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21/05/2010

Les Apéros Géants: c'est Géant!... à en pleurer

finkielkraut.jpgHier soir sur France 3, dans l'excellente émission de Frédéric Taddei, "Ce soir ou jamais", nous avons eu droit, à l'occasion de la sortie de leur livre d'échange de vues "L'Explication" à un débat de haute volée entre les 2 philosophes Alain BADIOU et Alain FINKELKRAUT. On ne comprend pas toujours tout ce qu'ils disent, tant le niveau de la dialectique et de la sémantique est élevé, mais quand même, c'était bien interessant; d'autant que Taddei leur a posé des questions en rapport avec l'actualité et qu'ils ont pu exprimer leur point de vue sur un sujet aussi crucial pour l'avenir de l'humanité qu'est l'attitude à adopter vis à vis des apéros géants.

Ce qui m'a frappé dans leurs remarques, c'est que ces deux intellectuels que tout oppose politiquement se sont retrouvés dans l'affirmation de leur  consternation et sur la risibilité de notre société occidentale qui dépasse chaque jour des sommets de bétise et de débilité profonde.

badiou.jpgSe bourrer la gueule n'est pas un phénomène nouveau!.... Doit on mettre ce droit, que nul ne conteste d'ailleurs, au premier plan du combat idéologico-contestataire-révolutionnaire de notre jeunesse. Je répondrai comme Jean Ferrat qu'à mon avis, ce débat ne mérite ni cet excès d'honneur, ni cette indignité. Ce qui est triste, pour ne pas dire affligeant, c'est qu'autrefois, on se bourrait la gueule entre copains, on se "torchait" comme on disait dans le temps, pour rigoler et sans que cela prête à conséquence, si ce n'est les nombreux accidents de la route qui ont fauché plusieurs de nos copains, mais on ne mettait pas ça sur la place publique et quelques potes suffisaient pour prendre du plaisir. Faut-il que notre jeunesse s'emmerde, qu'elle ait besoin pour s'éclater de le faire en nombre, en réunissant des milliers de gens qui ne se connaissent pas au début de la réunion, et qui ne se connaîtront pas mieux à la fin, n'ayant rien partagé si ce n'est la vanité de pouvoir dire "j'y étais". Car ne nous trompons pas, le phénomène est devenu un nouveau titre de gloire, candidat au livre Guiness des records; il ne s'agit pas de se bourrer la gueule, mais de le faitre dans un apéro à Nantes qui soit plus grand que celui de Rennes, en attendant qu'Angers ou Paris ne vienne détroner le record de la connerie humaine.

Quand je pense à l'absolue pauvreté qu'on a pu entrevoir à Haiti en janvier, ou aux malheurs qui frappent les populations d'Afrique ou encore aux épreuves qui attendent ceux qui doivent chaque jour lutter pour survivre en France même, je suis écoeuré par les nouvelles valeurs d'une certaine jeunesse de désoeuvrés et de nombrilistes narcissiques qui se mirent devant l'écran de leur Facebook. Quelle tristesse de voir un outil aussi exceptionnel qu'Internet être galvaudé de la sorte: en termes vulgaires, c'est de la confiture donnée aux cochons!....

Et quand on me dit qu'il y a là une manifestation du sens révolutionnaire de la jeunesse, je suis quasi certain que cette nouvelle "révolution", si elle a lieu,  sera celle qui précipitera la perte de l'Occident. Quand on croit au mérite, à la valeur de l'effort (valeurs qui priment en Asie), on ne peut pas défendre le droit à mieux vivre d'une population dont le but suprème est de se foutre en l'air. L'abondance tue l'envie (pour s'en convaincre, il suffit de ré-écouter la magnifique chanson écrite par JJ GOLDMANN pour Johnny, "l'Envie") et quand on est blasé de tout, on devient suicidaire; car l'avenir n'apporte plus d'espèrance et la vie n'a alors plus d'attrait.

Pour illustrer ma pensée, je dirai que ce qui fait le bonheur, ce n'est pas ce que l'on a, mais bien plutôt la comparaison de ce qu'on a obtenu dans la vie par rapport à ses espérances quand on était jeune. Si l'on a fait mieux que prévu, on est généralement heureux, et inversement. Les générations précédentes furent heureuses car elles ont eu une vie tellement plus extraordinaire que celle à laquelle elles s'attendaient. Comment un enfant né en 1910, alors que l'aviation n'existait pas, aurait-il pu dans ses rèves les plus fous imaginer qu'il voyagerait dans les pays les plus reculés de la planète, qu'il ne souffrirait plus du froid, qu'il pourrait voir l'homme marcher sur la lune, chez lui, devant sa télévision et que bientôt il pourrait communiquer avec le monde entier depuis un téléphone "portable" pas plus grand qu'une boite de sardines. La génération des 70-90 ans a été à ce titre, si elle a échappé aux horreurs de la seconde guerre mondiale, l'une des plus heureuses de toute l'histoire de l'humanité, supplantée seulement par la génération des baby-boomers, nés entre 1945 et 1960.

Si nos jeunes sont malheureux, c'est qu'ils n'ont plus d'espoir!..... La dépression est un état chimique au sein du cortex cérebral, qui n'a rien à voir avec ce qu'on possède ou pas. c'est une erreur d'avoir laissé croire que la possession est synonyme de bonheur. Paradoxalement, je plains les riches qui se réveillent malheureux et tristes car l'avenir pour eux est sombre; si l'on est malheureux quand on a tout, il sera difficile de s'en sortir; tandis que pour les pauvres, il y a toujours l'espoir de devenir riche, et d'ainsi résoudre les problèmes qui rendent tristes aujourd'hui: en un mot, il leur reste l'espoir.

Tout ça pour dire que le problème majeur de notre jeunesse, c'est d'avoir eu trop, trop vite, trop jeune. sans le vouloir, en croyant bien faire, on a détruit l'espérance et on a au contraire instillé en leur for intérieur, et à leur corps défendant, une certaine angoisse de l'avenir qui, au contraire des générations précédentes, n'est plus vécu comme une promesse de mieux et d'aventure, mais comme quelque chose qui effraie: c'est comme cela que j'explique chez de nombreux jeunes, cette soif de se noyer dans l'alcool; ce n'est pas pour le coté festif, c'est pour noyer leur angoisse existentielle.

Pour conclure, si je peux paraître virulent contre la jeunesse, il ne faut pas s'y méprendre: c'est la génération des baby boomers, dont je fais partie, qui est responsable de cet état de fait; nous devons accepter notre (grande) part de responsabilité dans ce désastre européen et il est temps, qu'avec la jeunesse, nos enfants, nous trouvions des solutions pour leur redonner de l'espoir et de la joie de vivre. Une première étape pourrait consister à remettre en cause cette société de consommation qui impose le toujours plus, mais rarement le toujours mieux....

17:17 Publié dans Politique Française, Société | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : badiou, finkielkraut, taddei, l'envie, bonheur, l'explication, jeunesse | | | Digg! Digg | | |  Facebook

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