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25/09/2010

Patrimoine et histoire de notre territoire: Songy - Le Fort

 

Fort Ste Catherine.jpg

 

Au sortir de St Julien vers Viry, juste après le franchissement de l'autoroute, sur la gauche, les observateurs pourront découvrir le panneau de signalisation qui indique Songy-Le Fort. Je ne suis pas sur que les habitants du Genevois connaissent la raison de l'appellation de ce lieu-dit. Aussi pour ceux que l'Histoire interesse, je me propose de vous conter l'histoire du Fort Sainte-Catherine qui occupa ce lieu entre 1589 et 1601. Son histoire est d'autant plus interessante qu'elle permet de mieux comprendre la relation ambigue qui nous lie à Genève.

Charles Emmanuel.jpgA cette époque, c'est Charles-Emmanuel Ier de Savoie, dit le Grand, fils d' Emmanuel-Philibert, duc de Savoie et prince de Piémont, et de Marguerite de France (la plus jeune des filles de François Ier) qui règne sur le Duché de Savoie. Allié à l'Espagne par son mariage, il a profité des guerres de religion pour s'emparer du marquisat de Saluces (1588) et il a reçu des Ligueurs le titre de comte de Provence (1590). Dans les premières années de son règne, il s'enhardit de nombreuses fois à attaquer le Dauphiné et les possessions françaises, poussant même jusqu’à Fréjus en 1590, et s’emparant de Draguignan et d’Aix; mais il est battu le 17 septembre 1591 à Pontcharra par Lesdiguières, ce qui ne l'empêche pas d'attaquer à nouveau les possessions françaises, et de prendre le fort d'Exilles en 1593. A la même époque Charles-Emmanuel projette de faire de la riche et prospère cité de Genève la nouvelle capitale de son duché.

Après avoir saisi toutes les créances des marchands, des bourgeois et des banquiers de Genève sur les sujets savoisiens, et souhaitant imposer sa force à la cité de Calvin, il décide alors la construction d'un château fort qui au cours de ses 11 ans d'existence, entre 1589 et 1601, deviendra peu à peu l'une des forteresses majeures du Duché de Savoie; Ce fort, considéré comme une "épine perpetuelle" plantée à sa porte, suscitera à Genève une crainte non dissimulée. Crainte qui aura pour effet de convaincre les Genevois d'entreprendre des manoeuvres diplomatiques vis à vis du Royaume de France et de son roi Henri IV afin que celui ci les débarasse de cette menace.

Henri IV.jpgC'est ce qui va se produire quand Henri IV, à la tête de son armée viendra attaquer le Duc de Savoie, et vainqueur de leur confrontation, contraindra celui-ci à accepter un arrangement qui verra la France, par le traité de Lyon en 1601,  s'adjuger le Bugey, le Valromey et le Pays de Gex, au grand dam des Genevois qui convoitaient ce dernier territoire. Il faut dire que le Duc l'avait bien cherché en allant provoquer le Bon Roi Henri dans son palais de Fontainebleau fin 1599 et intriguant avec l'un des princes  de la Cour, le maréchal De Biron, pour le renverser.

 

 

henri IV et Michel Roset.jpg

 

Lors de cette campagne qui commence au printemps 1600, Henri IV séjourna plusieurs fois à Chambéry, mais il tint aussi quartier au hameau de l'Eluiset, à deux pas du fort qu'il s'est mis en tête de prendre, pour satisfaire les demandes de Genève. A cette époque, le carrefour des "Champs de la Croix" situé à L'Eluiset était un carrefour majeur puisque s'y croisaient les routes principales qui reliaient Lyon à Milan d'une part, et Grenoble à Lausanne de l'autre. Il installe son Quartier Général à la maison forte de l'Eluiset le 2 décembre 1600 et y séjournera quelques jours au cours desquels il recevra les syndics de la ville puis l'émissaire Genevois Théodore de Bèze, venu lui rendre hommage et plaider la cause des Genevois. Le vieillard obtiendra d'ailleurs satisfaction puisque les Français, une fois le fort conquis, permettront aux Genevois de démanteler pierre à pierre cette noble forteresse, et de faire par la même disparaître la menace qui planait sur leur ville.

Eluiset.jpg

Il n'est pas anodin de signaler que le fort, réputé imprenable, se rendit sans combattre le 17 décembre 1600; Henri faisant preuve d'une grande habileté en convainquant les défenseurs du fort de se rendre sans livrer bataille, alors que les troupes du Duc de Savoie étaient bloquées par la neige dans la vallée de la Tarentaise. Suite à quoi, le fort fut remis à la République de Genève qui par deux fois en janvier 1601, mobilisa ses citoyens pour démanteler, pierre après pierre, l'un des plus importants édifices militaires de la région.

 

fort ste catherine2.jpg



 

A la suite de cet épisode, le Duc de Savoie tentera bien une ultime tentative de prendre Genève, avec la fameuse "cagade" de l'Escalade. Mais son expédition hasardeuse du 11 décembre 1602, composée de mercenaires espagnols, menés par d'Albigny échoua lamentablement. En 1603, il sera contraint de signer avec Genève le traité de Saint-Julien garantissant à la cité protestante la paix et nombre de droits. Ce sera d'ailleurs la dernière fois que les Ducs de Savoie se montreront hostiles envers Genève.

Pour ceux que ce résumé a interessé et qui souhaitent en savoir plus sur le sujet, je recommande la lecture de l'excellent livre de Michel Chevalier sur le fort Sainte-Catherine publié dans la collection des Echos Saléviens par la société d'histoire La Salévienne.

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