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09/09/2011

La France se cherche un CHURCHILL

François de Closets,l'Echéance,Churchill,Marc Fiorentino,c dans l'air,Yves Calvi,Jean-Pierre Raffarin, Amitié franco-chinoise,Louis XIV,Edit de Nantes,Huguenots,Napoléon IIIEn 1940, alors que tout semblait perdu, et que l'Allemagne lui proposait une paix séparée, CHURCHILL, l'homme le plus admirable du XX ème siècle refusa de baisser les bras face à la barbarie Hitlérienne, et pratiquement seul contre tous, il promit à son peuple du sang, de la sueur et des larmes pour atteindre l'objectif: la victoire finale.

Galvanisés par l'énergie de ce lion indomptable, les Anglais acceptèrent tous les sacrifices et permirent à l'Europe et au monde d'être le monde libre que l'on connait en ce début de millénaire.

Aujourd'hui, comme le dit François de Closets dans son excellentfrançois de closets,l'echéance,churchill,marc fiorentino,c dans l'air,yves calvi,jean-pierre raffarin,amitié franco-chinoise,louis xiv,edit de nantes,huguenots,napoléon iii livre"L'échéance", nous sommes au bord de la faillite et pour s'en sortir, il faut mener une politique de guerre. Mais pas celle d'une nation cherchant à s'éviter les douleurs en recherchant un armistice (les mesurettes qu'on nous sert actuellement), nous devons tels les Anglais en 1940, croire à notre destinée et mener la mère de tous les combats face au déclin qui nous rattrape chaque jour un peu plus.

françois de closets,l'echéance,churchill,marc fiorentino,c dans l'air,yves calvi,jean-pierre raffarin,amitié franco-chinoise,louis xiv,edit de nantes,huguenots,napoléon iiiPour cela, il est indispensble de proposer un véritable projet au peuple Français, car personne ne peut accepter les souffrances sans avoir un but. C'est ce qu'a tres bien illustré hier mon ami Marc Fiorentino dans l'excellente émission d'Yves Calvi, C dans l'Air sur France 3. Oui les Français seront prêts aux efforts, et tout particulièrement la Classe Moyenne, si on leur propose un projet, une vision d'avenir pour la Grande Nation comme était jadis connue la France.

Ce projet c'est de revenir aux fondements de notre identité nationale, de ce qui est le coeur des valeurs de la République Française. Une société libre où l'Etat cesse de se méler de tout pour organiser dans ses moindres détails la vie de ses sujets. Une société d'égalité mais non égalitariste où l'équité est la valeur suprème qui permet à l'interet général de toujours primer sur les interets particuliers, corporatistes ou de classe; une société qui cesse de laminer sa classe moyenne au profit des pauvres qui ne paient rien et des riches qui ne paient pas assez. Une société fraternelle où l'on retrouve la joie d'être ensemble et de partager les mêmes valeurs et où les plus fortunés acceptent d'aider les plus mal lotis, handicapés  de la vie.

Pour cela, la France doit cesser d'avoir des rèves de grandeur qui ne lui sont plus accessibles; elle doit au contraire, par son humilité et son sens moral, donner envie aux autres pays Européens de rejoindre ses idéaux et d'avancer, ensemble, vers un avenir où les idéaux européens puissent trouver un écho dans le monde.

françois de closets,l'echéance,churchill,marc fiorentino,c dans l'air,yves calvi,jean-pierre raffarin,amitié franco-chinoise,louis xiv,edit de nantes,huguenots,napoléon iiiA cet égard, il est temps que la France, tout en gardant des liens d'amitié avec ce grand pays que sont les Etats Unis d'Amérique, mette en place une grande politique d'amitié avec la Chine. Nous avons tant en commun avec cette civilisation millénaire!... La France doit avoir comme objectif de devenir le meilleur ami de la Chine en Europe, si ce n'est dans le monde; pour ce faire notre pays doit mener une vraie politique d'amitié et de partenariat, tant économique que culturel, avec l'Empire du Milieu. A titre d'exemple, le gouvernement pourrait créer un secrétariat d'Etat aux affaires chinoises, confié bien sur à Jean-Pierre Raffarin, pour mettre en oeuvre cette politique.

Dans le même temps, la France doit oeuvrer au rapprochement de l'Europe avec la Russie avec comme objectif ultime d'offrir à ce grand pays de rejoindre l'Union.

Qu'on le veuille ou non, même si je ne suis pas d'accord avec tout ce qu'il a fait, il faut reconnaitre à Nicolas Sarkozy quelques belles réussites dans ce domaine, comme la libération de la Lybie du joug de son dictateur ou surtout, la création du G20.

Pour en revenir à la crise financière et économique qui nous prend à la gorge, elle n'est que la conséquence de 35 ans de laxisme et de lacheté de nos gouvernants qui, tout occupés qu'ils étaient à préserver leur place au soleil, ont cédé de façon désatreuse aux interets corporatistes ou à ceux de leur électorat présumé, sans vouloir voir à quel point cette funeste politique était fatale au bien être de notre pays. A titre d'exemple, la réforme des retraites que tout le monde savait inévitable, aucun des gouvernements précédents n'a eu le courage de l'aborder; et il a fallu être au pied du mur pour que le gouvernement Fillon se résolve enfin à faire une réformette qui ne résout en rien les problèmes à Long Terme de l'allongement de la vie et du déséquilibre démographique qu'il entraine.

N'oublions pas que diriger un pays, c'est un peu comme diriger un navire; lorsque le commandant du Titanic tourna la barre à gauche toute face à l'iceberg, le paquebot géant poursuivit sa route en ligne droite avant de commencer à dessiner un début de courbe d'évitement avec le résultat que l'on sait. Le gouvernement d'aujourd'hui est victime des décisiosn prises, ou non prises, de ses prédecesseurs il y a 5 ans ou plus. Et si bonnes sont les décisions prises aujourd'hui, je pense à la réforme des universités, ce n'est que dans quelques années que cette mesure portera ses fruits.
Pour illustrer mon propos, je ferai référence à ce que je considère comme une hérésie historique. On vénère le roi Louis XIV alors qu'il a sans doute jeté notre pays dans le déclin, comme aucun autre roi, en révoquant l'Edit de Nantes, ce qui a fait fuire les forces vives de notre pays: les Huguenots. A l'inverse, on méprise Napoléon III alors que c'est à lui que l'on doit d'avoir en Paris l'une des plus belles villes du monde et qu'il a transformé en profondeur notre vieux pays agricole en une nation industrielle de premier plan.

françois de closets,l'echéance,churchill,marc fiorentino,c dans l'air,yves calvi,jean-pierre raffarin,amitié franco-chinoise,louis xiv,edit de nantes,huguenots,napoléon iiiLa France implore des réformes; pas des réformettes; c'est pourquoi elle a été tant déçue par Sarkozy qui n'a pas été à la hauteur des espérances qu'il avait soulevées parmi les classes moyennes qui se lèvent pour aller travailler. Il n'a pas su être notre Margaret Thatcher qui a su faire rebondir son pays alors que celui-ci s'était enlisé après la victoire de mai 1945. La France veut un nouveau De Gaulle, l'homme qui a su mettre l'interet de son pays au dessus de tout et qui est parti à l'instant même où son peuple ne l'a plus compris.

