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27/04/2010

Le bonheur, c'est simple comme une conférence de la Salèvienne

Vendredi soir, 23 avril 2010, à Feigères, à l'initiative du maire, Pierre Curtenaz, qui souhaitait organiser un évènement à l'occasion de l'anniversaire des  150 ans du rattachement de la Savoie à la France, s'est tenue une conférence sur l'histoire de notre territoire du Genevois à travers les siècles.

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La parole était à Claude Mégevand et Claude Barbier qui nous ont brillamment fait voyager dans le temps, et qui nous ont expliqué, de manière aussi claire que possible, comment ce Genevois qui nous est cher était passé de mains en mains jusqu'à être français aujourd'hui, après plusieurs occasions manquées de faire destin commun avec Genève.

Voici un résumé aussi précis que possible des points évoqués par les orateurs:

A l'origine, le territoire du Genevois fait partie du pays des Allobroges. Puis, à l'époque romaine, il est partie intégrante de la province de Vienne qui, comme son nom l'indique, a pour capitale  la ville du bord du Rhône, au sud de Lyon (Lugdunum).

On notera qu'à l'époque des Romains, les provinces étaient séparées en plus petites entités, les pagus,  et qu'à la frontière de ces pagus, on retrouvait les fanums, sorte de fortifications qui gardaient le passage; c'est d'ailleurs un fanum qui a été mis à jour lors des travaux de construction de l'autoroute Liane à Présilly, ce qui semble indiquer que la frontière de notre pagus se trouvait au Mont-Sion.

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En 470, Genève devient une capitale Burgonde et fait partie du royaume de Bourgogne qui, à cette époque intègre Lyon, et descend presque jusqu'à Marseille.

Royaume de Bourgogne.JPG

A cette époque, aux territoires politiques, se superposent les territoires religieux ; le diocèse de Genève correspond alors peu ou prou à la Sabaudia , ancêtre du nom Savoie.

En résumé, on peut dire qu'au cours du premier millénaire, Feigères et Genève font partie du même pays.

Carte Savoie.JPG

blason Comté de Geneve.JPGDepuis l'an mil environ,  notre territoire du Genevois est sous la juridiction du comte de Genève. Survient alors un évènement décisif pour la destinée de notre territoire: Lors du traité de Seyssel, en 1124, Aimon, comte de Genève, reconnaît la souveraineté de l'évêque Humbert sur la ville de Genève. Cette décision devait sceller la séparation de nos destinées avec Genève ; séparation qui sera confirmée en 1219, par le traité de Desingy.

A partir du milieu du 13e Siècle, le Duc de Savoie gagne de l'influence dans notre territoire, pour finalement prendre pied à Genève en 1287.

Il faut imaginer la carte vers 1340, et comme on le voit, c'est assez compliqué:

 

ETTA%2~1.JPG

Le Chablais, ainsi qu'une partie du canton de Vaud est sous la juridiction des Ducs de Savoie (en rouge).
Le Faucigny, lui est sous la juridiction du Dauphiné (en bleu).
Le reste de la Haute-Savoie actuelle, y compris le Genevois, est dirigée par le Comte de Genève (en vert).
Enfin, Genève est sous la direction de l'évêque.

En 1387, le prince-évêque de Genève, Adhémar Fabri, qui est d'ailleurs originaire de La Roche sur Foron, accorde les franchises aux bourgeois de Genève, ce qui correspond à une véritable émancipation de la ville.

Quant à nous, ce n'est qu'en 1401, que nous devenons "savoyards", quand le comté de Genève, sans héritier, est vendu à la Maison de Savoie.

En 1536, les bourgeois de Genève, se convertissent au protestantisme et chassent l'évêque. Dès lors,  Genève assume pleinement son statut de ville libre de tout joug, pour devenir une république mais aussi pour endosser le rôle de la Rome Protestante, attirant en son sein une foule de protestants, essentiellement français et italiens, persécutés dans leur pays.

