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27/06/2012

Comment la petite histoire peut influencer la Grande Histoire - Viol de Napoleon III par la comtesse de Castiglione

Napoleon III et Castiglione.JPG

Viol avec consentement mutuel, c'est sans doute l'expression ad hoc pour qualifier le corps-à-corps entre Napoléon III et la comtesse de Castiglione dans les fourrés du parc de Saint-Cloud, le soir du 27 juin 1856. Les invités de l'empereur font semblant de ne s'apercevoir de rien, tandis que l'impératrice ne montre qu'une pâleur plus accentuée que d'habitude. Ce jour-là, l'empereur Napoléon III organise une fête intime et champêtre dans son coquet château de Villeneuve-l'Étang, situé au milieu du parc de Saint-Cloud. Les invités sont triés sur le volet. Mais celle qui est la plus chère aux yeux de l'hôte impérial porte le nom interminable de Virginia Elisabetta Luisa Carlotta Antonietta Teresa Maria Oldoini, comtesse de Castiglione par son mariage.

À 19 ans, cette Italienne au tempérament ardent, récemment débarquée de Florence, passe pour la plus belle femme de son temps. Même ses pires ennemies, femmes, on l'entend bien, le reconnaissent. Elle s'est installée à Paris avec son époux sur ordre de Cavour, président du Conseil du royaume de Piémont-Sardaigne, qui lui a confié la mission de séduire Napoléon III. Cette Mata Hari doit convaincre l'empereur de soutenir Victor-Emmanuel II, roi de Piémont-Sardaigne, désireux d'unifier l'Italie. Pour Carlotta, tomber l'empereur des Français n'est qu'un jeu d'enfant. Il la remarque aussitôt et prie l'impératrice de lui faire parvenir une invitation pour sa petite fête. Le carton précise aux invitées d'y aller "en robe montante et en chapeau, parce qu'on s'y promènera sur le lac et dans un parc".

Tenues provocantes

Non seulement Carlotta est magnifique, mais elle porte des tenues si provocantes que même Madonna en rougirait. À Villeneuve, Napoléon III et ses invités la voient débarquer revêtue d'une ébouriffante robe transparente à rendre fou d'amour même Gilbert Montagné. "Ingénieuse au suprême degré à attirer et à retenir l'attention sur elle, elle était, ce soir-là, tout en mousseline transparente, avec un chapeau garni d'une auréole de marabouts blancs, et sa chevelure avait l'air de ne pouvoir être comprimée, tant elle s'étalait sur ses épaules", note la comtesse Stéphanie de Tascher de La Pagerie. Ange irréel, magnifique objet du désir : ce soir-là, les autres femmes savent qu'elles pourraient se mettre à poil en dansant la rumba que les hommes ne les remarqueraient même pas. Tous, Napoléon III le premier, ont le regard d'un enfant découvrant un sucre d'orge. Carlotta sait qu'elle les tient. Son attitude se fait plus hautaine et distante. Son corps s'offre à tous les regards, mais son visage manifeste un froid mépris. C'est sa marque de fabrique : exhiber, mais rester froide comme un glaçon d'avant le réchauffement climatique.

La soirée commence par de la musique et la représentation des choeurs du Conservatoire, elle se poursuit par un feu d'artifice, puis vient le souper. Comme le temps est agréable, les invités se dispersent pour effectuer des promenades en barque sur le lac. La comtesse de Castiglione passe à l'attaque, elle se dirige vers l'empereur, qui n'attend que cela, pour l'inviter à partager son esquif. Sous l'oeil étonné des autres invités, le couple s'éloigne de la rive. On les voit aborder la petite île située au milieu de la pièce d'eau et disparaître jusqu'à 3 heures du matin.

Sourire béat

Chacun imagine parfaitement ce qui se passe sur l'île. L'empereur et la comtesse ne sont certainement pas en train de chercher des champignons, où alors le seul qu'elle trouve a une forme inhabituelle. Quand le couple finit par réapparaître, on remarque aussitôt la mise de la jeune femme, "un peu chiffonnée". À leur vue, l'impératrice pâlit de rage, alors que, sans aucune gêne, Virginia arbore un sourire béat. Au contraire, elle veut montrer l'image de la femme satisfaite et comblée. Elle manifeste, écrit un témoin, "la grâce d'un adorable abandon".

Plus personne n'ignore qu'elle est devenue cette nuit-là la maîtresse de l'empereur. C'est elle qui règne désormais, et non plus l'Espagnole, la Montijo. Au cours des mois suivants, l'Italienne assoit son ascendant sur son amant pour la plus grande satisfaction de Cavour. Seulement, la jeune femme n'a pas la victoire modeste. Plus elle règne sur le coeur de Napoléon, plus elle snobe le reste de la cour. C'est à peine si elle sourit, si elle répond quand on lui adresse la parole. Au point de se rendre antipathique à tout le monde. Elle vit largement au-dessus des moyens, recevant des fonds secrets de son amant. La liaison fait scandale, elle s'en fiche. Son époux le comte veut la raisonner, elle s'en moque. Pourtant, son attitude imbuvable finit par lasser même l'empereur. Celui-ci est déjà passé à la suivante, la comtesse Walewska. Aussi se débarrasse-t-il de la pétasse italienne d'une manière peu glorieuse.

Amour dans les sous-bois

Un nuit d'avril 1857 qu'il sort de chez la comtesse, Napoléon III échappe à une tentative d'assassinat organisée par trois carbonari italiens. Ils sont rapidement arrêtés. Leur nationalité italienne s'étale dans les journaux. Aussitôt la complicité de la comtesse est évoquée, alors que, bien entendu, elle n'est strictement pour rien dans cette histoire. Deux jours plus tard, elle est officiellement expulsée de France par des agents secrets en possession d'un décret signé par le ministre de l'Intérieur. Napoléon III a laissé faire.

Quelques semaines plus tard, la belle tentera un come-back à la cour, c'est un fiasco. Son mari en profite pour l'abandonner, retourner en Italie et vendre toutes ses possessions pour rembourser les dettes faites par son épouse. Le 21 juillet 1858, Napoléon III et le comte de Cavour, président du Conseil du royaume de Piémont-Sardaigne, se rencontrent dans la cité thermale de Plombières-les-Bains, dans les Vosges, pour préparer un accord d'entraide entre la France et le Piémont-Sardaigne. Les Autrichiens devront évacuer une partie de l'Italie du Nord, Victor-Emmanuel II avancera vers l'unification de son pays, et la France recevra le comté de Nice et le duché de Savoie pour sa peine. La Castiglione n'est pas totalement étrangère à ce morceau d'histoire. Comme quoi l'amour dans les sous-bois peut servir de grandes causes.

Article écrit par Frédéric LEVINO & Gwendoline DOS SANTOS, publié sur www.lepoint.fr

PS: Compte tenu des conséquences de cet "incident" sur l'avenir de la Savoie chère à mon coeur, j'ai souhaité vous faire découvrir cet article qui montre comment la petite histoire peut avoir de grandes conséquences sur la Grande Histoire.

18:30 Publié dans Haute-Savoie, Histoire | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : napoleon iii, comtesse de castiglione, cavour, savoie | | | Digg! Digg | | |  Facebook

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