Que cherchent nos dirigeants? une vie confortable entourée de courtisans qui les flattent, ou une place dans l'Histoire! La situation est désormais suffisamment grave pour que la France se dote d'un futur président qui aie le courage de choisir la deuxième option pour affronter le tsunami sans se préoccuper des vaguelettes et de l'écume générées par le microcosme politico-médiatique.

Voici pour conclure quelques unes des réformes qui s'imposent à notre pays:

* suppression des niches fiscales qui sont autant, pour l'essentiel d'entre elles, des abandons faits à des interets corporatistes

* Mise en place d'une grande réforme fiscale basée sur des principes simples
-Institution de l'impot sur le revenu pour tous
-Simplification du bareme pour qu'il soit lisible et facile à comprendre: on pourrait prendre le SMIC comme base de calcul.
 par ex: Tranche 1: le Smic ou moins: 1% du revenu
             Tranche 2: 2x le Smic ou moins : 5% du revenu
             Tranche 3: 3x le Smic ou moins: 10% du revenu
             Tranche 4: 4x le Smic ou moins: 15% du revenu
             Tranche 5: 5x le Smic ou moins: 20% du revenu
             Tranche 6:  au dela 30% du revenu
             Tranche excedant 200000 €: 50% du revenu 
-Suppression des niches fiscales qui sont autant, pour l'essentiel d'entre elles, des abandons faits à des interets corporatistes
-Mise en place d'un impot sur les successions qui éxonèrent les petites successions (<200000 € par part) mais frappent durement les grosses (> 1M € par part)

* Mettre un terme à la garantie de l'emploi des fonctionnaires, avec l'introduction d'une rémunération au mérite 

* Encadrement du chomage en plafonnant les allocations à 5 fois le SMIC et en liant le montant de celles ci à la situation familiale (Nbre d'enfants à charge et age)

* Institution du mandat unique pour les députés et les sénateurs, avec le rétablissement de l'égalité d'opportunité des citoyens envers l'éligibilité à un mandat national.

* Mise en place d'un droit de vote supplémentaire pour les parents, afin de privilégier dans les urnes les politiciens qui se préoccupent du Long Terme

* Réforme de la retraite en instituant une période de pré-retraite sur 4 ans au cours de laquelle le futur retraité parraine un jeune et le forme au sein de l'entreprise qu'il va quitter.

* Réforme des marchés financiers en interdisant par exemple la vente à découvert et en encadrant scrupuleusement l'usage de cet outil destructeur que sont les CDS.

Et toutes les mesures de bon sens qui emporteraient l'adhésion de la majorité silencieuse.......

Voila comment j'envisage la sortie de crise. Jamais un De Gaulle n'aurait fait entendre sa voix dans des circonstances normales; ce sont les circonstances extraordinaires de la guerre d'abord, puis de la guerre d'Algérie ensuite, qui lui ont permis de réformer ce pays en profondeur. La crise actuelle offre la même opportunité..... Sachons la saisir!

PS: les chiffres indiqués ci-dessus sont des bases de travail et méritent bien sur d'être retravaillés; c'est l'esprits qui compte.

31/03/2011

St Julien - un champ de bataille Napoléonien méconnu

le 1er mars 1814, ce ne fut pas Waterloo morne plaine, mais bien plutôt Thairy, morne plaine, à l'heure où les troupes Napoléoniennes, sous le commandement du Général DESAIX, s'opposèrent aux troupes Autrichiennes qui avaient "libéré Genève le 31 décembre 1813, dans la plaine de Crache-Thairy.

Merci au Messager de nous faire revivre cette page d'histoire.

Histoire bataille Napoleon.JPG

cliquer sur l'image afin de pouvoir lire le texte

10:37 Publié dans Histoire, Saint-Julien | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : st julien, napoleon, dessaix, thairy, les plaimbois | | | Digg! Digg | | |  Facebook

18/02/2011

Portrait d'un homme d'histoire - Claude Megevand

Claude MEGEVAND est un homme remarquable. Intarissable sur l'histoire de notre territoire, il est un puits de science et de connaissances pour qui s'interesse à ce domaine. Ce qui l'a conduit à créer, avec d'autres amoureux de l'histoire, cette magnifique "société savante" qu'est la Salévienne. J'ai pour ma part, voir le compte rendu dans la rubrique histoire du blog, assisté à une de ses conférences, et j'en garde un souvenir ému: Claude m'a initié au bonheur de découvrir notre histoire et notre patimoine.

En outre, c'est un homme charmant dont la gentillesse et le souci de faire partager ses connaissances, n'ont d'égal que sa modestie et sa simplicité; un grand bonhomme!

Ci-apres l'article qui lui était consacré la semaine dernière dans Le Messager

Claude Megevand.JPG

PS: J'aimerais qu'à l'occasion de la Journée du Patrimoine, Claude puisse nous faire découvrir l'histoire d'un des joyaux, malheureusement disparus, de notre bonne ville: Les chateaux de Ternier.... 

10:38 Publié dans Histoire, Société | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : claude megevand, la salèvienne, ternier | | | Digg! Digg | | |  Facebook

01/12/2010

La Grande Zone - Exposition à la Maison du Salève

Samedi 27 novembre, à la Maison du Salève, a été inaugurée sous la neige, par un aréopage de personnalités et d'élus, une exposition consacrée à la Grande Zone, appelée aussi Zone d'Annexion.