Dans cette période troublée de guerres de religion, le baillage de Ternier, dont nous faisons partie, est occupé pendant une trentaine d'années par les Bernois. De façon anecdotique, c'est de là que provient l'expression "raide comme la justice de Berne"

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Dans les années 1560, le territoire repasse sous l"autorité de la Savoie, et le Duc de Savoie construit un Fort à Songy (photo ci-dessus); le lieu-dit s'appelle encore comme cela aujourd'hui. L'édification du Fort Sainte-Catherine est faite dans le but d'attaquer et de conquérir Genève. Dans les années 1598, le Duc de Savoie, sous la houlette de Saint-François de Sales entreprend de reconvertir les populations au catholicisme. Quelques temples comme celui de Viry sont retransformés en églises, d'autres comme ceux de Neydens, Valleiry et Bossey perdureront jusqu'au XVIIIe siècle. En 1601, Henri IV, allié de facto de Genève, attaque le Duc de Savoie et détruit le fort, pierre à pierre. Enfin survient la dernière tentative des Savoyards de s'emparer de Genève avec la fameuse « Cagade » de l'Escalade qui se conclue  par l'humiliation des savoyards et qui débouche sur le traité de Saint-Julien en 1603 qui met fin à l'hostilité entre la Savoie et Genève.

NB: il est intéressant de noter que lors de l'Escalade, nombre des habitants de notre territoire, ont en fait défendu ... Genève. Eh oui, car déjà à l'époque, ils en avaient fait leur capitale économique puisque c'est avec Genève qu'ils commerçaient.

C'est en 1754 que s'établit la frontière officielle entre Genève et la Savoie. A cette occasion, plusieurs petites enclaves qui appartenaient alors à Genève, comme Neydens, Valleiry et Bossey, sont échangées et deviennent savoyardes.

Au moment de la Révolution Française, les troupes de la République envahissent notre territoire, et c'est donc sous la férule de la France que Genève et la Savoie du Nord sont réunie dans le département du Léman de 1798 à 1813, dont Genève est la préfecture.

A la fin de l'épopée Napoléonienne, nouveau remaniement des frontières, avec entre 1813-1814, le rattachement de Saint-Julien à Genève: Personne ne s'en souvient car cela ne dura que 6 mois. En 1814, Genève décide son rattachement à la Suisse. Puis en 1815, le Congres de Vienne viendra concrétiser les frontières actuelles de Genève mais, en même temps, il décide l'instauration d'une zone franche autour de Genève. Les limites de cette zone franche, appelée la petite zone ou zone Sarde par opposition à la Grande Zone de 1860, furent officialisées en 1828. Cette zone obtenait des avantages de commerce avec Genève mais aussi une certaine autonomie vis à vis de son souverain, la Maison de Savoie.

Victor Emmanuel II.jpgAprès le retour de la Savoie au Royaume de Piemont, la période du « Buon governo » voit une période où les savoyardscavour.jpg perçoivent mal le pouvoir des piémontais et le mécontentement est important. Charles-Albert, le roi de Piémont-Sardaigne met en place en 1848 le « Statuto », une monarchie constitutionnelle qui donne beaucoup plus de libertés au peuple, ce qui se traduit par le développement de journaux de tendances différentes. Mais c'est aussi l'époque où la Maison de Savoie tourne de plus en plus ses regards vers l'Italie, et en 1858, Victor Emmanuel II, le nouveau roi de Piémont-Sardaigne, représenté par son Premier Ministre Cavour, signe avec Napoléon III  le traité secret de Plombières par lequel il s'engage à céder la Savoie  et le comté de Nice à l'Empereur, en échange de son aide militaire à bouter les Autrichiens hors de Vénétie et de Lombardie. Malgré la victoire sur les Autrichiens, « les buts de la guerre n'ont pas été atteint » car la Vénétie n'a pas été libérée ; Cavour démissionne et Napoléon III renonce momentanément à la Savoie.

Napoleon III.jpgLes clauses du traité de Plombières s'étant répandues dans l'opinion, un fort mouvement populaire s'élève en Faucigny, Chablais et dans le nord du Genevois, avec des pétitions en grand nombre, demandant le rattachement de notre territoire à la Suisse. Il semble d'ailleurs que Napoléon III qui avait vécu en Suisse (on dit qu'il parlait le français avec un fort accent suisse-allemand et qu'il possédait un passeport suisse) avait plus ou moins promis son accord sur le fait de céder la Savoie du Nord à la Suisse. Il profitera cependant d'une délégation de députés savoyards venue fort opportunément à Paris s'opposer au démantèlement de la Savoie, pour revenir sur sa promesse. En janvier 1860, Cavour, revenu aux affaires après une absence de plusieurs mois, relance la machine et tout s'emballe début 1860 avec le Traité de Turin signé le 24 mars 1860 et le plébiscite (votation du peuple) organisé les 22 & 23 avril 1860.

