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28/12/2009

L'identité nationale: Pour quoi faire?

Quels sont les autres pays, en dehors de la France, qui ont eu besoin de se poser la question de leur identité nationale? Autant que je sache, voila bien une spécification typiquement française! Et cela me conduit tout naturellement à cette interrogation: avant de se poser la question de notre identité nationale, pourquoi a t-on besoin de se poser cette question?

Est-il indispensable pour un pays d'avoir une identité nationale? Dans ce cas, quelle est celle des Etats Unis, de l'Angleterre , voire de l'Espagne ou de l'Italie? On s'aperçoit immédiatement que répondre à une telle question est beaucoup plus complexe qu'il n'y parait. D'autre part quel est l'interet d'apporter une réponse à cette question? Le seul fait de se la poser indique à mon sens qu'un pays traverse une crise morale profonde, mais aussi qu'il se pose des questions que les autres ne se posent pas, affirmant là une différence singulière.

Ignorer qu'il y a en France un malaise, c'est une nouvelle fois faire la politique de l'autruche! Quels sont les pays du monde où l'on siffle son propre hymne national, et où l'on bafoue les lois de la république avec fierté? A ma connaissance, je n'en connais qu'un seul, et c'est malheureusement le notre.

Même s'il faut rappeler que ces faits et gestes ne sont le fait que d'une petite minorité, il n'empèche!... A l'époque de la surmédiatisation, ces phénomènes, si minoritaires soient ils, obtiennent une caisse de résonnance disproportionnée grace à la télévision et internet, et ne font qu'auto alimenter le malaise. Que la Marseillaise soit conspuée au Stade de France ne peut que réveiller le sentiment d'indignation des classes populaires et faire les choux gras du Front National. Comment en est-on arrivé là?

Après s'être pendant des siècles regroupé derrière son roi, le peuple français devenu régicide s'est inventé un nouvel emblême: la République et une mission singulière : éclairer le monde. La France, après s'être longtemps développée par la conquête, est depuis 150 ans devenue une terre d'immigration où les peuples Européens pouvaient se réfugier quand leurs pays traversaient des crises graves (Guerre Civile Espagnole, Misère Italienne ou Polonaise.....) Cette immigration a permis la croissance démographique d'un pays qui stagnait sur ce point (rappelons que l'Angleterre comptait seulement 13 M hb en 1800 contre 36M de Français) et a apporté sa richesse à la nation tout entière, tout en se fondant dans le creuset républicain.

Alors, pourquoi cette crise actuelle? D'où vient cette crise identitaire qui s'interroge sur le fondement de la nation française et de sa mission? En quoi et pourquoi existe t-il aussi ce sentiment diffus que la dernière vague d'immigration ne s'intègre pas aussi bien que les précédentes, qu'elle ne s'est pas appropriée les valeurs universalistes de cette grande nation, et même pire, pourquoi a -t-on le sentiment, à tort ou à raison, qu'une partie de la population,aussi faible soit elle, née française mais de parents étrangers, n'aime pas le pays dont elle a la nationalité?

Si l'on veut comprendre le malaise, il me parait essentiel de mettre les pieds dans le plat et de sortir de la pensée unique politiquement correcte.

Ce malaise a deux sources:

La première est celle de nos valeurs républicaines et de notre ambition d'être le phare du monde
La seconde tire ses origines dans la composition même de la population française d'aujourd'hui.

1- La France n'a plus les moyens de son ambition; nous sommes devenus un petit pays à l'échelle mondiale et nous ne parvenons plus à jouer le rôle que nos gouvernants jacobins se sont arrogé: celui de guider les peuples vers les valeurs universelles de l'humanité. Nous avons inscrit au fronton de nos édifices publics les principes au nom desquels la France voulait évangéliser le monde avec sa religion laique. Notre laicité républicaine que nous voulons imposer au monde n'est ni plus ni moins qu'une forme d'Islam conquérant dont le prophète s'appellerait Robespierre et non Mahomet. S'il est dur d'accepter la fin de notre ambition, il est pire de constater qu'au sein même du pays, une partie de la population, n'adhère plus à ses préceptes et qu'elle entend avant tout vivre sa vie comme elle l'entend.

2-La population française a connu une évolution profonde depuis 30 ans, suite à l'immigration massive que notre pays a connu depuis les années 70; et cette mutation est la deuxième cause du malaise. Pour le comprendre, il y a lieu de rentrer dans le détail, car c'est bien connu le diable se cache dans les détails. Il y a 4 principales origines géographiques à l'immigration de la fin du XXème Siècle et à la jeune population française d'origine étrangère par ses parents:

La population asiatique
La population noire.
La population maghrebine.
La population turque ou d'autres pays que ceux précités.