Je recommande vivement la visite de cette exposition à tous les curieux de l'histoire de notre région qui s'interessent aux péripéties qui conduisirent au rattachement de la Savoie à la France et aux conséquences que cet évènement a eu sur la vie quotidienne de nos ancètres et jusqu'à aujourd'hui.
Pour ceux qui ne pourraient pas s'y rendre, voici un résumé de ce que l'on peut voir et découvrir dans cette exposition que l'on doit à Mr Claude Mégevand, Président de la Salèvienne.

Afin de comprendre le pourquoi de cette Grande Zone, mise en place en 1860, après le rattachement de la Savoie à la France, il est essentiel de se rappeler l'historique de notre territoire:

- du Genevois savoyard,qui jusqu'en 1401 faisait partie du Comté de Genève avant d'être vendu à la Maison de Savoie en 1401.
- du Faucigny et du Chablais.

Pour mieux visualiser l'évolution des limites géographques de la Savoie, on pourra se référer aux 4 cartes suivantes qui correspondant à 4 grandes époques de l'histoire de la Savoie. En rouge les territoires appartenant à la Maison de Savoie, en jaune les territoires d'évolution.

La Savoie au XIème siècle - elle ne comprend pas le Comté de Genève
Frontieres Savoie1.JPG

Limites territoriales de la Savoie au XIVème siècle - avant le rachat du Comté de Genève en 1401Frontieres Savoie2.JPG

En 1553, la capitale de la Savoie est transférée à TurinFrontieres Savoie3.JPG

Après échange de la Sicile avec la Sardaigne, Naissance du Royaume de Piémont-Sardaigne en 1720Frontieres Savoie4.JPG

L'évolution du territoire controlé par la Maison de Savoie montre bien l'interet croissant de celle-ci pour les territoires transalpins aux dépens  de sa terre ancestrale de ce coté des Alpes. Ce "désamour" se concrétisera en juillet 1858, quand Cavour, Premier Ministre du Royaume de Piémont-Sardaigne, lors des accords secrets de Plombières, proposera à Napoléon III de lui céder la Savoie et le comté de Nice en échange de son aide à bouter les Autrichiens hors de Lombardie et de Vénétie afin que le roi de Piémont-Sardaigne, Victor Emmanuel II, puisse réaliser l'unité italienne.

Ainsi, les Savoyards, assistaient-ils impuissants à un changement profond de leur destinée qui, désormais serait décidée à Paris et non plus à Turin. En quelque sorte, c'était un retour à la parenthèse qui de 1798 à 1813 avait réuni Savoyards et Genevois au sein du Département français du Léman.

Departement du Leman.JPG

Impuissants pas tout à fait, car dans certaines parties du territoire, et particulièrement en Savoie du Nord, un mouvement populaire se développa pour demander le rattachement à la Suisse plutôt qu'à la France, tant les interets de cette région étaient imbriqués avec ceux de leur capitale économique, Genève.

Malgré les efforts du clergé, qui , hostile à la politique de laïcisation de Cavour, était en faveur du rattachement à la France, protectrice du Pape, une pétition rassemblant plus de 14000 voix (soit 14000 familles puisque seuls les hommes chefs de famille votaient) demanda le rattachement du Chablais, du Faucigny et du nord du Genevois à la Suisse, et particulièrement à Genève. Cela est particulièrement significatif si on considère la population de l'époque:

Genève: 98357 hb
Annemasse: 2811 hb
Thonon les Bains: 6268 hb
St Julien en Genevois: 1432 hb
Bonneville: 2114 hb
La Roche sur Foron: 3377 hb
Sallanches: 2032 hb

Extrait du texte de la pétition ouverte en février-mars 1860 en faveur du rattachement de la Savoie du Nord à la Suisse publiée dans le Journal de Genève:

" Nous avons été réunis à la France pendant quelques années et un grand nombre sentent encore leur coeur battre au souvenir de cette époque. Nous sommes étroitement liés au Piémont depuis 1848. Cependant, malgré toutes nos sympathies, soit pour l'Italie libre, soit pour la France, d'autres sympathies d'un ordre plus élevé nous mènent à décider l'annexion à la Suisse. Oui, tel est notre désir le plus ardent, fondé sur nos rapports exclusifs avec Genève, sur nos interets commerciaux, sur les avantages que nous ne saurions trouver ailleurs

Cette pétition rassembla 13651 signatures dans 60 communes du Faucigny, 23 du Chablais et 13 dans les environs de St Julien en Genevois

On comprendra encore mieux les raisons derrière cette volonté populaire en écoutant Joseph-Léandre Barde , l'un des leaders partisan de l'annexion de la Savoie du Nord à la Suisse, qui résumait la situation ainsi:
"Demandez à un paysan du midi ( de la Savoie) ce qu'il désirerait être: français dira t-il. Ne lui parlez pas de la Suisse, il vous rirait au nez....Demandez au contraire à un habitant du Chablais et du Faucigny le sort qui lui sourirait le plus, il vous répondra avec son bon sens: si Genève est française, il faut être français; si Genève est suisse, il faut être suisse, si Genève est cosaque, il faut être cosaque."

petition 1859.JPG

Quelques noms de familles ayant voté la pétition

 

Cette interdépendance entre Genève et son arrière-pays s'était concrétisée par l'instauration de deux  zones franches douanières tout autour de Genève, permettant à celle-ci de respirer: la zone de Gex en 1815 et la zone sur le territoire de la Savoie qu'on appela la zone sarde, en 1816.

Zone sarde.JPG

en jaune, les limites géographiques de la zone sarde - en rose les limites du canton de Genève

 

On voit donc bien que la plupart des communes appartenant à la zone sarde étaient en faveur du rattachement à la Suisse et non pas à la France. Ce phénomène d'appartenance était exacerbé par un autre phénomène, moins connu, qui est la zone de neutralité que le roi de Piémont-Sardaigne avait fait entériner par le Traité de Vienne. En effet, ce territoire transalpin, difficile à défendre depuis Turin, était une proie facile pour l'envahisseur français. Aussi, en le rendant neutre, avec occupation et neutralisation possible par la Suisse en cas de conflit, il avait pensé le protéger des ambitions françaises. Ce n'est qu'en 1928, soit après la Grande Guerre, que la zone de neutralité fut abrogée d'un commun accord entre les  gouvernements français et suisse.

