivée d'une armée de Fribourg ramena le Duc à plus de modération avant que la peste qui sévissait en ville ne le chasse de Genève. Mais il n'avait pas renoncé à s'emparer de la ville.

Le 6 mai 1523, Charles III de Savoie accompagné de sa nouvelle èpouse Béatrix de Portugal qu'il vient présenter en grandes pompes à Genève, fait son entrée à St. Julien avec plus de 1000 gentilshommes en grand apparat. Ils séjournent avec leur cour au Chateau de St Julien.

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L'évolution des Etats de Savoie du XIIIème au XVIème siècle


Genève et la Réforme 

A cette époque, une sourde lutte d'influence oppose à Genève les mamelus, partisans du Duc et les Eidgnots, ses ennemis, qui finissent par l'emporter en signant une alliance avec Fribourg et Berne en 1526. Le 21/2/1528 a lieu une proclamation par le premier syndic Besancon, qui condamne à mort  44 familles de mamelus qui, proscrits, se refugieront en émigrant pour la plupart à St-Julien. S'ensuit la création de la confrérie des gentilhommes de la cuiller dont l'objectif est de reconquèrir Genève.

Le 2/1/1529 a lieu l'assassinat de François de Montchenu-Ternier, seigneur de Ponverre et capitaine de ces gentilhommes, au moment ou il traverse la ville. Après de nouveaux troubles, le 19/10/1530 est signé l'Arrêt de St-Julien qui établit la paix entre la Savoie d'un coté , Genève et les cantons suisses de Berne et Fribourg de l'autre. De 1532 à 1535, la Réforme se développe à Genève, combattue par Fribourg la catholique mais encouragée par Berne. Le 27/8/1535 est proclamée l'interdiction du culte catholique à Genève qui provoque l'exode des religieuses de Ste Claire. 

L'invasion Bernoise

Le 16 janvier 1536, Berne déclare la guerre au Duc de Savoie qui est lui même sous la menace du roi de France François 1er. Les troupes Bernoises commandées par Hans Franz Naegeli, après avoir conquis les Pays de Vaud,  arrivent à Genève le 2/2/1536 et le 5 février à St-Julien, avant de pousser jusqu'au fort l'écluse. La République de Berne établit Simon Foerber comme bailli de Ternier, et ordonne qu'en tous lieux les actes publics se fassent en langue romande, interdisant aux prêtres de se méler de tout office notarial.

Le 24 février, les troupes françaises entrent dans Chambéry et s'emparent de la Savoie. Le Duc de Savoie n'a plus de terres, confisquées à l'ouest par la France et à l'est par Berne. Quant à notre territoire, il va subir pendant plus de 20 ans la dure loi des Bernois qui fera naitre l'expression qui a survécu jusqu'à ce jour " raide comme la justice de Berne".

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Carte géographique des religions en Savoie du nord au XVI ème Siècle


Conclusion

On notera donc que pendant toute cette époque qui dure plus de 1500 ans , depuis les Allobroges jusqu'à la Réforme, les destins de nos deux contrées Genève et Genevois sont intimement liés, même si des facteurs exogènes tels que la Maison de Savoie ou la fracture religieuse ont contribué à nous éloigner l'un de l'autre.

Sources:
www.sabaudia.org
César Duval : Ternier et Saint-Julien
Abel Jacquet: Saint-Julien-en-Genevois
Jean de Pingon: Savoie française - Histoire d'un pays annexé
Collectif: La Savoie en dates et en cartes
Collectif: Crises et révolutions à Genève - 1526 - 1544