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11/10/2010

Silo 8 : Un spectacle décapant

A Saint-Triphon, près d'Aigle, au bout du lac, une bande de joyeux drilles offrent un spectacle mi-théatre, mi-cirque, mais en tout cas déjanté et burlesque, qui enchante les spectateurs.

SILO 8 vous propose la visite délirante d’une résidence pour personnes âgées de demain. Le dépliant de l’établissement dirigé par le douteux Docteur Wolf, promet à ses clients une fin de vie paisible et sans soucis, exempte de toutes les frustrations liées à la vieillesse. La méthode est simple : à leur arrivée, les pensionnaires sont invités à déposer tous leurs souvenirs personnels à la réception avant d’être placés sous la haute surveillance du Docteur Wolf et de son assistante Jessica. Mais cette technique raffinée est aussi perméable que les parois du silo d’habitation et le besoin inné de tout être humain de comprendre ne se laisse pas facilement radier. Animés par une envie de vivre débordante, les résidents se rebellent. Ils luttent corps et âme pour retrouver leur vie hors de l’enceinte du Silo et pour la libération de leurs souvenirs. Les forces de l’amour et de la fantaisie réunies leur donnent des ailes...


Le nouveau spectacle mis en scène par la Karl’s kühne Gassenschau est explosif d’actualité. Il traite de manière poétique, spectaculaire et divertissante des thèmes auxquels nous serons tous confrontés un jour ou l’autre. Avec ses personnages attachants, son humour décapant et ses images à couper le souffle où des bateaux s’envolent et des chaises roulantes se transforment en bolides de course, le spectacle SILO 8 offre aux spectateurs une expérience théâtrale unique et inoubliable.

Cinq cent mille spectateurs. Le 15 juillet dernier, un demi-million de personnes avaient vu Silo 8, production tout feu tout flamme qui continue à faire gradins combles (1400 places) ces jours dans les carrières des Andonces, à Saint-Triphon, et ne désemplira pas jusqu’au 15 octobre, date de sa deuxième prolongation. Ce n’est pas la première fois que les fous furieux du Karl’s kühne Gassenschau déplacent les foules. Depuis 1995, leurs spectacles s’appellent r.u.p.t.u.r.e, t.r.a.f.i.c ou Akua et, à Saint-Triphon, Olten et Winterthour, ce mélange d’humour, de voltige et d’effets spéciaux draine des centaines de milliers de spectateurs. Un million pour être précis depuis leurs débuts, en 1984, alors qu’ils jouaient encore dans la rue.

Récit et raisons d’un succès.

Cinq cent mille spectateurs. En général, ce chiffre record est réservé aux rendez-vous sportifs, comédies musicales et cirques ultra-rodés. Rarement à un spectacle qui mobilise une trentaine de collaborateurs et soigne son côté «bricolé». Et pourtant, depuis que le Karl’s kühne Gassenschau a créé Silo 8 à Winterthour en 2006, un demi-million d’Alémaniques et de Romands l’ont plébiscité. Avec, dans la voix, cette chaleur qui fait qu’on abandonne tout pour y courir. On y va donc, par la route ou le train – les CFF aménagent des arrêts supplémentaires à Saint-Triphon à cette occasion – et on assiste le souffle coupé à un récit d’anticipation à la fois comique et émouvant sur le sort réservé aux aînés.

Silo 8 se déroule en 2050, âge d’acier où l’AVS est désormais supprimée. Les anciens sont parqués dans un silo rouillé dont le maître des lieux, le docteur Wolf, a conçu une machine qui efface les souvenirs des pensionnaires pour, dit-il, augmenter leur joie de vivre. Il s’agit surtout de réduire leur envie de résister. Il y a du Faust dans ce fantasme de mémoire virginale. Heureusement, coachés par Jessica, la jeune aide-soignante, Jojo le Genevois, Pierrot le Bernois, le lyrique M. Zitzewitz et l’impayable Ida ne se laissent pas neutraliser. Ils rêvent leur fuite sur une moto ventre à terre ou sur le faîte du silo à douze mètres de haut, et les spectateurs en ont le cœur soulevé. Cela d’autant que le public vient de fondre devant les tribulations des Panchetti, petit couple de retraités italiens qui s’aime si fort que le souvenir de l’un réveille le fantôme de l’autre…

On en pince donc pour ces vieillards rebelles. Mais, au-delà du récit et du jeu, la grande force du Karl’s kühne Gassenschau tient des trouvailles visuelles: comment les pensionnaires sont nourris au tuyau, comment ils sont nettoyés-brossés dans une laverie de voitures automatique et comment ils sont empilés dans des dortoirs-tiroirs qui rappellent les pratiques asiatiques. A chaque fois, ces figures de l’aliénation créent l’hilarité et, dans les gradins, les aides-soignants qui accompagnent des cars de patients d’EMS reconnaissent le très réel culte de l’efficacité… Puis suivront le feu, l’air et l’eau si nécessaire: les éléments n’ont pas de secrets pour ces artisans de la matière.

Le succès de ce collectif alémanique tient donc à cette manière de plier le réel à ses fantaisies visionnaires. Grâce à des constructeurs ingénieux et des techniciens super-industrieux – sur le plateau, ils ne sont que trois! –, des musiciens sortent de terre, des bateaux s’échappent par le haut et des tours s’écroulent en feu. Pour ce spectacle enchanteur, le public veut bien payer 69 francs. Le Karl’s kühne ne reçoit pas de subventions, le prix du billet permet l’autofinancement des 4 millions de budget et la perspective d’une nouvelle création. Un vrai conte de fées.

Ce conte de fées ne se dément pas lorsqu’on rencontre Ernesto Graf, l’un des six fondateurs de cette utopie collective. Le cheveu fou et la moustache malicieuse, ce mathématicien de formation est devenu funambule dans les années 80, parce qu’il voulait «aérer son quotidien». Sourire chaleureux, français parfait, il nous attend dans la vaste enceinte d’accueil qui comprend bars, cantines et shops des produits dérivés (tee-shirts, livres, DVD) au pied de la carrière. Bouquets de lampadaires, parasols et mobiliers soignés, tout est joli dans cette périphérie. «La qualité d’accueil nous importe beaucoup. Les gens viennent de loin pour nous voir. Chaque soir, sur les 1400 personnes, il y a notamment 10% de Genevois. Le public doit pouvoir se restaurer et se reposer dans un bon climat», explique Ernesto Graf.

Un exemple de ce que SILO 8 vous réserve: le tableau de la toilette

Le spectacle se termine le 15 octobre, alors dépéchez vous!....

 

10:08 Publié dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : silo8, saint-triphon, spectacle | | | Digg! Digg | | |  Facebook

Commentaires

Excellent article.

Écrit par : Joël | 17/10/2010

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