Zone neutre.JPG

Zone de neutralité décrétée par le Traité de Vienne

 

Pour contrer cette volonté populaire de rattachement à la Suisse du nord de la savoie, Napoléon III eut recours à un subterfuge (qui ne sera mis à jour qu'en 1996) consistant à faire venir à Paris une députation savoyarde pour demander à l'empereur de s'opposer au démantèlement de la Savoie; Cette députation fort opportune (on comprend pourquoi, puisque c'est lui qui l'avait organisée...) permit à l'Empereur des Français de revenir sur la promesse qu'il avait faite aux Suisses et à Dufour en particulier de leur céder ce territoire.
Rem: Cela est d'autant plus regrettable qu'une telle séparation eut donné aux deux pays des frontières naturelles (Fort l'Ecluse, Mont-Sion, Salève...) à l'inverse de celles  que nous connaissons aujourd'hui.

Mais en bon politique qu'il était, Napoléon III avait compris qu'il devait lacher du lest, et c'est ainsi qu'il proposa d'étendre les frontières de la zone franche sarde de 1816 à un territoire beaucoup plus vaste courant de Genève aux Usses qu'on appellera Zone d'Annexion ou encore Grande Zone.

Grande Zone.JPG 

Limites territoriales de la Grande Zone

 

 

Traite Turin.JPG

Comme on peut le lire sur l'extrait ci-dessus, le Traité de Turin stipulait que le rattachement ne devait se faire sans aucune contrainte des populations; un plébiscite fut ainsi organisé pour demander aux Savoyards s'ils souhaitaient unir leur destinée à celle de la France. Napoléon III offrit donc aux habitant de ce territoire de voter en faveur du rattachement à la France en leur accordant de bénéficier des avantages économiques et douaniers d'une zone franche. C'est ainsi que lors du Plébiscite des 22 & 23 avril 1860, les bulletins proposés aux votants portaient la mention "OUI" et  "OUI et ZONE".
Rem:  on dit que la France n'avait pas cru bon d'imprimer des bulletins "NON", ce qui peut expliquer le résultat de plus de 99% de voix en faveur du rattachement.

Le résultat officiel proclamé le 24 avril 1860 par la Cour d'Appel de Savoie  pour la Province d'Annecy (Chablais, Faucigny, Genevois) donna les scores suivants:

Inscrits: 63459
Votants: 60203
OUI: 59997 (dont 47706 OUI et ZONE)

Bulletin Oui et Zone.JPG

 

C'est ainsi que le 14 juin 1860, la France prit possession de l'ensemble de la  Savoie et du Comté de Nice, et que la Grande Zone fut créée, dans les limites territoriales décrites sur la carte ci-dessus. Des postes de douane sont alors mis en place au Pont Rouge, au pont de la Caille, au Plot.... sur la ligne des Usses et les montagnes séparant le Faucigny et le Genevois. En conséquence, les Savoyards du sud qui veulent se rendre en Savoie du Nord doivent désormais passer par cette douane, tandis qu'il n'y a pas vraiment de douane française sur la frontière; mais des bureaux fiscaux y sont installés pour prélever les taxes qui ne sont pas des droits de douane.

proclamation 14 juin 1860.JPG

La mise en place de la Grande Zone ne se fait pas sans difficulté. La Suisse ne la reconnait pas et il faudra attendre 1881 pour qu'un accord soit trouvé avec la France. D'autre part, des fonctionnaires français nouvellement nommés à Annecy, ainsi que des acteurs économiques locaux, demandent sa suppression. Annecy, chef lieu du département considère que la Savoie du Nord lui échappe au profit de Genève, et sera pendant des décennies opposée à la Grande Zone.

 

Que reste t-il aujourd'hui de la zone franche?

Au sortir de la Grande Guerre, après que la France eut fait inscrire la suppression de la zone franche dans le Traité de Versailles en 1919, revenant de facto sur le vote des populations de 1860, les gouvernements français et suisse s'accordèrent pour remplacer la zone franche par un régime de bon voisinage dans la convention du 7 août 1921. Mais c'était sans compter sur la population suisse, qui par référendum, refusa d'entériner cet accord le 18 février 1923. Les deux pays s'en remirent alors à la Cour Internationale de La Haye qui, le 7 juin 1932, statuera en imposant à la France de reculer sa ligne de douane sur l'ancienne ligne des traités de 1815 et 1816, remettant en place la zone sarde et gessienne. Cela fut fait le 1er janvier 1934 et subsiste à nos jours, conformément aux accords de Territet.

Toutefois, les droits de douane ayant fortement baissé sous l'impulsion de l'OMC, l'impact de la zone est désormais limité, se réduisant à quelques facilités de négoce pour les produits agricoles produits en zone et vendus à Genève, ou quelques avantages pour les produits importés depuis l'extèrieur de l'UE (ex: les voitures japonaises ou coréennes immatriculées en TTQ)

PS: Le lecteur curieux des affaires de notre territoire ne pourra s'empêcher de remarquer que le territoire français  défini par le Projet d'Agglo Franco-Valdo Genevois recouvre peu ou prou les mêmes limites géographiques que celles de la zone sarde et gessienne réunies.
Comme quoi, l'histoire ne se répète pas, elle bégaie....

Mes remerciements les plus sincères à Mr Claude Mégevand dont j'ai repris les travaux pour  la plus grande partie des faits historiques relatés dans cet article.

28/11/2010

Dates Clés de notre territoire genevois pour mieux comprendre la situation actuelle

58 av JC : Jules César arrête les Hélvètes à Genève

443: installation des Burgondes qui font de Genève leur capitale.

534: Genève est incluse dans le royaume des Francs.

1032: Genève et sa région reviennent par héritage au Saint-Empire Romain Germanique, ce qui explique la présence de l'aigle sur les armoiries de la ville.

1034: L'évèque de Genève reçoit de l'empereur le tître de prince et le pouvoir temporel sur la cité, ce qui suscitera un affrontement durable avec le Comte de Genève qui est le suzerain d'un territoire allant des portes d'Aix les Bains aux portes de Genève et dont la résidence principal est Annecy.

1124: Traité de Seyssel - L'empereur confirme les droits de l'évèque sur la Cité de Genève, au détriment du Comte de Genève qui renonce à ses droits sur la Cité.
1219: Traité de Desingy - Confirmation des accords de Seyssel
Ces deux traités peuvent être conidérés comme la base de la rupture entre Genève et la Savoie du Nord. 