La population asiatique provient principalement d'une immigration en provenance d'Asie du Sud Est (Cambodge et Vietnam), qui s'est developpée depuis la guerre du Vietnam. Bien que souvent fortement regroupée dans des quartiers de type ghetto (Le XIII ème arrondissement de Paris par exemple) elle pose peu de problème. Ou alors, si cela est le cas, pour une raison qui m'échappe, on n'en entend jamais parler.

La population noire est constituée de 2 sous ensembles: la population originaire des Antilles ou de la Réunion; de nationalité française, elle est très bien assimilée et ne pose aucun problème, même si elle souffre parfois de discrimination à son égard, par certains imbéciles racistes, du seul fait d'être noire. En revanche, la population qui trouve son origine en Afrique Noire est diverse, tant par son origine ethnique que sociale. Cette diversité d'ethnies peut d'ailleurs être à l'origine sur notre sol de rivalités, dans le prolongement de ce qui peut se passer sur le continent Africain. Ces tensions et la violence qui en résulte effraie les populations et contribue à géner l'intégration de cette population dans le pays et à discréditer l'ensemble de la population noire.  Cela est regrettable car, hormis certains secteurs géographiques où règne une  forte sur-représentation de cette population noire qui génère un sentiment de rejet, cette population noire originaire d'Afrique est à même de s'intégrer parfaitement comme l'a si bien démontré Rama YADE.

La population d'origine maghrébine, elle aussi, n'est pas uniforme; il importe dans un premier temps de distinguer celle en provenance d'Algérie et celle qui trouve son origine dans les pays du Maroc ou de la Tunisie.

Alors que l'immigration d'origine tunisienne est faible, l'immigration d'origine marocaine bien que conséquente en nombre ne semble guère poser de problèmes et nous connaissons tous autour de nous des Marocains immigrés en France ou des Français nés de parents Marocains qui sont parfaitement bien intégrés et qui ne souhaitent qu'une chose: qu'on les traite comme des Français à part entière. Ils vivent d'ailleurs très mal les inégalités, voire les vexations, qu'ils doivent subir dans leur vie quotidienne.

Quant à la population immigrée d'Algérie ou française d'origine algérienne, ne nous voilons pas la face, c'est celle qui pose le problème majeur. car on ne peut ignorer, qu'on le veuille ou non, que la guerre d'Algérie a laissé des stigmates durables, et à plusieurs niveaux:

Chez les Harkis, d'abord: reconnaissons le, la France n'a pas été généreuse avec ces hommes qui ont tout perdu pour avoir choisi la France lors de la guerre d'indépendance. Qu'a fait la France pour les aider à rebondir dans la vie? Rien ou presque... Beaucoup ont été abandonnés en Algérie, promis à un sort terrible. Quant à ceux que l'on a acceptés sur notre sol, on les a parqués comme du bétail et on ne les a pas accueillis au sein de la communauté nationale  comme ils pouvaient y prétendre. Si les parents ont accepté tant bien que mal leur sort, ne nous étonnons pas que leurs enfants aient pu nourrir une rancune tenace envers la France, ce pays responsable de tous leurs maux. Alors qu'ils étaient rejetés par la communauté Algérienne d'un coté, la France n'a pas su leur tendre les bras et les accueillir comme des frères: ces gens là peuvent nourrir une rancoeur envers notre pays: elle est légitime. Nous payons donc l'addition de ce qui n'a pas été fait dans les années 60 et 70.
Quant aux enfants de citoyens Algériens, nés Français sur le territoire national à la suite du regroupement familial décidé par Giscard dans les années 1970, nombre d'entre eux, bien que Français, ne se reconnaissent pas complètement dans notre pays, et conservent un lien fort avec l'Algérie, ce qui a tendance à exaspérer une certaine catégorie de Français . Les différences de culture et de religion, auxquelles ils n'envisagent pas de renoncer, conjuguées à une vie marginalisée dans les ghettos pauvres de banlieue n'a pas aidé à leur intégration, et a créé chez eux un sentiment de défiance vis à vis de leur propre pays.

Enfin, les autres populations immigrées, au premier rang de laquelle on trouve la population population d'origime turque, tout en étant les plus récentes et très minoritaires. semblent avoir choisi l'integration par le travail et on voit en particulier la communauté turque réussir son ascension sociale sans probleme, sans renier sa culture.