Conscient des réticences d'une grande partie de la population au rattachement, et sur proposition de savoyards adeptes de l'annexion à la France, Napoléon III propose qu'en Savoie du Nord, on puisse voter, « OUI et ZONE ».  La petite zone est alors élargie jusqu'aux Usses (Pont de la Caille) et comprend désormais tout le Faucigny et le Chablais. On l'appellera « la Grande Zone » ou la « Zone d'Annexion ».

On ne polémiquera pas sur les résultats, 99.8% de Oui, ni sur l'absence de bulletins de vote Non. Avec le recul, il semble acquis que nos ancêtres aient été assez d'accord pour ce rattachement, encouragé à l'époque par le clergé savoyard (qui détestait Cavour), mais à la condition expresse de garder les avantages liés à la zone. Ce que voulaient avant tout les Savoyards du Nord, c'était le maintien du libre commerce avec Genève leur capitale économique.

Dans les années qui vont suivre, le sentiment pro-français va se développer avec l'équipement de la Savoie, d'abord par l'Empereur, puis par la IIIème République, et du fait du respect de ses engagements par la France. C'est ce qui explique que les Savoyards ne se sont pas défilés pour aller se battre dans les tranchées en 1914 au coté des Français, alors qu'ils auraient pu revendiquer la neutralité que le Traité de Vienne leur avait accordée en 1815.

Cependant, tout va basculer avec la suppression unilatérale par l'Etat Français de la zone en 1919. Ceci est vécu comme une trahison par les Savoyards du nord. S'élève alors dans les contrées du Chablais, du Faucigny et du Genevois un fort sentiment anti-français . Il faut préciser que c'est à la demande expresse de Genève et de la Suisse aux autorités internationales, que la France se voit contrainte de rétablir la petite zone le 1er janvier 1934. Malgré cela, le sentiment anti-français sera exacerbé en 1937, lorsque la France, consciente des dangers qui la menace, renforce le contrôle de ses frontières, rendant de facto plus compliqué le commerce avec Genève. En 1943, suite à l'instauration du STO en France, la colère montera à nouveau en Savoie du Nord et se répandra  dans ces territoires une forte envie de rejoindre la Suisse, pays neutre et paisible.

Pour conclure, on dira que le sentiment qui prévaut dans notre territoire est celui d'être avant tout des « Zoniens ». Nous sommes farouchement attachés à notre statut particulier qui nous octroie plus de libertés, plus d'autonomie économique et qui permet de distendre le lien centralisateur que tente de nous imposer Paris. A noter qu'on ne pourra pas faire abstraction de la reconnaissance de l'antagonisme qui oppose depuis longtemps, et qui existe encore, le nord de la Haute-Savoie et le reste de la Savoie. Pour les habitants du Genevois, du Faucigny et du Chablais, et malgré tous les efforts de la France pour contrer ce sentiment, Genève est leur capitale, alors qu'Annecy (longtemps surnommée la préfecture croupion), a souvent été jalouse de notre proximité avec la cité-canton et s'est à maintes reprises  opposée à tout ce qui pouvait conduire à une plus grande interaction de nos deux territoires transfrontaliers.

Malgré cela, les fondamentaux demeurent, et il n'est que de constater l'émergence du Projet d'Agglo Franco-Valdo-Genevois pour comprendre que ce sentiment d'appartenance à une même communauté de destins est bien vivace des 2 cotés de la frontière.

En conclusion, je voudrais remercier La Salèvienne, et tout particulièrement Claude Mégevand, pour cette soirée inoubliable et j'invite tous les amoureux de l'Histoire de notre région à se rendre sur le site de La Salèvienne, afin d'y découvrir le programme des conférences à venir, ainsi que les nombreux ouvrages d'histoire qu'elle édite.

 

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