23 mai 1387: Franchises de l'évèque Adhémar Fabri qui confirment les pouvoirs des bourgeois de la ville, constitués en Conseil Général.

1401: Le comté de Genève est vendu au Comte de Savoie Amédée VIII. Notre territoire fait désormais partie de la Savoie qui devient maître du Léman, à l'exception de la ville de Genève et des quelques enclaves que la Cité possède dans les terres de Savoie (Neydens, .....)

1416: Les Comtes de Savoie obtiennent de l'Empereur le tître du Duc.

1419: La Maison de Savoie annexe le Piémont.

1534: Sous la pression des Bourgeois de la ville, l'évèque doit quitter Genève

21 mai 1536: Genève se déclare République autonome, mettant une fin définitive aux pouvoirs de l'évèque, et adopte la réforme  - les liens avec le Saint-Empire se distendent.
Pour repousser les prétentions du Duc de Savoie, Genève s'allie à Berne. Les Bernois envahissent notre territoire: ils détruisent les chateaux des Ducs de Savoie et font régner l'ordre avec une administration "aussi raide que la justice de Berne".

1559: Fondation de l'Académie de Genève par Jean Calvin.

1563: Les Ducs de Savoie transfèrent leur capitale de Chambéry à Turin.

1589: Construction du Fort Sainte-Catherine à Songy par le Duc de Savoie Charles-Emmanuel 1er qui ambitionne de conquérir Genève et d'en faire sa capitale.

1600: Destruction du Fort Sainte-Catherine par les Genevois grace à l'aide d'Henri IV, roi de France qui, au cours de sa campagne contre le Duc de Savoie, a séjourné 3 jours à l'Eluiset où il y a reçu Théodore de Bèze.

1601: Victorieuse, la France contraint le Duc de Savoie à lui  céder le Pays de Gex au grand dam de Genève qui avait des visées sur ce territoire limitrophe, et qui voit la France s'installer à ses portes, et notamment au bord du lac, à Versoix.

12 décembre 1602: L'Escalade - Dernière tentative du Duc de Savoie de s'emparer de Genève. Parmi les défenseurs de la ville, on compte de nombreux Savoyards qui travaillent à Genève et qui prennent position contre leur duc, dont la célèbre mère Guillaume, originaire de Cruseilles qui "sauve" la ville.

21 juillet 1603: Traité de Saint-Julien - Signé par Charles-Emmanuel 1er de Savoie et Genève, il établit une paix durable entre Genève et la Maison de Savoie.

1720: Le Duc de Savoie Victor-Amédée II prend le tître de roi de Piémont-Sardaigne

1754: Etablissement de la frontière officielle entre Genève et la Savoie. A cette occasion, plusieurs petites enclaves qui appartenaient alors à Genève, comme Neydens, Valleiry et Bossey, sont échangées et deviennent savoyardes

1792: Invasion de la Savoie et de notre territoire par les troupes de la République Française.

15 avril 1798: Invasion de Genève par les troupes du Directoire - Création du Département du Léman qui réunit, pour la première fois depuis plus de mille ans, Genève et les territoires voisins du Pays de Gex et de la Savoie du Nord dans un même département, dont Genève est le chef-lieu.

31 décembre 1813: Fin de l'épopée napoléonienne - Restauration de la République de Genève, et de son indépendance, grace aux troupes autrichiennes qui viennent de libèrer Genève du joug français.

1er juin 1814: Les troupes suisses débarquent à Genève
12 septembre 1814: La Diète admet Genève, qui en a fait la demande (pour se protéger de la France), comme membre de la Confédération Hélvètique.

1815-1816: Plusieurs Traités (Vienne, Paris, Turin) redéfinissent les frontières entre Genève, la Savoie et la France. Notre territoire du Genevois est restitué à la Maison de Savoie. Le Pays de Gex reste Français. Le Genevois Savoyard  qui souhaite son rattachement à Genève essuie un refus de la Rome Protestante qui se méfie de ce territoire catholique.
19 mai 1815: La République de Genève devient le 22ème canton de la Confédération Hélvètique.
20 novembre 1815: Traité de Paris: Cession de sept communes françaises du pays de Gex, afin de relier géographiquement Genève à la Suisse, et instauration de la zone franche du Pays de Gex.
16 mars 1816: Traité de Turin - Cession à Genève de 25 communes sardes (dont Carouge) et instauration d'une seconde zone franche, dite zone sarde, pour préserver le commerce du territoire savoyard avec Genève.
NB: Lors de ces deux traités est instituée une grande zone de neutralité, voulue par le Roi de Piémont-Sardaigne, validée et garantie par les grandes puissances Européennes, qui permet la neutralisation d'une grande partie de la Savoie en cas de guerre.

1829: Création d'une nouvelle zone franche autour de Saint-Gingolph.

1848: Nouvelle Constitution Hèlvétique qui renforce le pouvoir fédéral et crée un territoire douanier unique pour toute la Suisse.

1852: Cavour devient Premier Ministre de Victor Emmanuel II et gouverne le Royaume de Piémont-Sardaigne

Juillet 1858: Accords secrets de Plombières entre Napoléon III et Cavour qui prévoient l'abandon de la Savoie à la France en échange d'une aide des Français à Victor Emmanuel II pour bouter les Autrichiens hors d'Italie.

Juin 1859: Batailles sanglantes de  Magenta et Solferino entre la France et l'Autriche - Cette boucherie décidera Henri Dunant à faire quelque chose pour les malheureux blessés.

Juillet 1859: Paix de Villafranca et démission de Cavour, remplacé par Rattazzi qui est favorable au maintien de la Savoie et de Nice au sein du royaume sarde.

Janvier 1860: Cavour revient aux affaires
Février 1860: Un fort mouvement populaire se développe dans le Chablais, le Faucigny et le nord du Genevois avec plus de 14000 signatures  pour demander le rattachement à la Suisse, et particulièrement à Genève.
20 mars 1860: Députation savoyarde à Paris pour demander, fort opportunément, à Napoléon III de ne pas accepter le démantèlement de la Savoie.
24 mars 1860: Signature du Traité de Turin qui prévoit le rattachement de la Savoie à la France sous réserve d'une consultation des populations. C'est le Plébiscite qui propose l'aggrandissement de la zone franche, dite Grande Zone, jusqu'aux Usses pour appaiser les habitants de la Savoie du Nord qui souhaitaient, eux, un rattachement à Genève.
22-23 avril 1860: Plébiscite (votation du peuple) en faveur du rattachement à la France avec l'établissement de la Grande Zone ( Vote OUI et ZONE)
14 juin 1860: La France prend officiellement possession de la Savoie

27 août - 5 septembre 1860: Voyage officiel de Napoléon III et de l'impératrice Eugénie en Savoie.