C'est d'ailleurs là l'un des premiers malaises lié à la population française d'origine étrangère. Si la France accepte l'immigration, elle n'accepte que tres difficilement que les populations accueillies ne se fondent pas dans le modèle français dominant (ce refus expliquant en partie l'antisémitisme d'autrefois envers une communauté qui refusait d'abandonners ses coutumes, principalement religieuses). Or le modèle français est un modèle laique façonné dans une histoire chrétienne et dans une conception centralisatrise de l'Etat qui se mèle de tout pour régler la vie de ses sujets. Cette assimilation a longtemps fonctionné, essentiellement grace à l'école, où les petits savoyards, italiens ou polonais n'avaient d'autre choix que d'apprendre la vie de nos ancètres les Gaulois; mais le système a désormais atteint ses limites car le modèle d'assimilation traditionnel ne sait pas s'adapter au grand nombre qu'il doit aujourd'hui traiter et à la conviction religieuse forte des populations de confession musulmane.

Un autre phénomène a accentué ce malaise: c'est  la lacheté de l'Etat pendant 3 decennies qui a laissé se développer des zones de non droit dans les cités et a permis aux plus cyniques et aux plus violents d'imposer leurs lois, et de donner un exemple parfaitement néfaste à la génération suivante. Alors que leurs pères, respectueux de la loi du pays qui les avait accueillis, ont travaillé dur et avaient du mal à s'en sortir, les petits caids des cités pouvaient pavoiser dans leurs belles voitures sans travailler, au moyen de traffics et de délits qui sont restés trop longtemps impunis. Leur insolente réussite ne permettait alors plus à leurs parents de les contrôler et ce sont eux qui sont devenus les références à suivre pour la génération suivante.

Dans le même temps, je suis convaincu que beaucoup de ces jeunes délinquants d'origine étrangère, ont perdu le respect de cette patrie qui leur permettait de mener impunément leurs traffics et de défier quotidiennement la loi. S'est alors instauré un jeu pervers consistant pour eux à tester la résistance de ces Français "de souche" incapables de se faire respecter dans leur propre pays. Ce jeu a d'ailleurs trouvé dans les médias une caisse de résonnance imprévue qui n'a fait que contribuer à son développement. Et s'est alors créée la spirale infernale que les minorités agissantes connaissent bien et qu'elles alimentent: la montée de la haine dans les deux camps (le Front National se faisant une joie de prendre tous les pretextes pour stigmatiser la population d'origine Maghrébine en pratiquant l'amalgame constant entre les delinquants et les jeunes issus de l'immigration. et les minorites violentes de l'autre camp agitant à tout moment le spectre du racisme pour justifier la non intervention des pouvoirs publics dans ce qui n'était en realité qu'un problème de délinquance.

In fine, les vraies victimes sont les populations, de toutes origines, qui vivent dans les cités et qui souhaiteraient y vivre paisiblement. Ce sont elles qui vivent dans la peur et qui sont les premieres victimes de la destruction des équipements publics lors d'emeutes que les delinquants savent créer au moment opportun. En revanche, ces populations n'entendent pas renoncer à leurs coutumes, et au premier rang desquelles figurent leur religion.

D'où l'origine d'un autre problème qui est celui de l'islam integriste. Ce mouvement a pu se développer avec l'assentiment des pouvoirs publics qui esperaient trouver là un moyen de contrôler  la delinquance, tout comme les Occidentaux avaient espéré voir en cet islam conquerant le moyen de combattre les Sovietiques en Afghanistan dans les annes 80. Malheureusement dans les deux cas. on a joué avec le feu et les intégristes ont echappé a leurs marionnettistes pour mener leur propre agenda. Là est d'ailleurs le danger puisque les intégristes ont bien compris leur interet à provoquer cette république qui entend régenter leur religion.

Il n'est donc pas surprenant que le débat sur l'identité nationale ait vite tourné au débat sur l'immigration, puisqu'effectivement celle ci est l'une des composantes du problème. Il est aussi plus facile de rejeter la faute sur l'autre que de se confronter à ses propres faiblesses. Acceptons nous tels que nous sommes, un beau, mais petit, pays dans lequel il fait bon vivre; un pays fier d'appartenir à l'Europe et à ses valeurs, dans lequel la loi s'applique à tous et protège chacun. Notre ambition commune devrait être de faire en sorte que notre pays soit aimé et non pas rejeté. Pour cela, commençons par faire preuve d'un peu plus d'humilité, et cessons de villipendre l'autre, nous ne nous en porterons que mieux. Et bien sûr, si l'exemple vient d'en haut, il n'en aura que plus de chances d'être entendu.

15:54 Publié dans Politique Française, Société | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : besson, immigration, république | | | Digg! Digg | | |  Facebook

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