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18/05/2010

La Grèce, l'Euro et les méchants spéculateurs

Il faut sauver le soldat Grèce.

Oui bien sur, il a menti, il a trafiqué les chiffres, il n'a pas respecté sa parole: en un mot, il se l'est coulé douce sur le dos de l'Europe, mais il est européen comme nous, alors on ne peut pas le laisser tomber; cette pilule là a bien du mal à passer auprès de nos amis Allemands, travailleurs, sérieux et dont la bonne gestion est bien mal récompensée.

Fallait-il laisser tomber la Grèce comme les Américains ont laissé tomber Lehmann Brothers avec les conséquences que l'on sait? Je ne prétends pas avoir la réponse car je ne suis pas suffisamment bien informé pour donner un avis autorisé sur une décision aussi cruciale. Mais ce qui est sûr, c'est qu'une fois de plus ce sauvetage arrime à point nommé pour quelques banques qui s'étaient un peu trop imprudemment engagées dans le bourbier grec. Ainsi la Société Générale ou la BNP ont-elles vu leur cours de bourse remonter de plus de 20% au lendemain de l'annonce officielle du sauvetage de leur créditeur, et donc de leurs avoirs.

NB: Cela ne lasse pas de m'interpeller: quand on sait à quel point nos banques françaises peuvent être grippe-sous avec nous, pauvres clients de leurs agences provinciales, je n'ai jamais compris comment elles peuvent aller perdre autant d'argent à l'étranger, que ce soit chez Bernard Madoff ou chez nos amis grecs; il y là quelque chose qui m'échapppe et que j'aimerais que nos énarques dirigeants viennent m'expliquer.

Alors bien sûr, il y a l'euro, le responsable de tous ces maux: mail il n'y a pas besoin d'avoir fait les grandes écoles pour comprendre que si en 10 ans  les coûts de production ont augmenté de 5% en Allemagne et de 45% en Grèce, cela pose un problème de compétitivité aux Grecs. Autrefois, ce différentiel se serait corrigé par le biais de la dévaluation du drachme grec face au deutschmark allemand et aurait rendu la Mercedes et la BMW plus chère pour le consommateur grec; ce renchérissement freinait ses apétits pour les belles voitures allemandes. et donc limitait le déficit commercial. Mais depuis 10 ans, grâce à l'euro, pourquoi se priver?

La BMW dont je rêve depuis toujours et dont le prix s'exprime en euros a augmenté de 5% mais mon salaire, lui, a augmenté de 45%: Assez de ma petite Fiat ou de ma Dacia de pauvre, je me laisse aller au plaisir de conduire enfin une belle voiture; et d'ailleurs cela ira mieux avec mon nouveau standing (ma nouvelle Télé Samsung et mon I-Phone Apple) que j'ai pu m'offrir grâce à l'euro fort. Voila ce que se sont dit des millions de consommateurs grecs....

Faut-il plaindre les Grecs? en tout cas, qu'ils ne comptent pas sur moi; ils ont bien profité de la situation, et finalement ce n'est que justice qu'ils ne puissent plus déjeuner chez Lenôtre au prix du Mac Do. Car s'ils vont devoir maintenant faire des efforts, ce qui est pris est pris; et ils pourront probablement se souvenir de ces 10 premières années du Millénaire comme celles de l'eldorado.

L'euro est une bonne idée, et j'y souscris entièrement; à condition que l'on fasse respecter une discipline commune sur la gestion des finances publiques. Sinon c'est la fuite en avant avec les conséquences que l'on voit sous nos yeux.

Pour vivre à la frontière suisse, je me rappelle très bien avoir vu le Franc Suisse s'échanger à 1 Franc contre 1 Franc Français avant les évènements de Mai 68, pour plus de 4, 50 Francs au moment du passage à l'Euro. Soit une perte de 75% de la valeur de la monnaie française en 45 ans.

Nous avons tout simplement payé la gestion laxiste de notre pays par rapport à celle plus sérieuse de nos amis suisses. La même chose s'appliquait autrefois aux pays du Sud de l'Europe (rappelons nous de la lire) vis à vis du mark. Le passage à l'euro nous a été quand même bien bénéfique à nous, tous les pays de la zone Euro qui avons laissé filer notre déficit (le déficit de la France est à 8.5% du PIB alors qu'elle s'était engagée à ce qu'il ne dépasse pas 3%), et nous devrions lui être reconnaissants de ce surcroit de pouvoir d'achat gagné sans effort.

Donc l'euro n'est pas responsable; c'est un bel outil qu'on a laissé dans les mains d'ouvriers peu scrupuleux: résultat il est bien endommagé, à tel point qu'on se demande si certains pays ne vont pas devoir en changer). Les Anglais, prévoyants en diable l'avaient bien anticipé, refusant de rejoindre cette nouvelle aventure européenne, qui ne s'était pas donnée les moyens de discipliner les aventuriers, au risque de faire chavirer la chaloupe.

Alors bien sûr, il y a les méchants spéculateurs, ceux par qui le drame est arrivé. Mais même si je ne les défends pas, loin de là, il ne faut pas se méprendre: une situation déséquilibrée finit toujours par provoquer la chute; les hedge funds n'ont fait que précipiter l'issue.

Sachons saisir l'occasion de cette grave crise pour relancer l'Europe; faisons en sorte que chacun dans son pays se sente vraiment européen et non plus français ou grec à bénéficier des subsides allemands, ou encore anglais à profiter des avantages qu'offre l'Europe sans en payer le juste prix. Face aux défis mondiaux qui nous attendent et à la montée en puissance de grands blocs affamés, il est temps pour les vieux pays de notre continent de comprendre que nous sommes tous dans la même barque Europe et qu'il faut que tous nous actionnons les rames dans le même sens, sinon nous coulerons. Si la crise grecque pouvait provoquer cette prise de conscience, alors elle n'aurait pas été en vain.

PB

 

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