1863: Fondation de la Croix Rouge à Genève

1870- Défaite de la France face à la Prusse - Exil de Napoléon III - Nouvelle pétition dans 54 communes de  Savoie du Nord pour demander le rattachement à la Suisse.

1914-1918: 1ère Guerre Mondiale - Notre territoire paie un lourd tribut à sa nouvelle patrie, tandis que Genève et la Suisse restent neutres.

1919: Traité de Versailles: Remise en cause par la France de la Grande Zone et de la neutralité de la Savoie du Nord (qui sera finalement abandonnée en 1928, sans consultation des populations)

28 avril 1919: Choix de Genève comme Siège de la Société des Nations voulue par le Président Américain Woodrow Wilson

1921: Accord entre les gouvernnements Suisses et français sur la zone franche
1922: Votation populaire en Suisse qui refuse cet accord.
10 octobre 1923: Suppression unilatérale par la France de la Grande Zone - Fort mécontentement à Genève et dans le genevois français

1932: Inauguration du Téléphérique du Salève

1er janvier 1934: Restauration de la zone franche  - Suite au recours de Genève devant les instances internationales, la France est contrainte de restaurer la zone le 1er janvier 1934, mais dans ses limites de la petite zone sarde de 1816.

1939-1945: 2nde Guerre Mondiale - Notre territoire fait partie de la zone libre jusqu'en 1942 . Saint- Julien sera libéré le 16 août 1944, après l'incendie de Valleiry par les Allemands en retraite. 

1945: Désignation de Genève comme le Siège Européen de l'ONU.

1984: l'Union Européenne accorde l'exonération des droits de douane sur les produits d'origine Suisse.

5 décembre 2007: Signature du Projet d'Agglo Franco-Valdo-Genevois

2010: Constitution de l'ARC

 

Un grand merci à Claude MEGEVAND, président de la Salèvienne, aux travaux duquel je dois un grand nombre des informations publiées ci-dessus et qui a su me donner goût à l'histoire de notre territoire.

20/11/2010

La Zone Franche en Savoie: France où est ta parole?

Si aujourd'hui existent des tentations séparatistes en Savoie, portées principalement par la Ligue Savoisienne, c'est qu'il y a des raisons historiques à cela, et en particulier le non respect par la France des accords passés et des avantages concédés lors de l'Annexion en 1860.

Il n'est pas ininteressant de s'attarder sur l'un des aspects de cette "trahison", à savoir les zones franches.

Voici comment Le Dauphiné Libéré résumait la situation, dans un article paru le lundi 25 Octobre 2010. Avec quelque inexactitudes, communes aux articles de presse écrits à la va-vite par des journalistes pas toujours scrupuleux de l'authenticité historique

Article Zone Franche.JPG

 

Essayons ici d'aller plus loin dans l'explication et la justification des zones franches:

Longtemps constitué de terres morcelées et enclavées, le territoire genevois a une histoire très complexe. Si les accords de 1749 (Traité de Paris) et de 1754 (Traité de Turin) avaient déjà permis de simplifier et « rationaliser » le maillage par trop enchevêtré des terres genevoises, françaises et savoyardes, il vaut la peine de rappeler que des accords de libre passage de personnes et de biens figuraient encore auparavant dans les Franchises que l'évêque Adhémar Fabri avait octroyées à Genève en 1387.

Les Zones de 1815-1816

Parler des zones franches aujourd'hui nous renvoie à l'histoire des XIXe et XXe siècles, soit aux importantes négociations territoriales qui ont suivi la fin de l'Empire et du Département du Léman (1814) et au Congrès de Vienne (1815).

C'est en 1775 que les Gessiens obtinrent du roi Louis XVI le premier statut de zone franche leur permettant de commercialiser librement avec Genève, la Savoie et l'Etat de Berne. Remis en cause par la Révolution, ce statut fut supprimé en 1792. Six ans plus tard, en 1798, Genève est rattaché à la France, devenant le chef-lieu du département du Léman. Pas pour longtemps puisqu'à la fin de l'épopée Napoléonienne, la frontière est redessinée en 1815 lorsque Genève entre dans la Confédération. En effet, pour mener à bien son rattachement à la Confédération helvétique, la République de Genève doit devenir un Canton suisse politiquement ; obtenir un territoire plus étendu et d'un seul tenant (pour se prémunir d'une invasion française), et enfin être rattachée physiquement à la Suisse (Versoix est alors français). 

 

Plusieurs remaniements territoriaux sont proposés, dont l'un - défendu par Charles Pictet-de Rochemont au Congrès de Vienne - prévoit la création d'un territoire borné par les frontières physiques que sont les crêtes du Jura, du Vuache, du Salève et des Voirons. Mais ces projets n'emportent pas l'adhésion, car la France, la Sardaigne et surtout certains Genevois craignent un trop grand apport de catholiques dans la Genève réformée. 
 

Après de féroces négociations, des compromis sont trouvés qui offrent à la fois l'« arrondissement » du territoire genevois et le « reculement » de certaines douanes :

  • En 1815, lors du Traité de Paris, la France cède à la Confédération – contre l'abandon de droits sur Mulhouse – les communes du Pays de Gex nécessaires au désenclavement du Mandement, de la Campagne et de Genthod. De plus, « la ligne des douanes françaises » est reculée sur l'ouest du Jura, laissant en dehors le pays de Gex. C'est ainsi que Genève récupère six communes françaises (Versoix, Preny-Chambésy, Collex-Bossy, Grand-Saconnex, Meyrin et Vernier). Pour assurer son approvisionnement grâce à la libre importation des produits agricoles des régions voisines, Genève obtient aussi le rétablissement de la zone franche du Pays-de-Gex (392 km²).
     
  • En 1816, lors du Traité de Turin, le roi de Piémont-Sardaigne cède à la Confédération les communes permettant le désenclavement de Jussy, en échange de la commune de Saint-Julien. Là aussi, une zone franche est créée, comprenant St-Julien, le Salève et Annemasse. C'est la zone franche sarde (151 km²)

 

Les zones franches gessiennes et sardes garantissent la libre circulation des denrées et constituent en quelque sorte la « réserve agricole » de Genève.

La Grande Zone, dite Zone d'Annexion de 1860

En 1859, lors des accords secrets de Plombières, Cavour, Premier Ministre de Victor Emmanuel II, négocie avec Napoléon III l'aide des Français pour réaliser le rève de son roi: Fédérer les territoires qui constituent l'Italie. Dans cette optique, le roi de Piémont-Sardaigne a besoin de l'aide des troupes françaises pour bouter les Autrichiens hors de l'Italie du Nord. En contrepartie, Victor Emmanuel offre à Napoléon III la partie transalpine de son royaume: la Savoie. Le 24 mars 1860, le Traité de Turin officialise l'accord avant le vote de la population prévu pour avril. Le plébiscite étant une clause essentielle du traité d'annexion puisque l'article premier de ce traité stipulait que " cette réunion sera effectuée sans nulle contrainte de la volonté des populations".

Or, dans les territoires de la Savoie du Nord, Chablais Faucigny & Genevois, se développait un fort mouvement populaire avec des pétitions de notables , en faveur d'un rattachement à Genève.

Inquiet de ce mouvement, et suite à la délégation de Savoyards à Paris qui plaident auprès de l'Empereur contre le démantèlement de la Savoie, Napoléon III, pour emporter l'adhésion des savoyards du Nord au processus de rattachement à la France,  propose alors la création d'une grande zone franche (3122 km²), avec des privilèges douaniers et une neutralisation militaire en cas de guerre, s'étendant jusqu'aux Usses. C'est pourquoi, lors du fameux plébiscite des 22 & 23 avril 1860 (qui obtient une majorité de plus de 99% des voixpar lequel le peuple savoisien ratifia le traité du 24 mars et accepta son annexion à la France, les bulletins de vote distribués dans toute la Savoie du nord portaient la mention " OUI et ZONE" ( on dit d'ailleurs qu'il n'y avait pas de bulletins "NON" mais cela demeure un détail)

 

Voici comment les Savoisiens du Nord justifiaient la nécessité de cette zone: " Le besoin d'une zone indique que la population qui la réclame a tout son commerce avec le peuple voisin et fort peu avec ses propres nationaux. Elle prouve chez nous que nos intérêts industriels et commerciaux sont avec la Suisse et non avec la France." Tel était le cas en 1860, et, plus le temps passait, plus s'accroissait la naturelle symbiose économique et sociale entre Genève et la Savoie du nord dont elle était devenue la capitale au détriment d'Annecy.

D'autant plus que suite au décret impérial du 24 octobre 1860 qui , au lendemain de l'annexion, ordonnait la fermeture immédiate de toutes les universités établies en Savoie (et elles étaient nombreuses: théologie, droit, médecine, pharmacie), les Savoisiens du nord trouvaient à leur porte, à Genève, une formation universitaire ou technologique, ce qui ne  pouvait que déplaire à la République Française.

Contrairement aux zones de 1815 et de 1816 établies par décision internationale, celle de 1860 était une concession unilatérale accordée aux Savoyards. Paris put donc, tout aussi unilatéralement, supprimer cette dernière en 1919 à l'occasion du Traité de Versailles qui contenait, entre autres, un article stipulant que Suisse et France chercheraient à s'entendre sur un nouveau statut remplaçant le système de zones franches. Les négociations, difficiles, aboutirent à une convention supprimant les zones au profit d'un système d'échanges commerciaux entre les régions limitrophes. Convention ratifiée par les deux pays en 1922 mais annulée aussitôt par le peuple helvétique appelé à donner son avis (un exemple de la démocratie directe qui s'exprime par le référendum d'initiative populaire conduisant à la votation du 18 février 1923).

A la France qui rétablit le contrôle douanier à la frontière politique, spoliant ainsi 207 communes savoisiennes, Berne s'oppose. Le différend est alors porté devant la Cour permanente de justice internationale de La Haye. Neuf ans et un arrêt de 450 pages plus tard, la France est condamnée, le 7 juin 1932, à rétablir les zones prévues par les traités de 1815 et de 1816 ! Ce qui sera fait le 1er janvier 1934.

Conclusion
On voit donc bien  à la lecture de l'histoire que les Savoisiens du Nord ont de réelles raisons de contester la complète et totale mainmise de la France sur leur destinée.

Et cela n'est pas terminé: avec les efforts déployés en France et dans le reste des Pays de Savoie pour torpiller les efforts d'accord et de maîtrise coordonnée de l'avenir des territoires entre Genève, la Savoie du Nord et le Pays de Gex au sein du Projet d'Agglo Franco-Valdo-Genevois. Ce qui s'est récemment traduit à l'Assemblée Nationale par l'hostilité envers la constitution d'un pôle Métropolitain transfrontalier regroupant Genève et l'ARC.

 

Remerciements à la Ville de Genève (archives), la Salèvienne, Jean de Pingon, et autres écrivains de l'histoire de la Savoie et des zones, dont je me suis inspiré pour la rédaction de cet article.

Pierre Brunet

Délimitation des zones franches :

Illustration

  1. Zone du Pays de Gex, 1815.
  2. Zone sarde, 1816.
  3. Zone sarde, 1829.
  4. Grande Zone française dite de l'Annexion, 1860-1923.

Les zones 1, 2 et 3 ont été rétablies en 1934.

28/10/2010

Le rattachement de la Savoie à la France: quelques vérités bonnes à dire

Pour ceux que l'histoire de notre département interesse, je vous invite à lire l'article qu'a publié Le Dauphiné Libéré sur les évènements liés au rattachement, il y a 150 ans. On y découvre que notre territoire souhaitait se rattacher à Genève, et que c'est le reste de la Savoie qui s'y est opposé: on comprend alors mieux  la différence de perspectives entre ces deux parties du département et le petit antagonisme qui existe entre le Genevois savoyard et Annecy.

Article Rattachement.JPG

04/10/2010

L'Occident parano!... La guerre avec la Chine est-elle inéluctable?

Voila le thème de l'excellente émission de Frédéric Tadei jeudi soir dernier, avec de nombreux invités français et chinois pour débattre de cette importante question.

Le seul fait de se la poser montre à quel point l'Occident doute de lui et comprend mal le nouvel univers qu'il a en face de lui. Parle t-on d'une menace indienne (même population que la Chine) ou d'une autre menace qui planerait sur nos frêles épaules d'Occidentaux tout bons et tout gentils? Non! l'ennemi déclaré par les médias et les pseudo intellectuels de ce pays, c'est la Chine. La même que nombre d'entre eux louaient autrefois, quand ces papys bobos étaient encore maoistes à la fin des années 60.

Que lui reproche t-on? De vouloir nous écraser à travers une guerre économique sans merci!... en attendant peut-être pire encore. Cela se matérialise aujourd'hui par un yuan (la monnaie chinoise) sous évalué qui favorise les exportations chinoises et qui encourage les délocalisations. En outre, ces méchants chinois ne veulent plus se laisser faire comme ils l'acceptaient dans le passé, d'où leur attitude inacceptable à Copenhague en décembre dernier: pas de doute, ils veulent la guerre!....

C'est bien mal connaître la Chine et les Chinois que de les caricaturer ainsi: C'est vrai, après un siècle d'humiliation, du Traité de Nankin en 1842 à 1949, année du triomphe de la révolution communiste, les Chinois ont décidé qu'ils ne se laisseraient plus jamais imposer leur destin par une puissance étrangère. Compte tenu de leur puissance, tant démographique qu'économique, on les comprend et on peut effectivement penser qu'ils y parviendront. Quant à les accuser de tous les maux, je ne saurais souscrire à ce "China Bashing" qui m'irrite et me révolte.

La faute à qui si ce peuple admirable a décidé de se remettre au travail après les nombreuses années d'errance communiste, et si, ce faisant, il souhaite assurer un meilleur avenir à ses enfants. C'est vrai que pour atteindre leur objectif, ils ont privilégié une économie tournée vers l'exportation (qui assure aujourd'hui environ 40% du PIB du pays): mais ils n'ont fait là que suivre l'exemple du Japon, de la Corée du Sud ou de Taiwan: une stratégie qui à chaque fois fut couronnée de succès et qui permit à chacune de ces nations de développer son niveau de vie et de rejoindre le club des pays développés. On voit bien que cette stratégie commence d'ailleurs à porter ses fruits puisque la Chine est désormais le premier marché mondial pour les voitures automobiles.

En menant cette stratégie d'export vers le monde développé, elle a aussi contribué à l'amélioration du pouvoir d'achat des classes populaires de ces pays en leur permettant de consommer des produits à bas prix: Dans le même temps, la Chine a accumulé un excèdent financier colossal qui lui a permis de financer le déficit abyssal des Etats Unis: elle détient en effet 836 Mards de Bons du Trésor Américain et si elle venait à arrêter d'acheter cette dette Américaine, nul ne sait ce qu'il adviendrait du système financier global, tant l'Amérique est dans l'incapacité non seulement de rembourser sa dette, mais aussi de faire face à ses nouveaux déficits annuels. En effet l'Occident, au premier rang duquel les Etats Unis, consomme plus qu'il ne peut payer: c'est la spirale infernale de l'endettement!....

En ce sens, la Chine tient l'Occident, mais inversement elle dépend aussi de la bonne santé de celui-ci: sinon qui lui achéterait les produits qu'elle a besoin de vendre pour employer sa population toujours plus nombreuse? La Chine fourmi a encore besoin de l'Occident cigale pour continuer à se développer; elle en est consciente mais, en même temps, elle ne saurait tolérer que la cigale vienne lui donner des leçons de conduite.

On ne saurait passer sous silence une caractéristique du peuple chinois: sa fierté de ce qu'il a accompli depuis 30 ans et qu'il souhaite faire reconnaître; c'est sa façon à lui, pacifique, de montrer sa puissance au monde. C'est bien à travers ce prisme qu'il faut comprendre la munifiscence que les Chinois ont voulu mettre dans l'organisation des Jeux Olympiques de Pékin en 2008. Malheureusement pour eux, de la même façon que Fouché a payé pour avoir trop exposé sa richesse lorsqu'il reçut Louis XIV, la Chine paie pour le faste de ses jeux; La splendeur de ceux-ci a mis l'Occident mal à l'aise, jaloux d'une telle réussite et craintif de ce que cela peut cacher. Celui qui dout de lui est méfiant de l'autre!... L'observateur averti comparera cependant ces Jeux de prestige, sans connotation militaire, avec ce qu'avait pu faire l'Allemagne en 1936, voire l'URSS en 1980.

En Asie, l'obtention des J.O est vécu comme un signe de maturité pour une société: Cela s'est concrétisé au Japon dans les années 70 après les Jeux de Tokyo en 1964, puis en Corée dans les années 90-200 après les Jeux de Séoul en 1988; c'est maintenant au tour de la Chine de s'ouvrir au monde et de rejoindre le concert des grandes nations. Les années 2010 et plus encore les décades après 2020, verront la Chine rayonner; mais pas nécessaireement de façon agressive.

Je suis en effet convaincu que de la même façon que les Américains sont tournés en priorité vers eux même, les Chinois se préoccupent avant tout de ce qui se passe dans leur propre pays; les Chinois s'interessent avant tout aux Chinois: leur souci premier est d'assurer leur développement économique, qui permettra en retour un enrichissement de leur population. Et pour atteindre leur but, ils pensent à juste raison n'avoir à recevoir de leçons de personne....

Ce n'est que si l'Occident se mélait d'empêcher ce louable objectif que la Chine pourrait devenir belliqueuse, convaincue qu'elle est de ne plus jamais se laisser dicter sa loi par une puissance étrangère, quitte à sortir les griffes pour se faire respecter. A nous donc de savoir ne pas provoquer l'Empire du Milieu, mais au contraire lui faire une place à notre table.

En final, plutôt que de s'inquiéter de ce que la Chine pourrait nous faire de mal, réjouissons nous, comme Shan Sa, écrivain d'ethnie chinoise mais française de coeur et de nationalité de pouvoir accueillir ce grand peuple au sein des leaders du monde; nous avons beaucoup à apprendre de leur sagesse et de leur ingéniosité; je prends d'ailleurs le pari qu'avant 2025, le centre de la mode mondiale se sera déplacé de Paris à Shanghai, nouvelle capitale mondiale et centre d'attraction du monde entier.